DE LA TROP GRANDE IMMOBILISATION DU CAPITAL
Il y a deux causes principales à la plupart des crises financières : 1" la trop grande immobilisation du capital; 2° l'abus du crédit qui en est la suite.
Voyons d'abord ce qu'on entend par capital. Le capital n'est autre chose qu'une accumulation de produits au delà de la consommation ordinaire de la société. Si on avait toujours consommé tout ce qu'on produit sans rien mettre en réserve, il n'y aurait jamais eu ni pro[][rès ni civilisation. L'animal dénué de prévoyance cherche sa pâture de chaque jour, se repose lorsqu'il l'a trouvée et recommence le lendemain, sous l'influence des besoins du moment, sans jamais prévoir les besoins futurs; aussi reste-t-il toujours dans le même état. Ij'homme, au contraire, et c'est là le cachet de sa supériorité, tout en travaillant pour satisfaire ses besoins pré-
sents, songe aux besoins futurs, et il proportionne ses efforts en conséquence. S'il parvient à produire plus qu'il ne consomme, si avec le travail d'un jour il peut obtenir la nourriture de ce jour et celle du lendemain, cette dernière portion mise en réserve constitue un capital qui lui permet de se livrer le lendemain à d'autres soins qu'à ceux de sa nourriture. Étendez cette réserve, appliquez-la à tout ce qui sort du travail de l'homme, et vous aurez ces mille produits qui sont destinés, sous toutes les formes, à satisfaire nos besoins et qui sont la richesse de notre civilisation. Ces produits sont l'accumulation successive d'un excédant de la production sur la consommation.
Pour qu'il y ait richesse et progrès, il faut donc que l'homme ne soit pas enchaîné à produire chaque jour ce dont il a besoin, que la production marche en avant de la consommation, et qu'à la fin de chaque année, de chaque jour, il y ait une accumulation plus grande de produits, mise en réserve, et qui affranchisse d'autant le travail de l'homme.
Maintenant, de cette accumulation de produits, autrement dit de ce capital ainsi mis en réserve, et épargné sur la consommation, on fait généralement deux parts : on en destine une, !a plus importante, à servir à la reproduction elle-même, c'est-àdire à être consommée par ceux qui la reproduiront pendant le temps nécessaire à leur œuvre, et on destine l'autre à la consommation de ceux dont le travail s'appliquera à perfectionner les instruments
de la production, c'est-à-dire à faire des routes, à construire des chemins de fer, à bâtir des usines, à établir des métiers, des machines, etc., toutes choses qui ont pour objet d'économiser le travail de l'homme et d'augmenter son revenu.
Le capital employé de la première manière s'appelle capital flottant y et celui qui Fest de la seconde prend le nom de capital fixe. La bonne administration économique d'une société consiste à répartir l'un et l'autre dans des proportions convenables. Il ne faut pas perdre de vue que l'ouvrier qui est occupé à faire des routes , à construire des chemins de fer, à bâtir des usines, etc., ne reproduit pas intégralement les choses qu'il consomme pendant son travail. Il a beau accomplir une œuvre des plus utiles , augmenter les forces productives d'une façon considérable, tout cela est pour l'avenir; dans le présent, il consomme des produits que son travail ne reproduit pas. Si on ne lui a fait que la part qu'on devait lui faire, c'est-à-dire si on n'a pris sur la réserve disponible que ce qui n'était pas nécessaire à la reproduction directe, c'est à merveille. Mais si on a fait plus , si on a diminué la part des reproducteurs directs pour augmenter celle des reproducteurs indirects, alors l'équihbre est dérangé, et de deux choses l'une : ou il faut que le travail de la reproduction directe s'arrête dans une certaine mesure, ou que ceux qui s'y livrent trouvent ailleurs les choses qui leur sont nécessaires pendant la reproduction.
La première conséquence de ce dérangement de
l'équilibre, c'est que, le capital disponible étant insuffisant pour les besoins, le prix des choses qu'il représente s'élève, et que, sous l'influence de l'élévation des prix , l'importation augmente. Qu'importe, diront certains économistes, qu'on prenne au dehors ce qui manque au dedans? « En définitive, les pro- « duits s'échangent contre des produits, et l'excès i( de l'importation se soldera toujours par un supplé- « ment d'exportation. » Cette théorie est vraie au fond, en ce sens que, comme en fait de commerce rien ne se donne pour rien, tous les échanges ont une contre-partie , et que cette contre-partie ne peut être autre chose qu'un objet de valeur à peu près égale , c'est-à-dire qu'un produit du travail de l'homme, à moins pourtant que ce ne soit la promesse de ce produit, ce qui est alors l'échange au moyen du crédit : mais elle a des résultats bien différents, suivant l'application.
Voici, par exemple, ime société dans des conditions normales, qui possède tout le capital nécessaire à la reproduction directe; seulement, au lieu de produire chacune des choses dont elle a besoin et dans la proportion de ses besoins, elle trouve plus commode d'en produire certaines , pour lesquelles elle a ou plus d'aptitude ou des éléments plus favorables, dans une proportion plus forte que ses besoins, et de demander les autres à l'étranger, en lui donnant en échange celles dont elle a de trop. Dans ce cas-là, la maxime que les produits séclian gent contre des produits se pratique à l'avantage ré-
ciproque ; personne n'est lésé ; chacun exporte ce qu'il a le plus d'intérêt à exporter et importe ce qu'il a le plus d'intérêt à importer. Mais supposons un autre cas : supposons une société qui, dans la répartition de son capital disponible, accorde plus qu'il ne convient soit à ceux qui ne produisent rien du tout , et qu'on appelle les consommateurs stériles , soit à ceux qui, tout en travaillant à perfectionner, à agrandir les moyens de la production, ne reproduisent pas immédiatement ce qu'ils consomment. Alors le capital disponible, c'est-à-dire les objets nécessaires à la consommation directe, deviennent rares, ils renchérissent, et il faut acheter au dehors ceux qui manquent. Comment les payerat-on? avec des produits? Mais on est dans un cercle vicieux; si le prix des objets de consomation s'élève, il devient un obstacle à l'échange, car il augmente d'autant les frais de revient de tous les produits, de sorte que la faculté d'exportation diminue en même temps que le besoin d'importation augmente. On a contre soi ce qu'on appelle la balance du commerce, et on est obligé de payer la différence avec du numéraire.
Les économistes ont beaucoup plaisanté sur la balance du commerce , sur les frayeurs puériles qu'elle inspirait jadis; ils ont démontré quelle ne changeait rien au fond des choses, que les produits s'échangeaient toujours contre des produits, puisque le numéraire est lui-même un produit, et que ce n'est qu'à ce titre qu'il a une valeur dans la société.
— Tout cela est vrai ; mais il y a produits et produits. Il y a ceux qui peuvent devenir rares impunément sans que la société en souffre beaucoup, et ceux dont la rareté provoque les crises. Que demain les étoffes de soie soient rares; que le lin, la laine viennent à manquer dans une certaine mesure, avec les tissus qui en résultent; qu'il y ait moins de cuivre, même moins de fer : ce sera un malheur assurément, mais ce ne sera pas un malheur comparable à celui qui existerait si le pain faisait défaut. Lorsque le pain fait défaut, l'économie générale d'un pays est troublée; le prix des denrées alimentaires s'élève d'autant plus qu'on ne peut s'en passer , et que chacun se restreint sur les choses accessoires en proportion de ce qu'il est obligé de réserver à la chose principale. 11 en est de même du numéraire; le numéraire est l'instrument d'échange de toutes les marchandises, et il sert de mesure à leur valeur respective; il est à la facilité des échanges ce que les voies de communication sont à la facilité des transports : les unes mettent le produit à la portée des consommateurs, l'autre lui fournit les moyens de l'acheter. Dira-t-on que, lorsqu'on l'exporte, c'est parce qu'il est trop abondant, et qu'on a intérêt à l'exporter? Cela arrive quelquefois. — Ainsi l'Angleterre , qui est le grand entrepôt des métaux précieux de l'Europe, a souvent intérêt à les exporter beaucoup plutôt que d'autres marchandises ; elle y trouve plus de profit. Mais il arrive aussi qu'elle est obligée de les exporter , lorsqu'elle voudrait
pouvoir les garder. Par exemple elle a fait de grandes spéculations à l'intérieur, l'argent est devenu cher et très-demande, elle voudrait pouvoir le retenir; mais comme d'autre part, pour une raison ou pour une autre, elle a contracté de grandes obligations à l'extérieur, obligations quelle ne peut plus acquitter avec des produits ordinaires, parce que l'élévation des prix a rendu les échanges impossibles à moins de pertes considérables, elle préfère, alors, envoyer des métaux précieux, bien qu'ils soient rares et chers, et bientôt elle n'en a plus assez pour ses propres besoins. Par conséquent, il ne suffit pas que les produits s échangent contre des produits, il faut encore qu'ils s'échangent contre ceux dont on a de trop et qu'on a intérêt à exporter, et il n'est pas indifférent qu'à tel moment l'opération ne puisse se faire qu'avec du numéraire , au lieu de se faire avec d'autres produits résultant soit de la fabrication intérieure, soit du sol. C'est absolument comme si l'on prétendait qu'au moment où les relations commerciales sont le plus actives , le mouvement de circulation le plus fréquent, on peut diminuer impunément le nombre des voies de communication.
Sans doute l'analogie n'est pas tout à fait exacte, la quantité de numéraire nécessaire aux échanges n'est pas aussi absolue que celle des voies de communication. Elle varie selon les pays; dans tel pays elle sera de 1 à 10 par rapport aux affaires, dans tel autre de 1 à 100; dans un troisième, de 1 à 1000, sans qu'on puisse fixer de limite; tout dépend de
l'éducation économique du pays, de ses habitudes, de l'état de son crédit ; et , pour ne citer qu'un exemple frappant, l'Anijleterre fait, avec une circulation métallique de 2,500 millions, dix fois plus d'affaires que la France avec une circulation qui n'est guère inférieure à 5 ou 6 milliards; par conséquent, si le rapport du numéraire aux affaires est en France de 1 à 10, nous prenons ce chiffre au hasard, il est en Angleterre de 1 à 4 ou 500. La différence, comme on le voit, est considérable, et elle prouve que notre voisine est plus avancée que nous dans le perfectionnement des moyens d'échange, mais c'est un progrès qui, comme tous les autres, ne peut s'accomplir qu'à l'aide du temps. En attendant, la France, ayant besoin d'une quantité donnée de numéraire pour ses transactions, ne peut pas s'écarter beaucoup de cette quantité sans voir l'équilibre de ses relations troublé. C'est en vain qu'elle chercherait à y suppléer par un usage plus grand du crédit et en mettant en circulation plus de papier-monnaie.
Le crédit, c'est la confiance, et comme la confiance est un élément moral en dehors du pouvoir du législateur, qui s'étend d'autant moins qu'on lui commmande de s'étendre, il en résulte que si, dans les moments difficiles, pour parer à l'insuffisance du numéraire, on recourt davantage au crédit, si on émet par exemple plus de billets au porteur, on déprécie d'autant ceux qui sont déjà en circulation. Supposons que dans un pays la circulation métallique soit par rapport à celle des billets au porteur
dans la proportion de 4 à 1 , qu'il y ait 2 milliards d'espèces contre 500 millions de billets. Si, par suite de l'état contraire du change, 500 millions de numéraire ayant été exportés, on veut les remplacer par une quantité équivalente de billets au porteur, le rapport , qui était de 4 à 1 , ne sera plus que de 1 1/2 à 1 , c'est-à-dire de 1 milliard 1/2 d'espèces contre 1 milliard de billets, croit-on qu'un tel changement pourra s'opérer du jour au lendemain sans que la confiance du public soit altérée? Elle le sera d'autant plus que la circulation métallique répond non- seulement des billets au porteur, mais encore de la circulation fiduciaire tout entière, c'est-à-dire des billets du commerce, des lettres de change et de tous autres engagements à terme; elle est la base de tout; autrement dit : tous les effets payables à terme ou à vue le sont en espèces ; c'est sur le payement en espèces que repose tout le mécanisme de la circulation fiduciaire. On y aura recours plus ou moins suivant les circonstances et suivant les besoins ; mais on ne peut diminuer sensiblement la garantie qui en résulte , sans troubler profondément l'équilibre de la circulation fiduciaire. Si le public n'accepte pas les 500 millions de billets au porteur que l'on voudra mettre en circulation pour suppléer à la diminution du numéraire, ces billets seront échangés aussitôt qu'émis, la circulation fiduciaire n'aura pas augmenté et la réserve métallique aura perdu 500 millions.
Décrétera-t-on le cours forcé; car c'est à cet ex-
pédient qu'on arrive toujours quand on veut aller contre les lois du change et s'en tenir, en ce qui concerne le numéraire, à la maxime que les produits s échangent contre des produits. On entre alors dans une voie des plus périlleuses, qui aboutit généralement aux catastrophes. Mais, dira-t-on, les inconvénients se corrigeront d'eux-mêmes : si, sous l'empire de certaines nécessités, on a exporté trop de numéraire, le taux du change s'élevant et le numéraire étant plus cher en France qu'ailleurs , l'étranger sera amené à nous le renvoyer en nous achetant davantage, tandis que nous lui achèterons moins, et l'équilibre se rétablira tout naturellement. Cela est vrai, mais à quelle condition? A condition que , pour faire revenir le numéraire indispensable aux transactions , nous vendrons à perte ; car dans la pratique , vendre davantage parce que le change est contraire et le prix de l'argent élevé, c'est vendre en dehors des lois ordinaires du commerce , c'est échanger une marchandise qui n'a pas augmenté de valeur contre une autre (le numéraire) qui a pris une valeur exceptionnelle par suite de l'élévation du change; c'est, je le répète, vendre à perte, et cela se résout par une crise.
Telle a été, en 1857, l'histoire de plusieurs États, et notamment celle des États-Unis. Obéissant à une impulsion industrielle des plus actives , les États- Unis avaient créé entreprises sur entreprises, spéculations sur spéculations, sans avoir égard le moins du monde au capital disponible ; ils s'occupaient peu
IMMOBILISATION DU CAPITAL. Il
de savoir si les exportations balançaient les importations et si les prix n'étaient pas excessifs; ils s'en fiaient à la maxime que, les produits s'échangeant contre des produits , ce serait le travail qui, en fin de compte, réglerait les différences. Qu'est-il arrivé? Ils ont commencé par avoir le change contre eux et par exporter tout le numéraire dont ils pouvaient disposer; puis, quand ils furent arrivés à cette limite extrême où un écu ne peut plus sortir sans inconvénient grave, ils se sont endettés d'année en année pour couvrir l'excédant de leurs importations sur leurs exportations. On a calculé que, de 1852 à 1857, les Anglais avaient avancé aux États-Unis, par la voie des échanges commerciaux, une somme de 247 millions de dollars, soit près de 1300 millions de francs, plus une somme presque égale pour d'autres opérations ; de sorte qu'au dire d'un journal spécial, t/ie Merchanfs Magazine (numéro de décembre 1857), ils avaient 425 milhons de dollars, soit 2,231 millions de francs d'engagés dans les affaires de l'Union américaiae au moment où la crise a éclaté.
Dans une situation aussi tendue, il fallait bien peu de chose pour tout arrêter. 11 a suffi en effet qu'une compagnie d'assurance, the Oliio life s insurance and trust Company, manquât à ses engagements pour que, immédiatement, toutes les compagnies financières, toutes les banques qui avaient des valeurs les unes sur les autres , et dont la solvabilité se trouvait ainsi solidaire, manquassent également, et que de proche
en proche les faillites se multipliassent, amenant une catastrophe générale. La veille tout paraissait en pleine prospérité : le travail était actif, les produits recherchés, et le lendemain le travail cessait partout, les produits ne se vendaient plus qu'avec une perte considérable, chacun s'empressait de réaliser ce qui était réalisable, tout était ruine et désastre.
Que s'était-il passé pour avoir ainsi du jour au lendemain chang;é la face des choses? Rien, sinon que la réalité avait fait place à l'illusion ; un instant avait suffi pour montrer qu'il ne suffit pas de s'appuyer indéfiniment sur le crédit pour développer la richesse publique, qu'il faut encore compter avec les ressources disponibles. La maxime que les produits s'échangent toujours contre les produits peut donc ^ à certains moments, être la cause de grandes catastrophes. Sans doute le travail est la source de la richesse, mais le travail, pour être fécond, a besoin de se combiner avec le capital, c'est-à-dire avec la réserve disponible. Les deux choses se tiennent. Supprimez l'une des deux, laissez le capital sans travail ou le travail sans capital, et l'équilibre se trouve dérangé. Si c'est le travail qui manque, le capital se consomme improductivement et la société voit ses ressources diminuer. Si c'est le capital, le travail est obligé d'emprunter les ressources qui lui sont nécessaires, il les paye cher et il ne produit plus assez pour ce qu il consomme. Cette alliance féconde du capital et du travail n'existe qu'à la condition qu'on sache faire la part de ce qui doit être réservé pour la reproduction
directe et de ce qui peut être destiné aux travaux d'amélioration; en un mot, pour employer les expressions consacrées, qu'on sache faire la part du capital flottant et du capital hxe. Supposons un propriétaire qui, ayant 20,000 fr. de revenu, en consacre 10 à des améliorations, lorsqu'il en a besoin de 15 pour vivre; il sera obligé d'emprunter la différence, soit 5,000 fr. par an; et comme ses travaux d'amélioration, quelque utiles qu'ils soient, ne lui donneront pas immédiatement l'équivalent de ce qu'il aura dépensé en plus de son revenu en continuant ce système pendant plusieurs années, il se trouvera de plus en plus en déficit, sans que jamais l'augmentation de son revenu puisse balancer l'accroissement de sa dette. Le fruit de ses améliorations sera grevé d'hypothèques au profit des autres, et, pour peu que l'échéance de ses engagements coïncide avec une crise, il ne pourra plus se liquider que par une vente ; alors ce ne sera pas seulement une partie de sa propriété qu'il lui faudra vendre pour s'acquitter, ce sera la totalité. — Il sera ruiné pour avoir voulu aller trop vite dans ses améliorations. — Le progrès est l'œuvre du temps; on manque le but en voulant l'atteindre trop vite.
Ce que nous venons de dire d'un propriétaire qui consacrerait plus qu'il ne doit à l'amélioration de son domaine s'applique encore mieux à la société. — Car, si le propriétaire se ruine, d'autres profitent des améliorations qu'il a faites, et la richesse générale n'est pas diminuée. Il n'en est pas de même lorsque le fait
se fjénéralise et s'étend à toute la société : il n'y a personne pour profiter de l'imprévoyance générale, ou plutôt il y a l'étranger qui a fait crédit, vis-à-vis duquel on a contracté une dette perpétuellement exigible, et qui l'exigera surtout au moment de la crise que cette situation aura fait naître. Alors, si on ne veut pas faire banqueroute, il faudra aliéner à des conditions défavorables une partie de son capital fixe, c'est-à-dire donner aux autres à vil prix le profit de ses améliorations.
Voilà quel sera le résultat définitif du développement d'activité en dehors des ressources disponibles : on aura travaillé pour autrui; et, pour s'être trop reposé sur la maxime que les produits s échangent contre des produits , enverra la richesse publique rétrograder au lieu d'avancer. Remarquez bien que j'ai pris ici la meilleure hypothèse, celle d'un capital employé à des travaux utiles, réellement productifs. Si au contraire tout ce capital , ou une partie , a été consacré à des entreprises chimériques, à des spéculations insensées, la perte est sans compensation et généralement accompagnée des conséquences les plus tristes , de celles qui portent atteinte à la considération d'un pays.
On ne peut pas trop le répéter : la base véritable du progrès économique, c'est de marcher avec le temps, et de ne consacrer aux travaux d'amélioration que le capital qui n'est pas nécessaire aux travaux de la production directe, que celui qui résulte des épai^gnes de chaque année, que le capital enfin réellement
disponible. Malheureusement on est souvent entraîné à manquer à cette loi, d'abord parce qu'on ne sait jamais bien quelle est la limite du capital disponible , et ensuite parce que le génie de l'homme aime à aller en avant. Alors on a recours au crédit, non pas à ce crédit régulier qui fait passer d'une main dans une autre le capital disponible, mais à cet autre crédit irrégulier qui est une création de capital artificiel, une anticipation sur Favenir, et dont l'abus ne tarde pas à se manifester.