XIV PREFACE
l'Etat a une vertu particulière pour assurer la bonne tenue du billet au porteur.
Ce qui fait l'instabilité du crédit de l'Angleterre, ce n'est pas que la circulation fiduciaire émise par la banque principale ne soit parfaitement solide, elle ne l'est peut-être que trop. Ce n'est pas non plus que cette banque n'ait au fond des ressources suffisantes pour satisfaire à tous ses engagements ; seulement elle ne les a pas réalisables à toute heure, comme le sont les engagements auxquels elle est soumise, et en espèces métalliques, s'il plaît au créancier de les exiger ainsi. C'est là le vice de la situation.
Un des écueils aussi contre lequel vient se heurter de temps en temps le crédit de l'Angleterre, c'est le fameux acte de 1844 qui interdit l'émission au delà d'un certain chiffre. Il y a des moments où cette limitation très-arbitraire arrête tout court la vie commerciale du pays, et si on ne jugeait pas à propos de passer outre, les embarras deviendraient inextricables. J'ai signalé dans un chapitre spécial les inconvénients de cet acte, j'y renvoie les lecteurs. J'ai indiqué également ce qu'il fallait penser de notre émission extraordinaire de trois milliards de billets au porteur après la guerre de 1870. Ce fait avait grand besoin d'être expliqué, car il n'y en a aucim dans l 'histoire de la circulation fiduciaire
PRÉFACE. XV
qui soit plus de nature à surprendre et à égarer les esprits.
J'ai traité dans ce livre, les questions les plus controversées en matière de crédit. Je l'intitule : Du Crédit et des Banques d' émission , parce qu'en effet , c'est le crédit dans ses rapports avec les banques d'émission que j'ai principalement envisagé, et que d'ailleurs c'est presque toujours à l'extension du billet au porteur qu'on en revient, lorsqu'on veut dépasser les ressources disponibles. J'ai pourtant parlé aussi des principales questions qui s'y rattachent et notamment du chèque, qui joue un grand rôle en Angleterre et aux Etats- Unis. Plusieurs de ces travaux ont déjà paru dans la Revue des Deux Mondes et ailleurs; je les ai mis au courant des faits nouveaux, et j'ai surtout discuté plus à fond certains points qui n'avaient été qu'effleurés.
Enfin, j'y ai joint des chapitres entièrement neufs sur l'organisation et le mode d'administration des banques d'émission dans les principaux pays de l'Europe et sur les services qu'on peut en attendre. Je n'ai pas la prétention d'avoir dit le dernier mot sur toutes ces questions, elles seront longtemps encore discutées, avant qu'on soit complètement fixé à leur égard. Cependant si j'ai pu apporter