TOUS
Enfoncés!
FÉLICIEN, à part.
Auprès de ça la femme grosse n'est qu'un jeu d'enfans.
Allons, Pierre , Dodore , amenez ici les denrées qui sont dans mon cabinet de travail. [Ils entrent d gauche.) Toi, Loupin, aboule ici le petit quartaut de madère , et les bouteilles de rouge et de blanc. (// va d droite.)
FÉLICIEN, à part.
Malheureux octroi , ils t'en font voir de toutes les couleurs.
Ah! dans noire état faut de l'activité, car il y a diablement de concurrence.
(Les contrebandiers reviennent chargés de paquets , et roulant de petits barils, etc.)
Air de la noui'elle galopade.
Partout d'ia contrebande; Chaque jour par milliers Voit s'augmenter la bande Des contrebandiers.
C'te dame qu'on admire , En dépit des gab'lous, Porte un vrai cachemire ; Mais tout c'qui paraît d'ssous. ..
Encor d'ia contrebande, etc.
CHCKCB DES coHTEEBAKDiEBS , apportant des ùatlotst Encor d'Ia contrebande, etc.
Plus loin c'est un' jeun' mère Qui dit: Vois c't'enfant-là:
N'est-ce donc pas, ma chère.
Le ]X)rtrai t d'son papa ?
Encor d'Ia contrebande, etc. CHOEC».
Encor d'Ia contrebande, etc.
CRÉDEVILIE.
Esprit, patriotisme, Innocence et corsets, Diamans, saint-simonisme,
Vertus... et mollets, Tout est de contrebande, etc.
Ah! çà, les autres attendent la cargaison, là-bas; vous allet la leur conduite. Voyons, quelle heure est-il?... {Félicien ferme vivement la porte du coucou.)
LODPIN.
V'ià une folie, le coucou s'est arrêté. [En ce moment le coucou remue.)
T'auras oublié de le remonter, tu n'en fais jamais d'autres. ( 7/ ouvre la porte.) Qu'est-ce que c'est que ca ? un homme !
LOUPIN.
Le commis de la barrière!...
Que fais-tu là, malheureux?
FÉLICIEN, tout tremblant.
Messieurs, messieurs, je flâne çà et là. [Crédeville le tire bruS' tjuement du coucou.)
CH€EUB.
A.ir. de Jf'^allace.
Allons, amis, vengeance!
Puisqu'il nous écoutait, Il faut qu'son existence Reponde du secret.
tÉLiciEN , tremblant , aU milieu d'eux.
Messieurs, calmez votre colère.
CBÉDEVILLE.
De l'autre monde, c'est ma loi , Oui, tu vas passer la barrière, Et sans rien payer à l'octroi.
Allons, amis, vengeance! etc.
LOWPIN.
Faut le jeter dans le puits.
TOCS.
Oui, oui.
FÉLICIEN
Par exemple ! je ne sais pas nager; et puis tous feriez là une fière boulette. Mon futur beau-père et ma prétendue m'ont laissé dans cecabaret, et du moment que j'aurai disparu de la société, c'est ici qu'on viendra me chercher.
LOCPIN.
Ni vu , ni connu...
FÉLICIEN
Ah! messieurs, je vous cnprie, ouvrez-moi la porte, et je ne vendrai pas la mèche, je vous le jure.
LOtJPIN.
Ah! c'te farce, un serment!
FÉLICIEN
Un serment, un serment! je les tiens, moi ; je ne suis encore que simple commis; si j'étais plus haut placé, je ne dis pas.
TOCS.
A l'eau! à l'eau, le gab'Iou!
CBÉDEVILLE , uvcc dignité.
Un moment! sa réflexion n'est pas trop bête. Après tout, nous ne sommes pas des homicides ;... nous sommes de braves gens qui faisons la contrebande par opposition, pour vexer le ministère. D'ailleurs , je connais ce garçon et je crois que nous pouvons nous fier à sa foi.
FÉLICIEN
A la bonne heure au moins, ça se débrouille.
CBÉDEVILLE, à FéUcien.
Quels sont les individus mâles ou femelles pour lesquels lu as le plus d'affection ?
FÉLICIEN
Maman d'abord, brave femme, va; je la vénèie , je l'idolâtre... Pour elle, j'irais me jeter dans le canal Saint-Martin la tête la première... et puis après, ma petite Annettc.
CHÉDEVILLE.
Eh bien ! tu vas jurer sur les têtes de ta maman el d'Annelte que tu ne souffleras pas un mot de ce que tu as vu.
FÉLICIEN
Dites donc, j'aimerais autant jurer sur la tête de mon oncle d'Auxerre, dont je suis l'unique héritier.
Fais comme il est dit, ou sinon le puits est là...
FÉLICIEN
C'est juste, (^élevant la main el d'une voix tremblante. ) Jamais votre nom, votre vin, votre tabac ne sortiront de ma bouche de jeune homme ; je le jure sur la tête à maman et sur celle de mon amoureuse !
LOCPIN.
Ça ne suffit pas.
Tors , criant.
Non , non , c'est des bêtises.
CRÉDEVILLE, Se frappant le front.
Silence!... une idée lumineuse! (à Félicien. ) Mels-toi h's; voici une plume, du papier, de l'encre... écris ce que je vais te dicter.
FÉLICIEN, à part.
Ils vont me faire écrire des horreurs, des lettres de change , peut-être?...
Obéis, et vivement. [Félicien se.place à la table, Crédevilledicle ;) « Les amis... »
FÉLICIEN , écrivant.
« Les amis... « Ça n'est pas français.
CRÉDEVILLE, Continuant.
V C'est moi que ce soir je fiiis la ronde... »
FÉLICIEN , écrivant.
« Que ce soir je fais la ronde... » Vous me faites écorcher ma langue maternelle.
CRÉDEVILLE, Continuant.
« Soyez donc tranquilles et paisibles, maman vous donnera .. « le signal convenu... »
FÉLICIEN
Maman ! mêlée ù cette intrigue malhonnête !
CRÉDEVILLE, dictant.
« Le signal convenu... et vous lancerez le quartaut de Ja- « maïque... Votre sincère et dévoué associé , Félicien Pilois. »
FÉLICIEN
Je ne signerai jamais ça.
caÉDEViLLE, menaçant.
Le puits est là. ..
FÉLICIEN
C'estjuste... mais quel usage illégal comptez-vous faire de cette pièce d'écriture ?
Aucun, si tu es sage; si tu parles, enfoncé avec nous, gabelou !
FÉLICIEN
Oh! alors je signe aveuglément. [ 1 1 signe . Crédeville Ut le papier et le met dans sa poche.)
Parfaitement en règle. [Félicien vapour se sauver, on leretient.) Ça n'est pas tout.
FÉLICIEN
Pas tout?
Il faut que tu te mettes en route dès ce soir.
FÉLICIEN
Pour aller où ?
Où tu voudras, à une trentaine de lieues.
FÉLICIEN
Et ma place ? et ma prétendue ?
Ça ne me regarde pas ; mais le puits est là.
FÉLICIEN
C'est juste. J'irai chez mon oncle d'Auxerre, j'écrirai à mes chefs que j'ai une gastrite.
Dans un mois tu pourras revenir.
FÉLICIEN
Que dans un mois?
Dans un mois... car alors nous travaillerons à l'étranger. Deux de mes camarades vont en expédition; ils t'escorteront... Si tu manques à ton serment...
FÉLICIEN
Soyez tranquilles. Ma pauvre maman ! ma chère Annette!...
CRÉDEVILLE et le CBQEVR.
Air du Courrier de la malle.
Vite, il faut partir ; Riais, songes-y, ce mystère, Il faut le taire ; Car tu viens de faire Un serment que tu dois tenir.
FÉLICIEN , à part.
Pour la révéler Je cherchais une bonne affaire j
Juste il faut me taire Quand j'ai tout c'qu'il faut pour parler-
ENSEMBLE
CBOBTIR.
Vite, il faut partir, etc.
FÉLICIEN
Vite, il faut partir ; Mais, comptez ici , ce mystère J'saurai le taire, Car je viens de faire Un serment que je veux tenir.
[L'orchestre continue , ils ouvrent la porte du fond d Félicien. Crédevilte lui fait un dernier signe pour l'engager au silence. Félicien fait un geste pour confirmer son serment. La tailt tombe. )