‹ CreuznachChapitre 11 sur 103 · SHARE LE · texte numérisé non relu

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la source Elise (Elisabeth quelle) à l'extrémité méridionale de l’île, puis la source de la Nahe (Nahe quelle dans le lit de la rivière près du Kauzenberg, puis la source Orange (Oranienquelle), non loin de Pile.

Creuznach était done bien doté, il n'avait plus rien à envier au Val des Salines, ni à Münster. Les travaux de Prieger et d'Engelmann venaient de montrer qu’on pouvait faire servir ses eaux à des usages moins vulgaires que l'extraction du sel, ils venaient de prouver qu'elles seraient d'un puissant secours à la thérapeutique de certaines maladies.

Et Creuznach comprenant toute l'importance de cette situation nouvelle, sortit de sa longue torpeur et pour fêter les étrangers, qu'elle appelait de tous les points du monde, elle voulut se rajeunir, elle voulut se faire gaie, elle voulut se faire belle.

Mais la vieille cité ne se prêtait ni à des transformations rapides ni à des créations soudaines ; il fallut fonder une ville nouvelle, on la fonda. Elle sortit de terre avec une telle rapidité, qu'il semble que la Société des Eaux n'ait eu à dire « qu'une ville neuve soit, et la ville neuve était. »

Le magicien Faust, Faust l'amant de Marguerite, était né à Creuznach, où il passa du reste une partie de son existence singulière ; la compagnie des Eaux avait sans doute retrouvé la baguette de ce sorcier célèbre dont les amours furent chantés par Gœthe et par Gounod.

La cité des bains touche à la vieille ville, on passe sans transition de l’une à l’autre, elle couvre l'ile et s’étale au loin sur la rive droite de la Nahe. Enveloppée dans une mer de verdures, entrecoupée de bosquets, de

jardins, d’allées d'arbres ombreuses, elle est délicieuse « 3

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à voir. À ses pieds la petite rivière coule joyeuse, l’égayant de ses flots rapides et de ses murmures doux comme un soupir. Sur sa tête les grands arbres étendent comme un voile, leur coupole toute bourdonnante de chants d'oiseaux.

Et tout autour et devant elle, des montagnes, des forêts, des rochers déploient jusqu'à l'horizon leurs splendeurs décoratives. Ses larges rues sont tirées au cordeau, mais pleines d'imprévu et de pittoresque ; chaque maison, chaque hôtel, chaque villa a sa physionomie. Quelques hôtels revêtent un aspect monumental, mais la plupart des constructions ont un cachet d'élégance et de coquetterie. Partout des arbres, partout des

jardins, partout des fleurs. C'est une ville bâtie-à la cam-

pagne. “Hi Et sur les blanches façades les vignes folles grimpent jusqu'aux toits, dessinant leurs capricieuses arabesques. Et les glycines et les chèvrefeuilles et les clématites accrochées aux fenêtres et aux balcons forment de gracieux encadrements, ou retombent en cascades fleuries et embaumées, toutes constellées de papillons diaprés et d’abeilles d’or, ces fleurs du ciel.

Un grand nombre de magasins se sont installés dans la ville des bains, l'étranger y rencontre tout ce qui peut lui être utile ou agréable. Toutes les branches du commerce s’y trouvent représentées et la partie artistique elle-même semble y prendre chaque année plus de développements. On passe agréablement quelques heures à flâner de vitrine en vitrine, admirant ici des poteries, des porcelaines, des verres dont les formes et les couleurs sont une des spécialités du pays. Là, des peintures sur porcelaine représentent des portraits, des tableaux,

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des sujets historiques, retracés avec une finesse, un coloris, un goût inimitable. Plus loin, des objets d'ivoire travaillés avec une patience et un art qui rappellent les œuvres des Hindous ou des Chinois.

Puis les bouquetières étalent sous vos yeux tout un parterre de fleurs et les plus ravissants bouquets que vous puissiez voir. Ces bouquets sont l'accompagnement obligé du départ de toutes les dames qui sont venues faire une cure. Au jour des adieux, tous les amis, tous les compagnons envoient ce bouquet traditionnel, comme un dernier gage de sympathie à celles qui s’en vont. Et la voiture qui les emporte disparait parfois sous Les fleurs comme un char triomphal. Mais les roues de la locomotive n’ont pas tourné vingt fois que les gracieux bouquets devenus encombrants ont passé par la portière. Dernier, mais sincère hommage, cette fois, rendu aux amitiés des villes d'eaux.

Dans un grand nombre de magasins, l’agate revêtant toutes les formes depuis les plus vulgaires jusqu'aux plus artistiques, étale ses chatoiements. Le travail de l’agate fut longtemps l'industrie principale des habitants d'Oberstein et d'Idar, mais depuis longtemps la population de la vallée de la Nahe, s'occupe également de la taille de cette pierre qu'on trouvait aux environs d’Oberstein, jusqu'au commencement de ce siècle. Depuis 1830, l'agate que l’on travaille dans la contrée, vient surtout du Brésil, de l'Egypte et de la Suisse.

Et puisque je parle des manifestations de l’art dans la cité des bains, je ne puis passer sous silence les ateliers de MM. Cauer frères. Avant d’être reçu chez ces illustres artistes, j'avais vu quelques unes de leurs œuvres. Près de la cathédrale la belle statue du D' Prieger et dans le

cimetière sur la tombe des soldats morts à Creuznach, pendant la guerre franco-allemande (1870), une splendide Germania, bénissant ses enfants ensevelis à ses pieds.

La maison des frères Cauer est un véritable musée, une galerie de statues de marbre ou de plâtre dont ces artistes font les honneurs aux étrangers avec une grâce à laquelle je me plais 1ei à rendre un hommage public.

Les frères Cauer ont inscrit leur nom parmi ceux des plus célèbres statuaires de l'Allemagne, une visite dans leurs ateliers vous les montrera dignes de leur grande réputation.

Le cœur de la ville des bains, c’est le Curhaus. C’est là, que les étrangers se réunissent deux fois par Jour, c’est là que s'écoule la plus grande partie du temps qu'ils passent à Creuznach.

Le Curhaus est situé à l'extrémité méridionale de l'ile, c’est là, que la source Elise fut découverte et c’est ce qui détermina la création de ce bel établissement.

Sa situation est très belle ; la Nahe l'entoure de tous côtés, à sa droite, s'étale la ville des bains, à sa gauche, le Haardt et le Kauzenberg lui font une pittoresque ceinture de rochers pourpres et de riantes verdures. Et devant lui s'ouvre le Val des salines déroulant au loin ses profondes perspectives.

Dans ce cadre sympathique un parc anglais a été taillé à travers la forêt qui couvrait l'ile autrefois. Des pelouses, des chemins ombreux, des parterres de fleurs, des massifs feuillus, de frais rideaux formés par les marronniers, les platanes, les peupliers ; des fontaines, des jets d’eau dont les gerbes étincellent des mille couleurs de l'are en

ciel et dont le vent emporte au loin la poussière de dia-

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mant, tout cela forme un ensemble ravissant dont l'œil se délecte et qu'il revoit sans se lasser.

Le Kursaal s'élève dans le parc; c'est un grand bâtiment dont les étages supérieurs sont loués aux étrangers et dont le rez-de-chaussée contient une salle de lecture, où l’on trouve les principaux journaux du monde, une salle de bals, où la colonie étrangère se réunit une fois par semaine, une salle de concerts, un restaurant.

Une aile de cette construction a été réservée aux bains qui sont disposés avec un luxe et un confort que l’on ne rencontre, au même degré, nulle part ailleurs à Creuznach. C’est un établissement modèle. Dans tous les hôtels de la ville et dans les maisons particulières on prend les bains et je reconnais volontiers qu'ils sont bien administrés. Mais le Curhaus n’a pas reculé devant les frais d’une installation complète ; les malades y trouvent les bains de vapeur (Russes), les bains Romains, les bains [rlandais, les bains d'inhalation, les pulvérisations, les douches de toutes espèces.

On peut dire qu’au Curhaus, les eaux sont administrées sous toutes les formes, et selon toutes les exigences de la science moderne.

Tous les matins de sept à huit heures un orchestre composé d'artistes distingués, se fait entendre et c’est au son des plus charmantes mélodies que les baigneurs viennent boire l’eau de la source Elise, en se promenant sous les frais ombrages du parc. Vers huit heures, les jardins du Curhaus se vident peu à peu et deviennent bientôt déserts, tous les malades rentrent à l'hôtel pour se plonger dans le bain et la nouvelle ville reste pendant plusieurs heures morne et silencieuse comme une cité morte.

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De quatre à six heures du soir, la musique et les pres- criptions médicales rappellent de nouveau les étrangers au Curhaus. La réunion est plus nombreuse que celle du matin. Devant l'orchestre, situé en face du Kursaal, les dames, en élégantes toilettes, se groupent par centaines, et les plus beaux parterres du pare, malgré toute la richesse, toute la variété, tout l'éclat de leurs tons ne sauraient lutter de fraicheur et de grâce avec celui-là. Dans les allées, nous retrouvons les promeneurs du matin, circulant par petits groupes, s’arrêtant pour se saluer et causer. Les uns, esclaves de la prescription médicale, tiennent en main leur verre plein d’eau saline et l'œil fixé sur leur montre, avalent au moment indiqué la quantité d’eau prescrite. Mais le plus grand nombre, réunis autour de la source Elise, vident d’un trait la coupe amère et reviennent, après quelques tours de promenade renouveler cette prouesse.

Toutes les nations sont représentées à Creuznach, le Curhaus est une tour de Babel où l'on parle toutes les langues.

Creuznach n'est pas une ville de plaisirs bruyants, mais la société des eaux s'est efforcée de joindre aux charmes de la nature quelques autres agréments, qui jettent une note gaie sur la monotomie de l'existence que mèneraient les malades.

Pouréclaireir ces fronts soucieux, l’orchestre se réunit chaque soir à huit heures, au Curhaus, et fait entendre les plus brillants morceaux de son répertoire.

Chaque semaine un bal est offert à la jeunesse; pendant la saison, des artistes étrangers viennent souvent se faire entendre au Curhaus. Un joli petit théâtre offre encore aux baigneurs les plaisirs dela comédie et de l'opéra.

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De la musique, des danses, des fleurs, de l’eau salée, une société élégante et choisie, voilà la vie du Curhaus. En se promenant au milieu de cette riante nature, sous les ombrages du parc, on songe aux Champs-Elysées de la mythologie et, pour compléter l'illusion, c’est une Jeune fille, nouvelle Hébé, qui verse aux pauvres mortels le nectar de... la source Elise.

La petite Nahe elle-même se met parfois aussi en fête ; je la vis une nuit toute resplendissante de lumières, roulant à travers la vallée un joyeux cortège. Un bateau portant un orchestre, ouvrait la marche, et glissant dans son sillage, une foule de petites nacelles, pavoisées aux couleurs de toutes les nations, nageaient comme des cygnes, étincelantes de mille feux. Aux accords de la musique, des voix fraiches et jeunes mariaient des refräins populaires ou des airs d'opéra. Et dans cette nuit calme et silencieuse, au milieu de cette nature endormie dans une sérénité profonde, ces accents harmonieux mouraient au loin dans toute leur pureté. La lune plänait au-dessus de la Gans comme une lampe d'argent, sous ses pâles rayons tout revêtait des teintes opalisées, et dans la Nahe qui brillait comme un miroir magique le sombre azur du ciel tout piqueté d’or se réflétait avec une telle précision que la petite rivière semblait rouler dans ses flots le firmament étoilé. Depuis longtemps la flotille et ses harmonies s'étaient évanouies dans la nuit, mais ses lumières étincelaient encore dans le lointain comme une sarabande de feux follets. Je revis plus d’une fois ce spectacle, l'impression eu était toujours charmante. |

Le plaisir se présente encore au Curhaus sous une autre forme, la plus gracieuse de toutes peut-être, allant

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