L HOMME V
au donjon de Vincennes. Le public ne s'était-il pas avisé d'y trouver des allusions au cardinal de Rohan, à la bulle Unigenitus et à la duchesse du Maine !
C'était le bruit, c'était le succès... à bon compte puisque, peu après, la duchesse mère faisait elle-même remettre l'auteur en liberté.
Un écrivain dont le gouvernement s'occupe est un écrivain lancé : Crébilton fils devint dès lors la coqueluche des salons et fréquenta le beau monde.
Trois particularités le grandirent encore dans l'estime de ses collaborateurs : la célébrité de son père, le poète adulé de Rhadamisle et Zénobie ; la nouveauté du genre de roman qu'il venait de créer ; enfin le litre de « Philosophe des Femmes » dont il avait plu aux beaux esprits de le doter.
C'est que Crébillon en effet s'était composé une attitude : ce diseur de riens, cet analyste alambiqué, ce conteur galant des boudoirs, affichait auprès des petits marquis une froideur apparente. Parfaitement maître de lui. au milieu des caquetages de tous et de toutes, c'était déjà le type du dandy que rien n'émeut, et qui affecte le plus absolu désintéressement de tout ce qui se passe autour de sa personne. Qui se fût jamais figuré l'auteur de Tanzaï sérieux, sec, gourmé, empesé ? On serait presque tenté d'excuser Grimm quand il dit de lui :
« M. de Crébillon ne ressemblait guère à ses écrits
Sa conversation n'était ni très facile ni très piquante, elle avait souvent de la pesanteur ; il faisait de longues phrases et les faisait avec prétention, il portait ce caractère jusque dans l'intimité des coteries où il vivait le plus habituellement ».
Nous allons voir que cette dernière phrase est sujette à caution.
En réalité, Claude Crébillon était tout autre et, quand il ne se trouvait pas en présence de ses censeurs, il donnait libre cours à sa faconde.
C'était ailleurs qu'il fallait le voir pour le juger, c'était surtout dans ces fameuses séances du Caveau ^«'{7 avait