SCÈNE II XEVOLY, MADAME NEVOLY
NEVOLY.
C'est ainsi. Dans un mouvement de désespoir ou une sorte d'hallucination, j'ai demandé un miracle.
MHDAME NEVOLY.
Et le Ciel te l'a accordé.
Tu avais une crise plus forte que les autres. Elle a passé comme les autres, il n'y a pas de miracle là-dedans. J'ai vu le docteur, tu as eu une fausse angine, il croyait à l'angine vraie. Il s'est trompé.., Voilà le miracle.
MADAME NEVOLY.
Ne vol y !
NEVOLY.
Seulement le côté vraiment stupide de l'aventure, c'est mon vœu. Ceci dépasse la mesure. Il est probable que j'étais fou.
MADAME NEVOLY.
Il ne faut pas être fou pour désirer la guérison de sa femme mourante, Nevoly!
NEVOLY.
Sans doule, sans doute. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, mais il faut être fou, fou à enfermer pour crier qu'en ira à Jérusalem à pied, pieds nus.
AGTK DEUXIÈME i>9
MADAMK NliVOLY.
Nevoly, lu as fait un vœu, il a été exaucé. Je n'ai pas à savoir aulre chose. Je le demande si lu crois à la nécessité de tenir une parole donnée librement, publiquement pour sauver la femme de la mort.
N F, VOL Y
Tu vas trop vile, tu embrouilles la question... J'ai fait unvœj, c'est cerlain. Ai-je fait ce vœu en pleine liberté; c'e^l autre chose... Voyons est-il exécutable ce vœ 1? Tu ne peiix pas te rendre compte de la situation? Le médecin te déclarait mourante, nos amis réunis ici en yrand nombre priaient déjà pour toi ; j'étais dans un état de surexcitation qui prouve ma tendresse, mon amour. A ce moment, j'aurais tout dit, tout fait, tout donné pour le sauver. Tu allais mourir, c'était décidé.
MADAME NEVOLY.
Eh bien?
NIÎVOI.Y.
Eh bien... Eh bien... 11 est évident que si j'avais pu avoir la moindre espérance, le plus léger doute, je n'aurais pas fait ce vœu ridicule.
MADAME NEVOLY.
Tu pensais donc que ton v(Eu fait solennellement était sans aucune utilité. Tu as posé une question : Si ma femme guérit. Qu'espérais-tu en dehors de ma guérison ? Quel sens avait ta promesse?
NEVOLY.
Mais aucun, aucun... Eu criant dans mes larmes : J'irai à Jérusalem )) c'est comme si j'avais dit : Je
pleurerai toujours ma femme. Et tu sais bien qu'on ne pleure pas toujours! C'est impossible ! Il faut se moucher que diable! Ce sont des expressions que vous arrache la douleur. Ce n'est pas sérieux. Tu allais mourir.
MADAME NEVOLY.
C'était décidé.
NEVOLY.
Eh! oui !
Et je ne suis pas morte !
NEVOLY.
Eh ! non!
MADAME NEVOLY.
Et tu es désolé.
NEVOLY.
Oh!
MADAME NEVOLY.
Et tu renies ton vœu ! Songe donc, malheureux, que tu renies du même coup toute ta vie! Toi, un marchand d'objets de piété!... Toi, toi, le fondateur du célèbre magasin le (( Berceau de Moïse » où tu as fait fortune, toi, qui, le premier a su placer harmonieusement les six ailes sur le corps céleste des séraphins, toi, tu deviens un apostat, un renégat! Tu..
NEVOLY.
Tu...
MADAME NEVOLY.
Tu..