‹ Crédeville, ou, Le serment du gabelouChapitre 4 sur 21 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LES MÊMES, CRÉDEVILLE. (Il est entré sur la phrase précédente.)

Bravo!. . . très bien. . . voilà des sentimens admirables. . . Monsieur est épicier?

GOBILLON.

Je m'en flatte, monsieur.

Je l'ai deviné sur-le-champ. .. Permettez-moi de rendre hommage à l'opinion courageuse que vous venez d'émettre. MADAME ROGER, présentant Crédeville.

C'est monsieur Roger, mon mari.

GOBILLON, étonné.

Votre mari ?. . .

ANNETTE , à part.

Quel singulier couple !. . .

CBÊDEViLLE, à /?ar<j remarquant A nneiie.

Oh ! la jolie personne. . . ( d GobiUon. ) Vous êtes étonDé , inoDsieur!

GOBILLON.

Mais, oui. . . car vous êtes jeune. . . et, si j'ose le dire, bel homme. . . tandis que madame est vieille et laide. [Anneite lui pince le bras. ) Ah ! pardon , je voulais dire. . .

( Madame Ro^r rit. ]

ANNETTE, à part.

Tiens!. .. elle n'a pas l'air de s'en fâcher.

CRÉDEViLLE, les jcux fixés sur Annette.

Il est vrai que madame Roger ne ressemble pas à cette saperbe demoiselle qui forme votre société.

GOBILLON.

C'est ma fille. . . si j'ose le dire.

\h ! mademoiselle est votre fille... à vous tout seul?. ... Mille complimens, monsieur.

GOBILLON, bas à /fnnette.

Ce cabaretier me fait l'effet d'avoir reçu une bien belle éducation.

Nous songeons sans doute à un mari ?. . . c'est tout naturel... il ne se fera pas attendre , j'en suir sûr... Quand une jeune personne est remplie d'attraits, de vertus, et qu'une bonne dot , par-dessus le marché... car , rien qu'à la physionomie de monsieur, je juge que la dot sera soignée. .. {à part.) Il a l'air bête comme une oie.

GOBILLON.

Monsieur est bien bon. . . je ferai les choses convenablement, et ce jour-là, si j'ose le dire, il y aura fête à Pantin.

Ah ! monsieur est de Pantin ?

GOBILLON.

p. L. Gobillon, négociant en denrées coloniales.

Oh! mais , connu. . . connu. . . excellente mafsoD. Ah ! mademoiselle, qui n'envierait le sort de l'être fortuné qui vous conduira à l'autel?. . . Ces beaux yeux. . . ce père respectable... cette dot qu'il promet... {^ avec enthousiasme.) Ah! voilà la femme qu'il me faudrait !

ANNETTE, à part.

Qu'est-ce qu'il dit donc ?

AlADAME ROGER, à part.

Il s'eDi'oQce !

GOBILLON.

Comment!... la femme qu'il vous faudrait?... Puisque vous êtes marié, puisque voilà votre épouse.

CRÉDEviLLE, à part.

Maladroit !... (haut.) J'admets l'hypothèse que je deviendrais veuf...

MADAME BOGEB, ^'a^m«n^

Mon mari admet l'hypothèse qu'il deviendrait veuf.

C'est une supposition.

GOBiiLON, à part.

Quel ménage cocasse!... [bas dCrédeviUe.) Elle est d'une bonne pâte, votre épouse. .. elle se laisse dire tout ça à son nez... Si c'était madame Gobillon et moi, il y aurait déji une paire de giflles de reçue.

Par elle?

GOBILLON, riant.

Par moi , donc. ,. hé ! hé ! hé ! hé ! ( CràdevUle rit aussi.)

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