‹ CreuznachChapitre 56 sur 103 · JA VAN · texte numérisé non relu

JA VAN

rée qui ne se produit pas dans l'air humide, C'est cette vapeur, dont l'air et imprégné près des bâtiments de graduation, qui émousse l’action irritante que l'oxygène produirait sur la muqueuse respiratoire, c'est elle quifait l'air respiré dans le Val des Salines plus doux et plus calmant qu'ailleurs.

Près des bâtiments de graduation, l’air renferme moins d'acide carbonique. Or ce gaz est toxique et délétère. « C’est, dit Paul Bert, un poison universel. » Sa présence nuit aux fonctions d’hématose; en diminuer la quantité, c'est stimuler cette fonction, cest relever la vitalité.

Cet air renferme également, je l'ai dit déjà, une grande quantité de chlorure de sodium, de l’iode et du brome. J'ai dit ailleurs les propriétés de ces principes thérapeutiques, je ny reviendrai donc pas; qu'il me suffise .de rappeler que la muqueuse pulmonaire absorbe ces éléments avec autant d'énergie que de promptitude et qu'introduits dans le torrent circulatoire, ils joignent leur action à celle des agents similaires que l'absorption gastro-intestinale et cutanée y 9 déjà amené. Près des bâtiments de graduation l'air renferme encore du chlorhydrate d’ammoniaque. Ce sel qui a joui autrefois d’une très grande réputation thérapeutique et que l’on employait dans un grand nombre d’affections morbides, n'est plus guère prescrit que dans le catarrhe gastrique et le catarrhe bronchique. Mais puisqu'il s'agit ici d'inhalations, nous ne nous occuperons que du catarrhe bronchique. Le chlorhydrate d'ammoniaque agit favorablement dans le catarrhe bronchique chronique et dans la forme fébrile, aiguë, parvenue à cette période où les accidents inflammatoires ont disparu et qu'il ne

reste plus qu'une expectoration difficile. Il y a quelques temps, M. Melsens, membre de l’Académie royale de médecine de Belgique, rappelait l'attention de la savante compagnie sur l'action si favorable que les inhalations des sels ammoniacaux exercent sur les maladies des voies respiratoires.

-« Je connaissais, dit l’honorable académicien, le re- » mède vulgaire et ancien qui consiste à envoyer les » phthisiques respirer l'air des étables, et j'attribuais, » comme d'autres l’on fait avant moi, le bien qui peut » en résulter dans quelques cas, aux émanations de » carbonate d’ammoniaque qui s’y produisent. Jen avais » conclu que la respiration continue mais modérée de » ce sel pourrait être utile dans d’autres affections des » voies respiratoires. »

M. Melsens fait porter aux Fate un petit sachet rempli de blocs de carbonate d'ammoniaque ou de chlorhydrate. Ce sac est placé sur la chemise au niveau de la poitrine. De brillants résultats ont couronné la pratique de notre savant collègue.

Le chlorhydrate d’ammoniaque se trouve en solution dans la vapeur d’eau qui imprègne l'air inhalé près des bâtiments de graduation. Or, cest sous cette forme que les sels ammoniacaux ont le plus d'action sur les voies pulmonaires. Waldenburg, Nothnagel et Rossbach en Allemagne, se louent be bp de ces inha-

lations qui diminuent la toux et favorisent l'expectora-

tion. |

Tous les médecins de Creuznach sont unanimes à affirmer l’action favorable de l'atmosphère des salines, sur les affections des voies respiratoires. Et l'étude à laquelle nous venons de nous livrer explique clairement

les succès obtenus par nos confrères dans le traitement de ces maladies rebelles.

Je terminerai cette étude en mettant sous les yeux du

lecteur l'appréciation de M. le D' Stabel sur l'atmosphère des salines :

« Dans cet air concentré et partant plus riche en oxygène, la respiration se fait avec plus d'intensité, à peu près comme dans l'air comprimé. Les aspirations sont plus profondes, la cage thoracique s'agrandit et les poumons se dilatent plus que de coutume. L'air pénètre jusque dans les plus petites ramifications bronchiques ; la quantité d'oxygène qui pénètre dans les poumons jusqu'au réseau capillaire, pour l'oxydation du sang, est augmentée. Il ne faut donc qu'un petit nombre de respirations pour la décarbonisation du sang. Celles-ci diminuent de 24 à 20 et même 16 par minute. Il y a done moins d'efforts de la part des organes de la respiration. Avec la diminution des mouvements respiratoires, le nombre des pulsations, qui était de 80, descend à 70 et même 60 par minute. L'activité pathologique du cœur disparait, l'irritabilité

des poumons diminue et tout le système nerveux se

tranquillise.

» Outre son action sédative, l'atmosphère ‘des salines exerce encore une heureuse influence sur toutes les. fonctions à cause de la grande quantité d'oxygène qu'elle contient. L'inspiration de cet excès de gaz favorise l’activité pulmonaire et par suite la nutrition et la formation du sang. Plus on aspire d'oxygène, plus on exhale d’acide carbonique, ce qui prouve que cet air doit favoriser Les phénomènes de transformation et de combustion organique. »

L'expérience des médecins de Creuznach a depuis longtemps tracé les règles à suivre pour obtenir de bons résultats de l’inhalation de l’air des salines. Chaque bâtiment de graduation est longé par une longue allée où les malades peuvent se promener et s'asseoir au besoin. Ils peuvent là passer une grande partie de la journée, à lire, dessiner ou se distraire par la vue du riant paysage qui les entoure de tous côtés. |

Les malades ne doivent se rendre aux bâtiments de graduation que dans les heures chaudes de la journée le matin et le soir sont des moments peu favorables. Les jours de pluie ou de brouillard doivent être évités; le malade ne tirerait aucun profit de son séjour aux Salines, car l’évaporation de l’eau est alors très faible.

Pendant les jours où 1l fait beaucoup de vent, les malades s’éloigneront quelque peu des bâtiments, ear l’évaporation est alors si forte et l'air si imprégné d’eau saline que les vêtements des personnes qui se promènent contre les hautes murailles de fagots d’épines, sont rapidement mouillés.

Quand les journées sont fraiches, le malade recherchera le côté du soleil, quand elles sont chaudes, le côté de l'ombre des bâtiments. Il choisira aussi le côté où l'eau ne goutte pas, parce que le vent chasse de ce côté les émanations salines et qu'il sera en ce point à l'abri des courants d'air. Les personnes qui devront séjourner près des bâtiments de graduation, n'oublieront pas que l'atmosphère y est plus froide et partant s’habilleront chaudement. La durée du séjour des malades auprès des bâtiments varie avec la nature de l'affection et la température de l'atmosphère. Aux médecins, à déterminer la durée des inhalations.

Dans les cas où les malades ne peuvent se transporter dans les bâtiments de graduation situés à quelque distance de la ville, on peut leur procurer une atmosphère artificielle qui suppléera celle des bâtiments. On sait que les bains du Curhaus sont chauffés par des vapeurs bouillantes lancées dans le double fond de la baignoire. Or, on laisse le tuyau qui amène ces vapeurs ouvert Jusquà ce que la température du bain, composé d’eau saline et de Mutterlauge, se soit élevée à 48° ou 52° R. Ce qui ne demande que quelques minutes. Une telle vaporisation se produit alors qu'en moins de dix minutes tout le cabinet de bain est rempli de vapeurs salines que le malade inspire, soit en se promenant, soit en restant paisiblement assis. L'eau mère ajoutée dans la bai-

gnoire à l’eau saline, augmente l'activité et l'efficacité de

ces inhalations dont la durée ne doit pas dépasser 45 minutes.

On peut créer d’ailleurs une atmosphère saline avec plus de simplicité encore. Sur une lampe à alcool, on place un vase renfermant de l’eau minérale à laquelle on mélangera des quantités variables d'eau mère. Ce liquide se vaporise très rapidement et ces vapeurs peêuvent être inhalées facilement et sans danger.

Une salle spéciale a été réservée dans le Curhaus à la pulvérisation de l’eau saline. La pulvérisation des liquides thérapeutiques a été imaginée et introduite dans la pratique par le D' Sales-Girons. Au moyen des appareils-si perfectionnés que nous possédons aujourd'hui, les liquides qu'on pulvérise, sont réduits en une espèce de brume, de buée, une sorte de nuage rappelant ceux que vous voyez avant le lever du soleil flotter au-dessus des plaines marécageuses.

Cette division excessive de l’eau donne à ce brouillard des propriétés spéciales. Comme un gaz, comme une fumée, il peut s’introduire dans les voies respiratoires, pénétrer Jusque dans les dernières ramifications des bronches et jusque dans le parenchyme pulmonaire. De nombreuses expériences faites sur les animaux et l'homme par Sales-Girons, Ossian Henry, Demarquay, Poggiale, Fieber, Tobold, Gerhardt et Waldenburg, ont élevé cette assertion à la hauteur d’un axiome.

On conçoit, sans que nous devions insister sur ce point, toute l'importance que présente la pulvérisation dans le traitement des maladies de la bouche, du pharynx, du larynx, des bronches et des poumons.

Cette pulvérisation de l’eau saline doit être soumise à certaines règles que nous indiquerons sommairement.

En sortant de l'appareil, l’eau doit être nébulisée; si la pulvérisation est moins parfaite, si ce sont des gouttes plutôt qu'une fumée qui pénètrent dans la bouche, le malade se sent saisi à la gorge d'une sensation désagréable, les muscles se contractent spasmodiquement et la dyspnée se produit quelquefois.

Il ne faut pas que le jet en pénétrant dans la bouche y provoque une sensation de chaleur ou de froid. S'il produit de la chaleur, il provoquera l'hyperémie des surfaces touchées. S'il produit du froid, vous verrez survenir tout d'abord le retrait Ne et bientôt après des phénomènes réactionnels : la rougeur, l'élévation de température. L'eau pulvérisée doit donc avoir une température déterminée, elle ne doit pas ètre supérieure à 52° n1 inférieure à 22°. Dans certains cas où l’eau pulvérisée avait une température trop basse, elle a provoqué des bronchites chez des malades qui n'étaient

atteints que de granulations pharyngiennes; elle à fait passer des bronchites chroniques à l'état aigu ou subaigu. |

Pendant toute la durée de la pulvérisation, le malade sera couvert d'une sorte de eamail ou même d'une robe de chambre en toile imperméable. On évitera ainsi le refroidissement toujours dangereux en pareil cas.

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