‹ CreuznachChapitre 10 sur 103 · FOND LE · texte numérisé non relu

FOND LE

rien moins que les efforts réunis des autorités locales et des particuliers pour arriver à ce résultat tant désiré.

Jusqu'en 1817, les propriétés thérapeutiques des eaux de Creuznach étaient peu connues et leur emploi, Je puis le dire, n'avait rien de scientifique. Mais vers cette époque, un médecin, qui s’est fait un nom illustre, vint s'établir dans la localité et soumit à des recherches et à des études attentives l’action médicatrice des eaux salines. Il ne tarda pas à s'apercevoir de leur utilité et les succès qu'il obtint dans sa pratique le portèrent à signaler à ses confrères allemands et étrangers les vertus remarquables des eaux minérales. C'était le D’ Prieger.

Les beaux résultats obtenus par Prieger furent bientôt confirmés par un grand nombre de médecins et la réputation des eaux de Creuznach fut fondée. Comprenant toute l'importance de ces succès, Prieger songea dès ce moment à faire de Creuznach une ville de bains. Mais les autorités administratives auxquelles 1l fit part de son projet, l'accueillirent avec réserve, peut-être même avec indifférence. Mais Prieger enthousiaste de son idée, ne se découragea point et en poursuivit la réalisation avec ardeur. En 1895, il écrivait de Berlin, à sa femme, ces mots prophétiques qui montrent bien la fo1 que son œuvre lui inspirait : « Si j'obtiens des fonds et j'espère que le Gouvernement me les accordera, je fonderai à Creuznach une institution sans pareille en Allemagne. » L'appui qu'il cherchait ne fut pas facile à obtenir, 1l fallut à Prieger bien des démarches, bien des écrits, bien des publications scientifiques pour vaincre les résistances qu'il rencontrait de tous côtés. Il fallut faire passer dans l'esprit des autorités, cette foi qui l'animait. Quel labeur! Et quand il leur eut donné cette foi, 1l fallut la

Lu à one

rendre agissante, il fallut sortir du domaine des promesses, pour descendre sur le terrain de l’action.

Cette tâche ardue, Prieger l’accomplit, et en 1830, 1l pouvait déjà dire des bains de Creuznach : « L'enfant soigné jusqu'ici avec tant de tendresse, n’a plus besoin désormais de ses parents. Malgré l'envie et la haine, il a su faire apprécier sa valeur et il saura la faire reconnaitre mieux encore dans l'avenir pour le bonheur de l'humanité et pour la gloire et la prospérité de cette ville. »

Cet avenir, qu'escomptait le D' Prieger, est venu, et

il a pleinement justifié toutes les promesses et les espérances du savant médecin.

L'année 1832 marque une date importante dans la vie de la station balnéaire de Creuznach. C'est à cette époque qu'on découvrit à la pointe méridionale de l'ile, la fameuse source Elise (Elisabeth quelle) qui fournit la plus grande partie de l’eau que boivent les malades.

C'était un nommé Wilhelmi qui possédait cette île aujourd'hui si brillante et sur laquelle on ne voyait alors qu'une pauvre auberge entourée d'une végétation sauvage rappelant les forêts vierges du nouveau monde. Wilhelmi était convaincu que son ile renfermait une source saline et il en poursuivit la découverte avec un soin et une ténacité sans exemple. Le succès couronna ses efforts et un jour l’eau minérale jaillit à grands flots. Les analyses chimiques démontrèrent bientôt que les eaux de la source Elise avaient la même composition que celles provenant des sources de la vallée des salines et les expériences médicales prouvèrent que leurs vertus thérapeutiques ne le cédaient en rien à celles que l'on avait depuis longtemps constatées dans les eaux

Dent Tepur

des sources connues et découvertes antérieurement.

Le rêve de Wilhelmi était accompli. Le Pactole coulait donc dans son ile. Il le croyait du moins. Mais la renommée n'avait pas encore porté assez loin la réputation de Creuznach, et ce n’était pas la pauvre auberge de Wilhelmi et les quelques cabines que sa médiocre fortune lui permit d'élever qui pouvaient attirer beaucoup d'étrangers. Comme Moïse, Wilhelmi avait vu la terre promise, mais 1l ne devait point y entrer. Une année s'était à peine écoulée depuis la découverte de la source Élise, que le brave homme mourait au milieu de ses rêves de gloire et de richesses.

Immédiatement après sa mort, une société dont Prieger était l'âme, se forma et racheta à la veuve de Wilhelmi sa propriété et sa source.

Cette société fut la bonne fée qui, touchant de sa baguette d’or l’île et la source Élise, transforma les chaumières en palais, le bois sauvage en un pare charmant, éleva le Curhaus et abrita la source sous une magnifique. terrasse. Ce fut la bonne fée qui frappant la terre du pied, en fit sortir cette belle ville des bains dans laquelle nous entrerons tout à l'heure.

C'est de 1817 à 1840 que cette transformation s’accomplit et c'est pendant ces années que Creuznach a conquis sa place parmi les principales stations balnéaires de l'Europe. Ce rang qu'elle méritait par la valeur thérapeutique de ses sources, elle le doit aussi à la ténacité, à l'énergie avec laquelle Prieger lutta pendant des années contre l'indifférence des uns et le mauvais vouloir des autres. La cité reconnaissante a, par une belle statue de marbre, immortalisé la mémoire de son bienfaiteur. Vous la verrez près de l’ancienne cathédrale, elle

est due au ciseau des frères Cauer, elle est digne de la réputation de ces deux éminents artistes.

Le nom d'un autre médecin se lie également à cette période de luttes que traverse fatalement toute entreprise, même celles qui n'ont d'autre but que le soulagement des souffrances humaines. Je veux parler du D° Engelmann. Descendu dans l'arène plus tard que Prieger, Engelmann contribua par sa pratique à élucider un nombre de questions qui se rattachaient à pra des eaux salines.

Par ses publications il vulgarisa le nom de Creuznach et si Prieger eut l'honneur de fonder la station balnéaire et de jeter les premières bases de sa réputation, Engelmann eut celui de compléter et d'assurer l'œuvre de son confrère.

En voyant aujourd'hui le développement qu'a pris cette station, en songeant aux services qu elle a déjà rendus et à ceux que l’on peut attendre d'elle dans l'avenir, on ne pent s'empêcher d'accorder à ces ouvriers de la première heure un souvenir de reconnaissance et d’admiration. |

Prieger et Engelmann ont laissé à leurs fils, tous deux médecins à Creuznach, le soin de continuer leur œuvre. Et ces deux savants, qui portent avec tant de distinction leur nom célèbre, ont accepté avec une piété toute filiale l'héritage paternel.

Depuis le xv° siècle, les sources salines de Münster am Stein et de la vallée qui s'étend de cette localité à Creuznach étaient donc connues, mais elles n'avaient qu'une importance commerciale, ces eaux ne servaient qu à la préparation du chlorure de Sodium.

Ce ne fut qu'en 1832 qu'on découvrit à Creuznach

Page 1