DE LA NOCE
CHœUB.
AiH : Vaudeville du Bal champêtre.
Quel bonheur est le vôtre !
Bientôt vous s'rez époux :
Enchaînes l'un à l'autre,
Ah! combien voire sort sera doux !
GOBiLLON, prenant le notaire par la main. Permettez, mon gendre, que je vous présente... Eh bien T qu'est-ce que je vois?.,, mou gendre en redingote de voyage!... ( Surprise générale. )
ANNETTE
Félicien avec l'habit et le bouquet de marié!
GOBILLON.
Qu'est-ce que ça signifie?
FÉLICIEN, bas d Crédeville.
Ça ne me regarde plus,.. Arrangez-vous avec lui. CBÉDEViLLE , à part.
11 n'y a qu'un moyen de m'en tirer et de déguerpir. ( haut et avec dignité.) Cela signifie, monsieur Gobillon , qu'un seul mot de ce jeune douanier vient de changer toute la face des choses ; qu'il y a un quart-d'heure j'allais faire couler les larmes de deux êtres intéressans, et que maintenant je vais mériter leurs bénédictions, [avec effusion.) Félicien Pilois, Annette Gobillon est votre femme !
FÉLICIEN
Accepté !
GOBILLON.
Ihi instant! attendez... est-ce que nous tombons dans l'anarchie? Vous repassez ma fille à un autre!. .. Est-ce que je veux d'un gendre à quatre cents francs d'appointemens ?
CRÉDEVILLE, imposant silence à Félicien qui veut parler.
Quatre cents francs, monsieur, quatre cents francs! (d Félicien, bas.) Dites comme moi, mentez effrontément, {haut.) Et si je vous apprenais qu'il vient d'hériter...
FÉCICIEN.
De mon oncle d'Auxerre... Cinquante arpcns au soleil... niaison, charrue, vaches, veaux, poules, et tout.
CRÉDEVILLE, baS.
Très bien!... le papa est entamé, (haut.) Si j'ajoutais que le gouvernement, juste appréciateur du vrai mérite, vient de l'élever à la place de...
FÉLICIEN
Premier commis... quinze cents francs... rien que ça. Le brevet, les papiers de la succession, tout ça est dans ma poche... c'est-à-dire dans la poche de monsieur.
Tout ça est dans notre poche... [à part. ) Il ment comme un ange, ce garcon-Ià... il est très fort... il ira très loin. [àGobillon.) Fondez en larmes, vieillard, fondez, et tombez dans les bras de votre nouveau gendre. ..tombez... (bas rapidement àLoitpin.) Suis-moi et fdons I... (Crédeville cherche à s'esquiver.) GOBiLLON, courant après lui.
Eh bien ! eh bien ! où allez-vous donc ?
CRÉDEVILLE , jouuut la Sensibilité.
Adieu, mes amis, adieu... Après un tel sacrifice , ma présence...
GOBILLON.
Du tout, du tout; il faut que vous restiez- [au.T convives.) Saisissez-le, empoignez-le... et à table ! CRÉDEVILLE , à part.
Que le diable l'étoufle !... voilà que les convives sont autant de gendarmes. (Pendant ces derniers mots, la grande table à fer à cheval est apportée sur l'avant-scène par deux marmitons aidés des convives. Tout le monde se place , et on force Crédeville d s'asseoir.)
GOBILLON.
Ayez l'œil sur lui... Dans tout ça, mes amis, rien n'est changé... que le gendre. Continuez la même gaîté. Pour commencer, le cousin Dugosier va nous chanter les couplets qu'il a composés sur les vertus de monsieur...
CRÉDEVILLE, à part.
Scélérat d'épicier, va ! ( Un convive se lève et commence à chanter. En ce moment les gendarmes entrent par le fond. )