‹ Crédeville, ou, Le serment du gabelouChapitre 10 sur 21 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LES MÊMES, CRÉDEVILLE, LOUPIN.

( Crédeville est habillé avec une élégance du plus mauvais goût; il a des moustaches., des boucles d'oreilles , des bagues d tous les doigts , deux chaînes de montre, un lorgnon et une brochette de croix à la boutonnière. Loupin est aussi vêtu d'une manière grotesque. )

CBÉDEViLLB, d la cuntonade.

Mettez tout cela dans le grand salon... {entrant. ) Ah! salut à l'aimable société : les têtes que j'aperçois sont sans doute celles des honnêtes parens du côté de mon épouse... je m'incline devant elles... ( d Loupin. ) Incline-toi aussi, cher ami. GOBiLLON, montrant Loupin qui salue.

Quel est ce monsieur?

Permettez-moi, beau-père véiiérable, de vous présenter monsieur de Brisemiche, mon ami, jeune homme fort bien élevé, cadet de Picardie, qui jouira d'une grande fortune dès qu'il aura eu la douleur de perdre son frère aîné, qui a la jaunisse... De Brisemiche était juge d'instruction au tribunal de Brives-Ia-Gaillarde, où j'étais procureur du roi.

GOBILLON.

Comment, mon gendre, vous avez été dans la justice?

CBÉDEVILLB.

Je croyais vous l'avoir dit... Un asthme, qui m'a quitté depuis, et qui était le fruit de mes longues campagnes sur terre et sur mer, me força de délaisser la magistrature.

Ah! çà, vous avez donc fait la guerre?

Je croyais vous l'avoir dit... J'ai servi dès ma plus tendre adolescence... [montrant sa boutonnière.) C'est au siège de Chandernagor que j'ai gagné ma première croix.

GOBILLON, remarquant la brochette de croix.

Que vois-je?

LOCPIN.

Hein! papa beau-père, quelle brochette d'éperlans!...

GOBILLON.

Ah! mon gendre, quelle surprise agréable!... mais je suis

le plus heureux des beaux-pères... je suis fier de vous... N'estu pas fière aussi , ma fdie ?

ANNETTE, tristement.

Oh ! moi, je n'ai pas d'ambition... ça m'est bien égal.

Touchante candeur!... Ah! çà, c'est bien convenu, demain vous comptez la dot, et après-demain j'emmène mon épou.';e... J'ai acheté une dormeuse et commandé les chevaux de poste...

GOBILLON.

Vous emmenez ma OUe ?

ANNETTE

Par exemple !

CRÉD.-VILI.E.

Je croyais vous l'avoir dit.. . Des raisons prépondérantes me forcent de quitter la France... il faut que j'aille visiter mes possessions coloniales.

GOBILLON.

Vous avez des possessions coloniales?

Aux Canaries... Trois mille nègres, négrillons et muLlfres arrosent nuit et jour mes plantations de cannes à sucre, de cacao, haricots et pommes de terre.

LOCPIN.

Et autres tubercules.

GOBILLON.

Tout ça aux Canaries?... mais, si j'ose le dire, c'est le pays des serins.

Vous y viendrez, cher beau-père... vous serez là comme l'oiseau sur la branche...

ANNETTE , pleurant.

Riais je ne veux pas aller aux Canaries, mot.

Ah! çà, je n'ai rien offert encore à mon adorable future... cependant on vient de in'envoyerla corbeille... et, enalteiidant le notaire, je crois que nous pourrions aller la visiter.

GOBILLON.

Une corbeille!... Ah! mon gendre, voilà des folies !.,.

Laissez donc... On ne se marie pas tous les jours... [tapant sur ses poches.) D'ailleurs, les espèces ne manquent pas à l'appel, ( bas à Loupin. ) Que dis-fu du beau-père ? LOUPiN, de même.

Ganache finie... jobard de?> jobards!... Tes moustaches tiennent-elles bien?

CÈÉDEViLLE, de même.

Sois tranquille, la colle est excellente. ( offrant la main à Annette.) Permettez, belle créature... {à part.) Je suis un scélérat pour empaumer le monde.

BEPniSË DD CHOECB.

Heureux époux, etc.

( Ils entrent tous dans la maison à droite , Crédeville en tête , donnant la main à Annette , ensuite Gobillon et Loupin. Pendant ce temps-là on voit Félicien descendre par le fond et ouvrir la grille. )

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