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Credo du sire de Joinville

Le manuscrit dont on donne ici le fac-similé et la traduction appartient à la Bibliothèque du roi. Il est catalogué sous les numéros 1445-7857. C'est M. Paulin Paris , attaché à cet établissement , et aujourd'hui membre de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres , qui a découvert cette nouvelle richesse littéraire. Il suffit de lire quelques lignes, pour reconnaître sur-lechamp que cette composition est un Credo , c'est-à-dire une profession de foi de la religion catholique , apostolique romaine.

Grégoire de Tours, nommé évêque en 573, nous a laissé un Credo. Il expose en détail sa croyance : « Je crois en Dieu , le Père tout-puissant ; je crois « en Jésus-Christ , etc. »

D'autres écrivains non moins recommandables ont proclamé aussi avec éclat leur profession de foi. Des laïques ont suivi cet exemple. Les vers du Credo du Dante sont très-estimés en Italie : j'en citerai plusieurs tercets , parce que cet ouvrage est peu connu en France :

Io scrissi d'amor più volte rime

Quanto più seppi dolci, belle e vaghe,

E in pulirle adoprai tutte mie lime.

Di ciô son fatte le mie voglie smaghe ,

Perch' io conosco avère speso in vano

Le mie fatiche, e d'aspeltar mal paghe.

Da questo falso amor omai la mano A scriver più di lui io vo ritrare , E ragionar di Dio, corne cristiano.

Io credo in Dio padre , che puô fare Tutte le cose, e da cui tutti i beni Procedon sempre di bel operare ;

Délia cui grazia terra e ciel son pieni, E da lui furon fatti di niente Perfetti, buoni, lucidi e sereni.

In Cristo

. . . unico figliuol di Dio , nato Eternalmente , e Dio di Dio uscio.

Le Dante, à propos de l'enfer, ne pouvait pas manquer de se rapprocher des inspirations terribles répandues dans son poème. Aussi il dit :

E chi con vizi vive e con difetti

Sempre in inferno speri (tema) e pene e guai

Insieme coi demoni maledetti ; Aile quali pene rimedio giammai

Non vi si trova che non senza fine

Con pianti, stridi ed infiniti lai.

Nous avons remarqué ces autres vers bien dantesques : La penitenza abbiam per nostra frusta.

Solo è dei preti volger cotai rote.

Rien de plus orthodoxe que cette profession de foi du Dante, dans laquelle il a compris beaucoup de prières commandées par l'Église.

Vers l'an 1369, Pétrarque composait sa canzone 49,' adressée à la Vierge Marie. C'est encore une sorte de Credo où sont développés les principaux points de notre croyance.

Jacques de Guyse, qui écrivait en 1 3 80, s'exprime ainsi dans une sorte de Credo : « Je proteste que dans tout mon ouvrage je n'entends dire ni écrire

rien qui soit contre la foi catholique , contre les décisions de notre sainte mère Église, contre les opinions des docteurs sacrés et approuvés, les histoires saintes louées et reçues par l'Église, ni contre les bonnes mœurs. »

Il existe aussi une foule de professions semblables dans des ouvrages italiens du quatorzième siècle , et des siècles suivants.

Après ces préliminaires, nous n'avons pas l'intention de surprendre le lecteur, ni de le contraindre à adopter légèrement l'opinion que nous allons énoncer : aussi nous procéderons avec réserve. Le Credo qui est reproduit ici a été composé par une personne qui vivait auprès d'un roi Louis. L'auteur le dit positivement dès la première page. « De croire ce que lan ne voit « me dist li rois Loys , que Dieu assoille , une haute parole. » — « Relati- « vement au besoin de croire ce que l'on ne voit pas , le roi Louis (que Dieu « absolve) me répéta une haute parole. »

Plus loin, l'auteur ajoute:

« Et je pour esmouoir les gens à croire ce de quoi ils ne se pouoient « soffrir, fis je premiers faire cest euure en Acre, après ce que li frère le roi « en' furent venuz, et devant ce que li rois alast fermer la cité de Cesaire en « Palestine. » — « Et moi , pour engager les gens à croire ce dont ils ne se pou- « voient contenter , je fis d'abord faire cette œuvre en Acre , après que les « frères du roi en furent partis , et avant que le roi allât fortifier la ville de « Césarée en Palestine. »

Tout ceci a été écrit par un Français. Ce roi Loys ne peut-il pas être saint Louis? Ces deux frères ne peuvent-ils pas être les comtes de Poitiers et d'Anjou ? Ils partirent d'Acre pour revenir en Erance avant le roi. (Petitot, Hist. de saint Louis, p. 3 19). Après leur départ, le roi « reffit faire les murs et « cloaisons de Cesare (ibid. p. 33 1.) A mesure que nous avancerons dans la traduction que nous allons donner du texte, nous accumulerons les preuves sur ce point.

Il est déjà probable que celui à qui nous devons ce Credo, est un chevalier pieux qui l'a fait composer, naturellement par un théologien, quant à la partie qui concerne le dogme : le plan adopté pour arriver à l'entière démonstration de la profession est celui-ci; l'auteur nous l'a expliqué formellement.

Comme tout le monde aura la facilité de confronter l'original avec ma traduction , pour éviter toute confusion je citerai d'après la traduction. L'auteur dit : « Vous qui regardez le présent livre , trouverez le Credo en lettres « vermeilles, et les prophéties par œuvres et par paroles en lettres noires, m Ainsi qu'on peut s'en assurer, des peintures coloriées expliquent de temps en temps le sujet : l'auteur sera fidèle à ce plan. Il prouvera chacune des propositions par les prophéties et les oeuvres. Il y aura Y œuvre qui annoncera un fait, et la prophétie encore plus directe, dont les expressions spécifieront la proposition.

Il est aisé de se convaincre qu'un théologien, et un théologien savant, habitué à la lecture des livres saints , a réuni toutes les preuves apportées en témoignage de son assertion; en même temps on remarque que l'auteur, qui déjà s'est mis en scène, et qui nous a appris que le roi Louis lui parlait familièrement, interrompt quelquefois le théologien, pour rapporter des faits certainement étrangers au Credo , mais qui n'en sont pas moins précieux pour l'histoire. Alors, l'auteur entre dans de tels détails , qu'on ne peut plus douter qu'il n'ait été présent, à l'instant où les chevaliers français furent faits prisonniers par les commandants des galées du Soudan, quand ils cherchaient à gagner Damiette. L'auteur parle en témoin oculaire : je rapporterai à la fois plus bas , le fait décrit dans le Credo , et celui que nous a déjà appris l'histoire de saint Louis par le sire de Joinville.

Je viens d'être indirectement et forcément amené à nommer celui à qui je crois pouvoir attribuer le Credo. Pour cette fois j'implorerai le secours d'un autre manuscrit que celui qui a dirigé M. Petitot. Mais choisir ainsi Joinville parmi tant de chevaliers qui, comme lui, auraient pu obtenir d'entendre une haute parole du roi Louis , qui auraient pu faire composer ce Credo par un théologien instruit, et se trouver avec le comte de Bretagne, lorsqu'un prodome de la loi des Sarrasins vint adresser aux captifs un discours d'une logique si singulière ; choisir ainsi Joinville, lui-même, n'est-ce pas avoir seulement tiré des conjectures , d'une suite assez enchaînée de probabilités , et le fait ressort-il bien clair de ces conjectures? En ce moment il nous survient un secours inattendu , et si puissant que , pour des questions semblables , on peut

dire que pareil bonheur n'est pas souvent arrivé. La chronologie , cette fidèle compagne de l'histoire, me vient en aide , et l'on trouve dans le courant des explications offertes par l'auteur, pour la rubrique du Credo portant ces mots: « il monta aux deux,» on trouve une date précise. Nous rapporterons ici, quoique ce soit surabondant, le texte et la traduction. Il s'agit des Juifs dispersés sur toute la terre : « Donoit nostre sires (Dieu) terme de leur déliurance de cent « anz en aual. Or a jà mil ce et sept qu'ils sont en chetiuoisons en diverses « régions sanz nul terme certain de leur déliurance. » Pesons bien ces derniers mots : « Or il y a de ça mille deux cent quatre-vingt-sept ans qu'ils sont en « captivité, sans nul terme certain de leur délivrance. »

Cette date est un trésor : beaucoup de citations montrent d'ailleurs une similitude exacte entre la rédaction du Credo , surtout pour la partie historique, et l'histoire de saint Louis par Joinville. Ne peut-on pas dire à présent que les choses se sont passées ainsi? Joinville aura fait composer les preuves du Credo à Saint-Jean d'Acre, en 1253. Il est revenu de Syrie, avec le roi, en 1254. Rien n'annonce que pendant tout le reste de la vie du roi, qui ne voulait pas se séparer de Joinville, qui le faisait asseoir près de lui, « en « s' accostant à un chesne au boiz de Vincennes , » le sénéchal ait eu occasion de s'occuper directement du Credo qu'il n'avait fait composer que pour s'en servir comme d'un livre de prières et de préparation à la mort ; cela y est dit expressément. Toute sa vie était consacrée au service du bon roi ; nul ne le connaissait mieux que Joinville. Dans l'oraison funèbre de Louis IX, frère Jean Sainçois déclara tenir de ce féal chevalier plusieurs traits de la vie de Louis , qu'il avait juré « estre vrais par serment. » Grand maître des grands jours et assises de Troyes, il y présida en 1285, en fut exilé les années suivantes, et n'y reprit sa place qu'en I2g5. C'est à cette époque de 1285 , peut-être jusqu'à 1290, que Joinville put retrouver et commenter son Credo, et rassembler, sans y penser, des matériaux pour son histoire. Plusieurs détails de la vie des célèbres historiens nous apprennent que leur vocation se décide quelquefois d'une manière insensible. D'abord le témoin de faits glorieux les raconte; on l'écoute, on l'applaudit, on l'encourage. « Mais vous devriez écrire cela , » dit l'un ; un vieillard reprend

gravement : « Si vous ne mettez pas tous ces faits par écrit , ils mourront avec vous, et vous les savez si bien ! » Celui qui n'a fait que raconter, se recueille, se rappelle les détails, les enregistre dans leur ordre; il en fait un premier cahier qui devient le rudiment d'un ouvrage. Joinville devait être raconteur : il l'avoue lui-même , il aimait à plaisanter et à entendre des plaisanteries , même au milieu des plus vives batailles. Il s'exprime ainsi dans un des passages de son histoire, mélange admirable de style sublime et de gaieté piquante : « Et tantoust je vy venir le roy et toute sa gent qui venoit à une « terrible tempête de trompettes , clerons et cors ; et se arresta sur un haut « chemin...., et vous promets que oncques si bel homme armé ne veis, car « il paroissoit par dessus tous de près les espaulles en amont.....; et ainsi « que nous étions là gardant ce poncel , le bon conte de Soissons , quand « nous estions retournés de courir après ces villains , se railloit avec moi , et « me disoit : « Senneschal, laissons crier et braire ceste quenailles, et par la « croffedieu (ainsi qu'il juroit) , encores parlerons-nous vous et moi de ceste « journée en chambre deuant les dames. » [Petitot, pages il^ et 25o.)

L'histoire du prodome de la loi des Sarrasins controversant avec le comte de Bretagne, et qu'on lira dans le Credo presque telle qu elle est dans l'histoire de saint Louis, aura été racontée, puis insérée dans le Credo, si elle n'y était pas déjà déposée. Quelque jour, en chambre devant les dames ,1a reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel, cette princesse qui, comme tant de princesses de la famille, tesnoit le monde enchciisné par les yeux, par les oreilles, par le cœur, aura voulu entendre cette histoire, en aura demandé une autre , puis encore une autre (ici nous entrons d'une manière formelle dans la vérité); la reine aura prié Joinville de réunir ces histoires, finalement d'écrire la vie de saint Louis, et le senneschal se sera regardé comme l'homme le plus fortuné d'avoir à obéir à une aussi grande princesse. Il est assuré que Joinville n'avait pas terminé sa grande histoire avant la mort de la reine Jeanne, arrivée en i3o4: les dédicaces authentiques sont offertes à Louis le Hutin, fils de cette princesse. Je vois dans une édition française très -rare de i5g6, copiée sur la première édition dédiée à François Ier par Anthoine Pierre de Rieux, datée de i547» que Joinville parle

( vu )

ainsi à Louis le Hutin : « Et pourtant que mort a prinze maditc dame votre « mère avant que j'eusse mis fin à ce mien petit labeur , il m'a semblé chose « trop plus que raisonnable de vous satisfaire du reste de l'obligation en qui « j'estois demouré redeuable envers madite dame , c'est de vous présenter et

« dédier cette présente histoire et aussi qu'il me semble que faits royaus

« sont dignes de connoissance roiale vous suppliant de vouloir bien donner

« à ce mien petit livre, telle faueur, qu'à votre exemple il puisse être miroir « aus autres princes de bien et justement viure. « Oui, Joinville, votre livre n'a pas cessé d'être un miroir de bien et justement vivre, et pour parler votre langage, orajà cinq cens cinquante ans que nous admirons la sainteté et la gloire de votre héros , la fidélité de vos récits , les charmes , la vérité, les grâces, et souvent la force de votre style.

Maintenant on concevra avec quelle ardeur le soupçon seul d'avoir retrouvé quelques pages de cet admirable auteur , a dû animer un Français dans la recherche des circonstances qui pouvaient prouver que nous aurions une raison de plus d'honorer celui qui fut un de nos plus braves guerriers, un de nos plus illustres écrivains, et à qui Dieu accorda de n'aller de vie à trespas , qu'après avoir connu six de nos rois.

Ces développements m'ont fait prendre courage ; je n'aurai plus à présent la crainte de manifester mon entière conviction : j'ajouterai que pour bien motiver mes trois comparaisons entre trois passages du Credo , et de semblables passages qui appartiennent à l'histoire de saint Louis, je me suis adressé à M. Paris, en le priant de me donner le texte positif de ces trois passages , tels qu'ils sont dans les meilleurs manuscrits avérés de Joinville, car je ne croyais pas que la version de Petitot suffit pour établir ou repousser les similitudes. M. Paris m'a écrit la lettre suivante qui mérite d'être insérée ici dans toute son étendue :

« Monsieur , voici les fragments de Joinville qui se retrouvent également, sauf les variantes , dans le Credo et dans la vie de saint Louis. Je crois les avoir transcrits avec la plus grande exactitude ; seulement j'ai mis quelques points, ajouté quelques accents, lié ou délié plusieurs syllabes qui formaient ou devaient former deux mots ou un seul mot. En examinant plus attentive-

( vm )

ment le célèbre manuscrit de la vie de saint Louis que* nous possédons, et dont len° d'ordre est aujourd'hui 2,016 (supplément français), je me suis convaincu que l'on avait cru jusqu'à présent cette leçon plus rapprochée qu'elle ne l'est réellement, du temps de la composition. La copie du manuscrit 2,016 ne doit remonter qu'à la dernière partie du XIVe siècle, et je ne serais pas surpris qu'elle eût été exécutée par les ordres du sage roi Charles V : ce qu'il y a de bien certain, c'est que la langue n'est déjà plus celle du XIIIe siècle ni celle du commencement du XIVe. Les variantes orthographiques qui , dans les ouvrages de ce temps, distinguent toujours le nominatif, de l'accusatif, sont ici fort confuses et presque toujours délaissées. Nous n'avons donc pas encore le véritable texte de Joinville : sans doute les différences ne portent pas sur des points essentiels, sous le rapport historique, mais enfin il faut bien segarder de juger la langue du XIIIe siècle , d'un contemporain et d'un ami de saint Loiûs, d'après le manuscrit 2,016, le plus ancien cependant que l'on connaisse jusqu'à présent.

« Et de là , Monsieur , doit résulter la preuve que le style, l'orthographe, ou du moins les variantes orthographiques usitées au XIIIe siècle et familières à Joinville, sont uniquement reproduites dans le style du Credo que vous publiez, qu'il faut les chercher uniquement là, et qu'indépendamment du prix que peut avoir un nouveau travail du sire de Joinville , il faut encore y rattacher l'intérêt philologique , qui suffirait pour recommander à l'attention des antiquaires votre publication. »

Ces observations de M. Paris me paraissent très-judicieuses. On avait, avant nous, une manière toute particulière de débrouiller les archives, et l'on faisait subir un sort funeste aux manuscrits. Tant bien que mal , on les translatait en langue du jour; mais la plupart du temps on ne tenait plus aucun compte de l'original. Je lis dans l'édition de Joinville dont j'ai parlé plus haut, et qui, en portant la date de 1596, conserve la dédicace faite dans la première édition connue de Joinville , je lis ces propres paroles adressées au roi François Ier par ledit Anthoine Pierre de Rieux :

« Sire, il y a deux ans ou enuiron que moi estant à Beaufort en Valée, au pays d'Anjou, visitant quelques vieux registres de feu roi René de Cécile

pour y cuider troiuier quelque antiquité dont il auoit été amateur, auroy trouué les croniques du roy saint Loys escrites par un seigneur de Joinville, seneschal de Champagne, qui étoit de ce temps là, et auoit accompagné ledit roy saint Loys en toutes ses guerres , et pour ce que l'histoire estoit un peu mal ordonnée et mise en langage assez rude , ai icelle veue , au moins mal qu'il m'a été possible, et l'ayant polie et dressée en meilleur ordre qu'elle n'estoit auparavant, pour donner plus grand' connoissance des grands et vertueus faicts de la chrétienne maison de France, ai voulu icelle mettre en lumière, estant asseuré que par ce moyen les princes et nations estranges cognoistront plus asseurement que le nom de très chrestien a été donné aux Rois de France par grand'raison. » Nous observerons, en passant, que le fond des pensées , pour le reste de la dédicace , est imité assez servilement de la dédicace de Joinville à Louis le Hutin. Anthoine Pierre de Rieux n'avait donc pas trouvé cette partie de l'ouvrage de Joinville mal ordonnée et mise en langage rude. Qu'est devenu le vieux registre du vieux roy René de Cécile (Sicile) ? Ainsi autrefois un translateur jugeait en dernier ressort un manuscrit; il le corrigeait pour en donner grand? connoissance aux nations estranges , et puis apparemment il brûlait le manuscrit. Mais la langue française , pour ne parler ici que de nous , changeait son mode , ses tournures, ses habitudes à peu près tous les 5o ans; celui qui croyait faire mieux, et qui, nous y consentons, faisait mieux, n'avait pas cependant le droit de jeter au feu le livre dont il venait d'extraire la substance. Il me paraît que nous agissons plus sagement aujourd'hui.

Rentrons un moment dans le cercle le plus sévère du devoir que nous avons rempli. Voici positivement ce que nous avons fait :

On a trouvé un manuscrit dont le style est plus ancien que celui du temps de Charles V; on l'a publié tel qu'il a été trouvé; on le soumet à des investigations, à des recherches plus exercées que les nôtres; toutes les pièces du procès sont intactes; voilà le manuscrit du Credo; voilà la traduction : nous pensons qu'ici Joinville est l'auteur; nous tâchons de le prouver par les arguments les plus clairs, au moins par ceux qui nous ont paru le plus exacts ; nous avons demandé l'appui de personnes qui consacrent leurs talents et leur carrière

laborieuse à ce genre d'études : quel que soit le sort d'un tel travail , nous n'aurons pas tout perdu. L'illusion même dans laquelle nous aurions passé cette année de consultations, de doutes pénibles, de confrontations minutieuses, aura encore eu ses attraits. C'est auprès du saint roi et du sénéchal que nous avons passé ce temps de notre vie.

C'est enfin à des lectures délicieuses que, dans mon désir de plaire à mes studieux confrères, les bibliophiles français , j'ai demandé les raisons, les preuves qui pouvaient appuyer une conjecture bientôt devenue pour moi un fait réel , et digne d'exciter l'attention de l'Europe littéraire.

Dans l'original , les figures sont coloriées sur un fond d'or ; nous les donnons aujourd'hui seulement en noir, mais un exemplaire exactement colorié comme l'original sera déposé dans le lieu des séances de la Société , et chaque bibliophile pourra, s'il en a la volonté, le prendre pour modèle , et faire colorier l'exemplaire qui lui aura été distribué.

Quand Joinville a cité fidèlement, je n'ai pas ajouté de notes, mais quand il s'est borné à reproduire la substance des saintes Ecritures , pour expliquer ce qu'il appelle les paroles , alors j'ai indiqué les sources.

A l'égard de mon système de traduction, j'ai translaté dans notre langage d'aujourd'hui ce qui était presque inintelligible, mais tant que je l'ai pu, j'ai respecté les tournures primitives , et surtout les expressions primesautières qui pouvaient conserver à l'ouvrage sa teinte d'originalité native , et faire retrouver à peu près tout Joinville, heureux d'avoir arraché à la chetiuoison un s autre ouvrage de ce peintre, de ce poëte, de cet historien, de ce Français, de ce croyant si digne de louange, d'applaudissements, de respect, d'amour et de vénération.

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