SCENE II
lEs MÊMES, GOBIILON, ANNETTE.
{^GobUlon paraît endeliors, donnant le bras à Annette. )
GOBiLLON , à La porte.
Reposons-nous ici, ma 6Ue... ça me paraît assez gentil.
MADAME ROGER
Donnez-vous la peine d'entrer , monsieur , ainsi qu'votre aimable demoiselle; vous ne trouverez rien de mieux à la barrière de Pantin ; vous avez dû voir noire enseigne : Aa Triomphe du Petit- Salé. . . Nous recevons la société la mieux choisie : ces messieurs les employés de l'octroi et toute la gendarmerie de la banlieue.
GOBiLLON , s'asseyant.
Ah! ah! ah. . . fort bien... (à Annette.) Qu'est-ce que nou^i allons prendre ?
ANNETTE
Je meurs de soif.
GOBILLOK.
Moi aussi [àmadame Roger.) Donnez-nous une tranche de veau froid et une demi-bouteille de votre ordinaire, [à Annette. ) Sais-tu qu'il est plus de six heures? et moi qui ai l'habitude de manger ma soupe à trois ; mais les affaires avant tout... Quand on est à la tête d'un bel et bon établissement d'épiceries, si j'ose le dire, et qu'on fournit de sucre et de chandelle toute la localité de Pantin... [Madame Roger les sert.)
ANNETTE
Dites donc, mon père, nous venons de passer la barrière...
GOBILLON.
Eh bien, quoi?... la barrière, il a bien faUu la passer, puisque nous revenons de Paris, où j'ai été faire ma provision de cassonnade, chandelles, cornichons... et autres denrées coloniales...
ANNETTE, L'inteiTovipant.
Vous ne me comprenez pas... A cette barrière il y a un octroi, dans cet octroi il y a des employés...
GOBILLON.
Eh! j'y suis... je comprends... parbleu!... notre ami Félicien Pilois... Ah! c'est donc lui qui te rend rêveuse?
ANNETTE
Et qui donc?. . . il est si gentil, mon Félicien!. . . II u toutes les qualités qu'il me faut dans mon mari.
A\R du Piège.
Je veux d'I'amour, du seutimenl :
Depuis deux ans II m'est fidèle ;
Je veux d'I 'esprit et du jug'ment :
II dit que j'suis aimable et belle ; Je veux aussi de la protection :
Pour me défeudre il serait plein d'audace; Je veux enfin de la soumission, Ça s'trouve encor puisqu'il est homme en place.
GOBILLON.
Tant que tu voudras, mais avec tout ça il est encore commis à quatre cents francs... Je vous l'ai dit à tous les deux... tant qu'il n'aura pas une place de mille ou douze cents livres, je n'entendrai pas raison.
ANNETTE
Ce n'est pas sa faute, à ce garçon. . . il fait tout ce qu'il peut. . . Dame aussi , pourquoi le gouvernement ne lui donnet-il pas de l'avancement ?. . . C'est une injustice. GOBILLON, vivement.
Pas de politique, ma fdle. .. N'accusons jamais l'autorité et l'ordre de choses quel qu'il soit.