SCENE III
LES MÊMES, CRÉDEVILLE. (Il est entré sur la phrase précédente.)
Bravo!. . . très bien. . . voilà des sentimens admirables. . . Monsieur est épicier?
GOBILLON.
Je m'en flatte, monsieur.
Je l'ai deviné sur-le-champ. .. Permettez-moi de rendre hommage à l'opinion courageuse que vous venez d'émettre. MADAME ROGER, présentant Crédeville.
C'est monsieur Roger, mon mari.
GOBILLON, étonné.
Votre mari ?. . .
ANNETTE , à part.
Quel singulier couple !. . .
CBÊDEViLLE, à /?ar<j remarquant A nneiie.
Oh ! la jolie personne. . . ( d GobiUon. ) Vous êtes étonDé , inoDsieur!
GOBILLON.
Mais, oui. . . car vous êtes jeune. . . et, si j'ose le dire, bel homme. . . tandis que madame est vieille et laide. [Anneite lui pince le bras. ) Ah ! pardon , je voulais dire. . .
( Madame Ro^r rit. ]
ANNETTE, à part.
Tiens!. .. elle n'a pas l'air de s'en fâcher.
CRÉDEViLLE, les jcux fixés sur Annette.
Il est vrai que madame Roger ne ressemble pas à cette saperbe demoiselle qui forme votre société.
GOBILLON.
C'est ma fille. . . si j'ose le dire.
\h ! mademoiselle est votre fille... à vous tout seul?. ... Mille complimens, monsieur.
GOBILLON, bas à /fnnette.
Ce cabaretier me fait l'effet d'avoir reçu une bien belle éducation.
Nous songeons sans doute à un mari ?. . . c'est tout naturel... il ne se fera pas attendre , j'en suir sûr... Quand une jeune personne est remplie d'attraits, de vertus, et qu'une bonne dot , par-dessus le marché... car , rien qu'à la physionomie de monsieur, je juge que la dot sera soignée. .. {à part.) Il a l'air bête comme une oie.
GOBILLON.
Monsieur est bien bon. . . je ferai les choses convenablement, et ce jour-là, si j'ose le dire, il y aura fête à Pantin.
Ah ! monsieur est de Pantin ?
GOBILLON.
p. L. Gobillon, négociant en denrées coloniales.
Oh! mais , connu. . . connu. . . excellente mafsoD. Ah ! mademoiselle, qui n'envierait le sort de l'être fortuné qui vous conduira à l'autel?. . . Ces beaux yeux. . . ce père respectable... cette dot qu'il promet... {^ avec enthousiasme.) Ah! voilà la femme qu'il me faudrait !
ANNETTE, à part.
Qu'est-ce qu'il dit donc ?
AlADAME ROGER, à part.
Il s'eDi'oQce !
GOBILLON.
Comment!... la femme qu'il vous faudrait?... Puisque vous êtes marié, puisque voilà votre épouse.
CRÉDEviLLE, à part.
Maladroit !... (haut.) J'admets l'hypothèse que je deviendrais veuf...
MADAME BOGEB, ^'a^m«n^
Mon mari admet l'hypothèse qu'il deviendrait veuf.
C'est une supposition.
GOBiiLON, à part.
Quel ménage cocasse!... [bas dCrédeviUe.) Elle est d'une bonne pâte, votre épouse. .. elle se laisse dire tout ça à son nez... Si c'était madame Gobillon et moi, il y aurait déji une paire de giflles de reçue.
Par elle?
GOBILLON, riant.
Par moi , donc. ,. hé ! hé ! hé ! hé ! ( CràdevUle rit aussi.)