LA DIATHÈSE SCROFULEUSE
Il est bien difficile dans l’état actuel de la science, de définir d’une façon rigoureuse ce qu'il faut entendre par le mot scrofule, de tracer les limites de cette diathèse et de dire en quoi elle diffère des états constitutionnels voisins, le lymphatisme et la tuberculose.
Pour échapper aux difficultés d’une bonne définition, beaucoup d'auteurs se sont bornés à caractériser la scrofule par le tableau des lésions qu'elle provoque. Un scrofuleux est sujet aux maladies des paupières, des
conjonctives et des cornées, aux otites, aux eczémas impétigineux, aux adénites. Ces accidents qui n'atteignent d'abord que la peau et les organes superficiels, apparaissent dès l'enfance et se déroulent pendant la puberté. Plus tard la diathèse se manifestera par des lésions plus graves siégeant sur des tissus plus importants : les os, les articulations, les viscères tels que : le foie, les poumons, les reins, la matrice.
Si la définition de la scrofule est difficile à formuler, il ne l’est pas moins d'établir les rapports de cet état constitutionnel avec deux autres diathèses, bien com: munes aussi : la tuberculose et la syphilis.
Les recherches des cliniciens et des histologistes modernes nous permettent de dire que tout ce que l’on sait de la tuberculose et de la scrofule établit entre ces deux diathèses des liens étroits de parenté. — Se fondant sur des recherches expérimentales, toute une école conclut à l'identité de la scrofulose et de la tuberculose. Schüller, Kiener, Poulet ont toujours rencontré la généralisation de la tuberculose sur les animaux auxquels on inoculait des matières scrofuleuses. Koch a démontré que le bacille, auquel on a donné son nom, est caractéristique de la tuberculose; or, un grand nombre de produits scrofuleux sont reconnus, dès maintenant, comme tuberculeux, et ces produits inoculés ont provoqué la tuberculose généralisée. Ce ne sont pas seulement les lésions franchement scrofuleuses qui révèlent au microscope la présence du bacille de Koch, mais aussi une série d'altérations qui sont à la limite de la scrofule, telles que des ganglions engorgés, des synovites fongueuses, le lupus, les granulations du spina ventosa des doigts et des orteils.
C'est depuis la découverte du bacille de Koch que la parenté entre la scrofulose et la tuberculose est sortie du nuage des hypothèses. Ce bacille, rencontré dans des matières appelées scrofuleuses jusqu'à nos jours, a pu être inoculé et reproduire des lésions dont la nature tuberculeuse n’est mise en doute par personne.
Voilà ce qui résulte à toute évidence des recherches expérimentales de Cohnheim, Salomosen, Schüller, Kiener, Poulet, Martin, Ducastel, Cornil, Babes, Krause, Doutrelepont, Demme, Albrecht. .…
S1l n'y à pas identité entre la scrofule et la tuberculose, une chose est au moins assurée aujourd’hui, c’est que la scrofule est le terrain le plus éminemment favorable à la germination et au développement de la tuberculose. | |
Bien des pathologistes ont établi des rapports étroits entre la syphilis et la scrofule. Toute une école a même cru que le père syphilitique engendrait des enfants scrofuleux. Nous ne saurions admettre cette opinion. Pour nous, la syphilis et la scrofule restent, dans toutes leurs périodes, bien distinctes l’une de l’autre et l’observation clinique nous a toujours montré que le syphilitique n'engendrera des scrofuleux que dans le cas où sa constitution sera profondément délabrée par des excès, la maladie et un traitement mal suivi ou mal dirigé. En dehors de ces conditions, la scrofule ne nait point de la syphilis.
Depuis Hufeland, tous les traités de pathologie ont retracé en ces termes l'aspect extérieur du scrofuleux : une tête de grande dimension surtout dans sa partie occipitale, la mâchoire inférieure large et comme carrée,
les ailes du nez et les lèvres volumineuses, les pom- LT
mettes saillantes, les articulations plus volumineuses, le ventre plus proéminent qu'à l’état normal. La peau est blanche, fine, satinée, rosée, ils ont un peu d'embonpoint, des formes arrondies, un air de fraicheur, des cheveux blonds, des yeux bleus, une large pupille. Les chairs sont flasques et dès leur enfance ces individus sont prédisposés aux coryzas, aux angines, aux ophtalmies, aux écoulements d'oreilles, à la diarrhée, à des éruptions pustuleuses et vésiculeuses à la face, sur le cuir chevelu et derrière les oreilles. Ils présentent souvent dés amas de mucosités et des vers dans le tube digestif; ils sont disposés aux blennorrhées pulmonaires et de la muqueuse nasale. Leur esprit est souvent paresseux, ils sont nonchalants et résistent mal à la fatigue.
Ce signalement du scrofuleux, donné par Hufeland et son école est devenu classique; il n’a qu'un tort, c’est de n'être pas exact.
Certains scrofuleux présentent bien le type décrit par Hufeland, mais c'est l'exception. D'après Lebert, ce n'est que dans un peu plus du septième des cas que l’on observe ce cachet particulier, qui par cela même perd toute valeur pathognomonique.
Le type décrit par Hufeland se rapporte à la scrofule atonique, torpide. Mais il existe une forme érétique qui se développe chez des personnes d’une constitution délicate, aux formes sveltes et élancées, au teint pâle, aux cheveux foncés, dont l'esprit est très vif et le caractère très aimable.
La scrofule peut être héréditaire ou acquise. Mais qu'on ne croie pas qu'un père ou une mère scrofuleux engendre nécessairement des enfants scrofuleux. Dans plus de la moitié des cas, la diathèse ne se transmet
pas. Mais des parents indemnes de scrofule peuvent donner le jour à des scrofuleux. Tous les auteurs s'accordent à reconnaître que l’âge avancé de l’un ou des deux parents, que la débilité permanente ou transitoire des ascendants, due soit à la convalescence des maladies graves, ou à l'alcoolisme, ou aux excès, ou à une alimentation insuffisante, est, pour les descendants, une cause de scrofule. Les mariages consanguins peuvent également procréer des serofuleux, si les deux parents, issus d'une souche suspecte, ont grandi et vécu dans le même milieu et de la même vie de famille. La scrofule héréditaire n'apparaît qu'à l’àäge de deux à cinq ans et le plus souvent de dix à quinze ans.
La scrofule peut être acquise ; on la voit alors se produire avec d'autant plus de fréquence que les sujets approchent de leur quinzième année, on la voit encore survenir entre À et 20 ans, et beaucoup plus rarement entre 20 et 30 ans ; après cet âge, elle devient exceptionnelle.
La scrofule peut se développer sur des individus primitivement trèssains, mais le tempérament lymphatique peut être regardé comme prédisposant tout particulièrement à l’éclosion de cette maladie.
Un ensemble de causes défavorables, anti-hygiéniques, donnent naissance à cette diathèse. Une alimentation insuffisante et de mauvaise qualité, un air vicié, l'encombrement et le froid humide, la misère et le manque de lumière, telles sont les circonstances au milieu desquelles la scrofule trouve ses origines. |
Un seul élément hygiénique vicieux ne peut être regardé comme suffisant pour provoquer la scrofule ; la réunion de plusieurs de ces éléments est nécessaire, et
comme cet ensemble fâcheux se rencontre plus souvent dans la classe pauvre et dans les villes, c'est là aussi que la scrofule fait le plus de victimes.