SECTION PREMIÈRE
DE l'abus par le BILLET AU PORTEUR.
Après avoir montré dans le chapitre précédent, comment, en dépassant la mesure des ressources disponibles, et en immobilisant trop le capital, on peut abuser du crédit, il nous faut indiquer maintenant de quelle manière cet abus peut avoir lieu.
On peut abuser du crédit de quatre manières différentes :
V En émettant trop de ces billets dits billets au porteur, qui, par la facilité de leur circulation, sont assimilés à la monnaie ;
2" En exagférant les avances sur valeurs mobilières et autres;
S"" En développant trop le système des dépôts en comptes courants;
4" En multipliant enfin outre mesure le papier de commerce, qui diffère du papier de banque en ce qu'il n est pas payable au porteur et n'émane pas d'établissements publics, mais qui s'en rapproche en ce
qu'il sert d'intermédiaire aux transactions, qu'il est accepté comme règlement des échanges , et qu'il multiplie ou restreint ces échanges suivant qu'il est plus ou moins répandu.
Occupons-nous d'abord du billet au porteur.
La moindre réflexion enseigne que, pour faciliter l'échange des diverses marchandises entre elles, il était nécessaire d'avoir une mesure à peu près fixe de valeur à laquelle on put tout rapporter; il fallait qu'à tout moment Ton sût ce que représente tel ou tel objet dans le prix respectif de tous les objets, ce que vaut une mesure de blé par rapport à un mètre d'étoffe, à une pièce de vin, à une paire de souliers, etc., et pour cela on devait naturellement choisir quelque chose qui eût une valeur propre , valeur assez forte sous un petit volume, qui fût d'un usage général, d'un transport facile et à l'abri d'altérations sensibles. On a trouvé que l'or et l'argent répondaient assez bien à ces conditions, et on les a adoptés comme instruments d'échange, et comme de plus ils étaient assez rares et le produit d'un travail plus ou moins coûteux, leur valeur était très-sérieuse. Il ne faut pas perdre cette idée de vue , parce que c'est sur elle que repose toute la théorie de la monnaie ; elle explique pourquoi on ne peut pas substituer à volonté un sipne de convention sans valeur à une monnaie qui est une marchandise ayant une valeur par ellemême.
Mais cette valeur intrinsèque du signe monétaire fut plus tard ce qui a préoccupé ; on s'est dit qu'il
fallait l'acheter, et que, plus on le multiplierait, plus on se priverait des choses qu'on serait obligé de donner en échange. Le problème à résoudre parut donc d'avoir le moins de monnaie possible pour accomplir le plus grand nombre de transactions. Alors on a eu recours à un équivalent; on s'est engagé par billets à payer une somme de au lieu de la payer réellement. La promesse a tenu lieu de la réalité. Ces billets ont été d'abord des engagements particuliers réalisables à terme et entre personnes qui se connaissaient; par conséquent, ils ne pouvaient avoir qu'une circulation restreinte. Lorsqu'on voulut plus tard les étendre, on eut l'idée de les placer sous la garantie d'étabhssements publics et de les déclarer payables au porteur. Rien ne les distingua plus alors de la monnaie ordinaire; ils circulèrent comme elle, à la condition de l'avoir pour garantie et d'être payables à volonté en or ou en argent; c'était leur raison d'être.
C'est en vain qu'on prétendrait que , comme ils sont le signe représentatif d'une transaction, ils tirent leur valeur de cette transaction. C'est au contraire la valeur du signe qui fixe la valeur de la transaction. Quand on dit qu'une marchandise s'échange contre telle quantité d'or ou d'argent, on sait à quoi s'en tenir sur le prix de cette marchandise. Il n'en serait plus de même si le signe représentatif n'était qu'un signe de convention, n'ayantpas de valeurpar lui-même et qu'on pourrait multiplier à volonté. Il n'y aurait plus de base pour l'appréciation de la valeur des choses; elle varierait suivant l'abondance du signe représentatif.
é 20 LE CRÉDIT ET LES BANQUES.
On n'est pas plus fondé à soutenir que, lorsque le billet de banque repose sur des garanties sérieuses, telles que des immeubles, des fonds publics ou toute autre chose, il peut faire fonction de monnaie sans avoir besoin de s'appuyer sur une réserve métallique. Pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que la garantie ne fût pas plus sujette à dépréciation que ne le sont les métaux précieux eux-mêmes. Or, les métaux précieux sont bien sujets à dépréciation, lorsque des causes extraordinaires, telles que des découvertes de mines abondantes, viennent agir sur eux; mais le marché en est si large et le besoin si général, que, même sous l'influence de ces causes, la dépréciation en est trèslente et ne se fait pas sentir du jour au lendemain, comme celle qui peut atteindre tout à coup les autres choses. Qui vous dit que les immeubles, les fonds publics que vous avez pris pour garantie de vos billets, auront toujours, au moment de la réalisation, la valeur que vous leui* avez assignée? Il n'y a pas de valeur absolue; il n'y en a qu'une relative, dépendant de r offre et de la demande. Si, au moment de la réalisation, l'offre dépasse de beaucoup la demande, la chose se vendra ce qu'il plaira à l'acheteur de la payer, et il la payera d'autant moins qu'on sera pressé de la vendre. Alors que devient la garantie? Le billet se dépréciera sur la seule perspective qu'elle peut faire défaut. Voici comment s'exprimait, dans une lettre datée du 27 novembre 1854, le soussecrétaire de la trésorerie des États-Unis, à propos de cette garantie qu'on trouve dans les valeurs d'Etat :
u La politique de plusieurs Etals de l'Union, dit-il, « a été, dans les dernières années, d'encourager u l'émission de légères coupures, en autorisant l'éta- « blissement des banques vulgairement appelées li- « bres, et qui avaient, pour garantie dernière {ulti- « mate) de l'émission de leurs billets, des dépôts de « valeurs. Cette garantie dernière vaut mieux assuré- « ment qu'aucune garantie ; mais l'erreur est de croire u qu'on la trouve lorsqu'on en a le plus besoin. Les « causes mêmes qui empêchent les banques de rem- « bourser leurs billets aussitôt qu'on le demande en- « traînent la dépréciation des valeurs sur lesquelles " repose l'émission de ces billets. Elle est bonne « pour le négociant qui escompte du papier et peut le u garder des mois ou des années; mais l'artisan qui a « en main de ces billets ainsi garantis trouve, lorsque « les payements sont suspendus, que la garantie der- « 7iière du remboursement ne l'empêche pas de per- « dre 25, 50, et quelquefois 75 p. 100. Nous avons « besoin, pour le papier de circulation, d'autre chose « que d'une garantie dernière. Nous avons besoin « d'une garantie immédiate, d'une garantie qui sera « bonne aujourd'hui, demain, après-demain et tou- « jours, et elle n'existe que dans une réserve en métaux " précieux. »
Enfin une circulation qui n'a pas de base métallique est confinée aux limites des États qui l'adoptent. Elle n'a pas de valeur au dehors; qui voudrait s'exposera tous les embarras, à toutes les lenteurs de la réalisation? Pour commercer avec le dehors il faut
une monnaie semblable à celle des autres pays , qui ait à peu près la même valeur partout, qui soit d'une réalisation facile et prompte. Si Ton a une monnaie différente , on s'expose aux chances défavorables de l'agio. Il n'y a donc pour servir de base et de garantie sérieuse aux billets de banque, que les métaux précieux j eux seuls sont réalisables partout et toujours.
Maintenant, peut-on abuser de ces billets lorsqu'on reste soumis à l'obligation de les rembourser en espèces? Il semblerait à première vue que cela est difficile, puisque le public est toujours libre de les rapporter au guichet de remboursement, s'il juge qu'il en a de trop. Malheureusement le contrôle du public est souvent illusoire. M. Sismondi l'a parfaitement caractérisé : « Si, dit-il, quiconque reçoit et donne un billet de banque était obligé de l'endosser comme une lettre de change, on n'aurait pas lieu de craindre qu'aucune banque usurpât sur le numéraire sans donner les garanties suffisantes. Mais quand le billet est au porteur, celui qui le donne a un intérêt si fugitif, si dénué de toute responsabilité, à refuser un crédit abusif, que la nation, pour qui cet intérêt est de première ligne, ne peut pas lui déléguer toute sa vigilance. «L'abus des billets se produit surtout dans les temps calmes , lorsque le capital est abondant et se donne à bon marché ; alors la confiance est générale, les entreprises se multiplient et le billet au porteur s'étend facilement; puis quand la situation change et que les embarras surgissent, on rapporte le papier à la Banque qui ne
peut plus le rembourser. C'est ce qui est arrivé aux États-Unis en 1838 et 1842, en Angleterre en 1825 et 1835, et c'est ce qui a déterminé dans ce dernier pays le fameux bill de 1844. Ce bill est assurément excessif, comme je le montrerai tout à l'heure, et il pousse trop loin les précautions à prendre afin de maintenir intacte la circulation des billets au porteur et d'en assurer toujours le remboursement. Il n'en est pas moins vrai qu'il faut des précautions , et qu'on peut abuser de ces billets, même avec la conversion obligatoire.
Maintenant, il est évident que si l'on peut abuser du billet au porteur avec rol)ligation de le rembourser en espèces, l'abus devient plus facile encore lorsque cette obligation est suspendue.
En 1718 ou 1719, un homme d'une très-grande intelligence mais qui, dans sa manière de comprendre le crédit, s'était laissé aller aux exagérations les plus funestes, le célèbre utopiste écossais Lavr, dans un mémoire adressé au parlement d'Ecosse, et intitulé Considérations sur le numéraire^ écrivait les lignes suivantes :
« La valeur des choses n'est pas en raison de leur « usage plus ou moins répandu, mais en raison de " leur quantité plus ou moins grande comparée à la « demande qu'on en fait. L'eau est d'un grand usage, « mais de peu de valeur, parce que la quantité de '< l'eau est de beaucoup supérieure à la demande. « Les diamants sont de peu d'usage , et pourtant « d'une grande valeur, parce que la demande sur-
24 LE CaÉDir ET LES BANQUES.
« passe de beaucoup la quantité existante des dia t' mants.
« La valeur des choses varie par deux causes dis- " tinctes : la plus ou moins (grande abondance des « produits, ou la plus ou moins g^rande abondance de « la monnaie. De ces deux causes.^ Tune échappe « à l'action de l'homme, tandis que l'autre peut être " soumise à son empire. — Il ne dépend pas de « rhomme que la quantité du blé , du vin, etc., se « maintienne toujours en équilibre avec les besoins; ce mais il dépend de lui que la somme de la monnaie « demeure toujours dans un juste rapport avec la » demande , pourvu que cette monnaie n'ait pas de « valeur intrinsèque, qu'elle ne consiste point dans " l'or ni dans l'argent.
« Il y aurait dans ce fait nn immense avantage ; « car la monnaie est le principe du travail, de la culte ture et de la population. Les pays riches sont ceux " où il existe beaucoup de monnaie, les pays pauvres « ceux où elle est rare.
e< Rien n'est plus propre à remplir les fonctions de « la monnaie que le papier ; aux avantages que pré- « sentent sous ce rapport les métaux précieux il joint » d'autres qualités qu'ils ne possèdent pas : V De se u compter et de se transporter plus facilement; 2" la « matière ne coûte rien ou presque rien, tandis qu'il « faut acheter fort cher l'or et l'argent; 3" enfin, par « cette raison, on ne l'exporte pas, et l'offre peut « toujours égaler la demande. Ce dernier point a la « plus haute gravité.
u En effet, il y a lutte perpétuelle entre les prou priétaires des choses et les détenteurs de l'argent : u les premiers font la loi aux seconds quand les denu rées et les marchandises de toute nature sont rares, " et ils la subissent, au contraire, quand elles deu viennent communes. Cependant la justice et Fin- « térêt général veulent que la valeur ou le prix des « choses ne dépasse jamais la limite des frais de pro- « duction. Or il n'y a qu'un moyen pour atteindre ce « résultat : c'est de faire que la somme de la monnaie u soit constamment en équilibre avec la quantité des » choses, hypothèse qui se réalisera du moment « qu'on pourra fournir sur des garanties réelles du « numéraire à tous ceux qui en réclameront. Si la " monnaie sous forme métalhque rend ce desideratum " une chimère, rien n'est plus facile que son accomi^ plissement sous forme de papier. »
On sait à quelle catastrophe a conduit l'application de cette théorie ; on sait aussi quel fut pendant la Révolution le sort des assignats , avant même qu'on eût abusé outre mesure de la planche qui servait à les fabriquer, et lorsqu'ils reposaient encore sur ce qu'on appelle des garanties réelles, c'est-à-dire sur la propriété confisquée. Eh bien , dès ce moment, le papiermonnaie des assignats, par cela seul qu'il n'avait pas pour base de réserve métallique, perdait 25 à 30 pour 100. Nous citerons encore l'exemple de l'Angleterre, où, pendant la suspension des payements, de 1797 à 1819, malgré la sévérité du contrôle qui présidait à l'émission des billets et malgré la faiblesse
de cette émission, qui ne dépassa pour ainsi dire pas le chiffre qu'elle atteint aujourd'hui dans des conditions normales, les billets furent frappés d'une dépréciation de 25 pour 100. Enfin, tout près de nous, à l'époque actuelle, le rouble de papier en Russie, qui n'est pas convertissable en espèces, perd 15 à 20 p. 100, et la circulation fiduciaire de l'Autriche est dépréciée de 12 à 15 pour 100. 11 en est de même en Italie et aux États-Unis ^ Et cependant le rouble de Russie, comme le papier de banque de l'Autriche, de l'Italie et des États-Unis , comme autrefois les banknotes de l'Angleterre, sont limités dans leur émission et ont pour g^arantie la solvabilité de l'État lui-même. Ce sont des exemples concluants pour prouver que la théorie de Law^ est complètement fausse, et que c'est caresser une chimère que de rêver une circulation fiduciaire qui s'appuie sur autre chose que sur une réserve métallique.
Et pourquoi cette circulation se déprécie-t-elle? Précisément par la raison qui la fait préférer dans le système de Law; parce que, ne coûtant rien on prescjue rien, elle peut être multipliée à volonté. Déjà, avec la (jarantie qu'elle ne dépassera pas un certain chiffre, et alors que ce chiffre est en rapport avec les besoins, on n'évite pas la dépréciation, la difficulté de s'en servir au dehors suffit pour la mettre en défaveur, et lui faire subir une perte.
* Lu France seule fait exception pour des raisons que nous indiquerons ailleurs.
Mais, si on érï^e en théorie que l'avanta[;e de cette monnaie est précisément de pouvoir être multipliée à volonté, alors, comme il n'y a plus de limite à l'émission, il n'y en a pas non plus à la dépréciation; l'une est la conséquence de l'autre. Supposons que le papier-monnaie en circulation perde 50 p. 100; si l'État, pressé par des besoins, augmente ce papier d'un dixième, immédiatement la dépréciation s'élève à 60 p. 100; on paye les marchandises un dixième en plus , et on ne gagne aux émissions successives que d'apporter un plus grand trouble dans les relations commerciales sans ajouter un sou de valeur à la circulation. Quand Law a dit, dans le passage que nous venons de citer, « que la valeur des choses n'est pas « en raison de leur usage plus ou moins répandu, mais « de leur quantité plus ou moins grande comparée à « la demande qu'on en fait, » il a oublié une chose essentielle : de tenir compte du travail. C'est le travail combiné avec l'utilité qui est la mesure de la valeur; si l'eau, quelque utile qu'elle soit, n'a pas de valeur, ce n'est pas seulement parce que l'offre dépasse la demande, mais parce qu'il n'en coûte aucun travail pour se la procurer. La monnaie métallique a une valeur, parce qu'elle est elle-même une marchandise, un produit du travail, qu'on ne peut pas la multiplier à volonté, à cause des dépenses qu'elle entraîne. La raison se refuse à admettre qu'une chose qui ne doit rien au travail, qu'on peut multiplier à volonté, puisse avoir une valeur qui serve de mesure au prix des autres choses ayant coûté du travail et
dont la production est limitée par le travail même. Ces principes certains ont reçu la consécration de l'expérience par les catastrophes qui sont survenues toutes les fois qu'on s'en est écarté; et cependant on trouve encore nombre de gens qui pensent que l'usa^^^e de la monnaie métallique comme intermédiaire des échanges est un préjugé dont on est appelé à se défaire avec le temps, et que le progrès de la civilisation doit amener l'usage universel et exclusif du papier de banque, en réalisant le chemin dans les airs dont a parlé Adam Smith. C'est surtout aux époques de crise que se manifestent ces idées, lorsque le numéraire devient rare et que l'encaisse diminue dans les banques. On n'est frappé que d'une chose : on voit les agents delà circulation, monnaie et billets, devenir insuffisants pour les besoins, la demande dépasser l'offre, et on se dit, comme dans le système de Law, que le problème à résoudre consiste à équilibrer l'offre et la demande; et comme on ne peut pas multiplier le numéraire à volonté , que la circulation fiduciaire, basée sur la conversion facultative, a atteint la dernière limite, il n'y a plus qu'à s'affranchir des restrictions qui s'opposent à l'extension de cette circulation, c'est-à-dire qu'à décréter le cours forcé. On invoque alors les garanties nombreuses que présente la Banque d'émission, son capital social plus ou moins considérable, les valeurs de commerce qu'elle a en portefeuille et qu'elle a reçues en échange des billets, la prudence enfin de ses directeurs, et on se demande quel péril il peut y avoir à augmenter une circulation
ainsi garantie; bien entendu qu'il ne s'agit d'abord de l'augmenter que dans une faible proportion. Gela ne vaut-il pas mieux que de subir toutes les rigueurs d'une crise, que de voir l'intérêt s'élever à des taux inusités et le commerce paralysé par les restrictions les plus sévères? Voilà le langage qu'on tient généralement lorsqu'il y a des embarras d'argent. Et quand on pense que ce langage trouve de l'écho dans le pays, que le système du cours forcé est proposé souvent par des hommes sérieux, jouissant d'une certaine réputation financière, et qu'il est commenté avec faveur par des organes de la presse, on déplore qu'il soit si facile d'égarer l'opinion sur les choses les plus certaines.
L'erreur de tous les gens qui proposent de rétablir l'équilibre en augmentant les émissions de papiermonnaie est de croire que le papier est un capital à l'instar du numéraire, et qu'en le multipliant on multiplie le capital. Le papier-monnaie n'est pas plus du capital que la promesse de payer n'est le payement. Il est tout simplement un des moyens de crédit par lesquels on met le capital en circulation , on le fait passer de l'un à l'autre, et, s'il a une valeur, il n'a que celle qui est relative au capital qu'il représente. Mais il est clair que, si celui-ci fait défaut, ce ne sont pas les moyens de crédit qui pourront y suppléer. C'est absolument comme si un individu qui aurait en marchandises une valeur de 100 francs prenait l'engagement de payer deux fois cette somme; il n'aurait pas par cet engagement doublé ses ressources. Tant
que le capital n'augmente pas, on a beau multiplier les moyens de crédit, on n'ajoute rien à la valeur de ce capital. Si cette valeur est de 10, tous les billets que l'on émettra ne feront pas qu'elle soit de 11 ; il y aura seulement plus de sif^^nes représentatifs pour une même valeur; voilà tout. Par conséquent, puisqu'on ne peut pas augmenter le capital , qui est le produit successif des épargnes et qui ne s'improvise pas, on n'a qu'une chose à faire : c'est, comme je l'indiquerai ailleurs , de réduire la demande en élevant le taux de l'escompte et en employant certaines mesures restrictives qui rendent l'usage du capital assez onéreux pour qu'on ait moins d'intérêt à le rechercher. Alors , sous l'influence de ces mesures, l'activité industrielle et commerciale se ralentit insensiblement, la demande diminue, et l'équilibre se rétablit.