GOUTTE
Les formes anciennes et fixes de la diathèse goutteuse,
se compliquant de scrofule ou d'une grande atonie
de l'organisme, sont favorablement influencées par les
eaux de Creuznach, à l’époque où toute irritation inflam-
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matoire a disparu. Il est aisé de comprendre l’influence qu'exercent-ces eaux sur les goutteux. Les causes de la goutte acquise sont toutes celles qui tendent à augmenter la production de l'acide urique dans l’économie, ou à diminuer son élimination. La goutte nest autre chose qu'une intoxication du sang par l'acide urique et les produits de la combustion organique incomplètement comburés.
Les principes azotés introduits dans l'organisme par l'alimentation, subissent une série de transformations qui aboutissent en définitive à un degré plus ou moins élevé d’oxydation. L'urée est le terme idéal de cette oxydation et c'est sous cette forme que s’éliminent les principes azotés après avoir été assimilés ou non. Mais par suite de l'état constitutionnel de l'individu ce degré d’oxydation peut n'être pas atteint et au lieu d'arriver à l’urée dont l'élimination est un fait physiologique, on arrive seulement à l'acide urique, produit moins oxydé et dont la présence dans l’économie et l'élimination constituent un fait pathologique.
Sous la forme d’urates de soude, les principes azotés mal élaborés, encombrent le sang et infiltrent les tissus osseux, cartilagineux et fibreux articulaires et péri-articulaires. Les lésions articulaires plus ou moins fixes ou mobiles caractérisent la goutte.
L'indication curative de la goutte c’est d'activer la nutrition, c'est de faciliter l'oxydation insuffisante des principes azotés, or nous savons que les chlorures de sodium, de calcium et de potassium contenus en si grande abondance dans les eaux de Creuznach, activent les combustions et hâtent les transformations et l’élimination de toutes les matières azotées devenues inutiles à
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l'organisme. Nous savons encore que ces eaux renferment un métal précieux, employé avec le plus grand succès contre la goutte. Je veux parler de la lithine. Cette substance a été introduite dans la thérapeutique par Garrod, médecin anglais, qui lui accorde la supériorité sur les alcalins. La lithine présente une grande affinité pour l'acide urique, avec lequel elle forme des urates de lithine très solubles. L'acide urique, contenu en grande abondance dans l'organisme des goutteux, se trouve facilement éliminé, car l’urate de lithine est le plus soluble des urates. Ce médicament a pu, dans certains cas, faire disparaître des tophus très anciens et qu'on ne comptait guère guérir.
Dyce Duckworth interprète d’une autre façon les manifestations articulaires de la goutte et du rhumatisme. Il n'accorde aucune importance à l'acide urique et aux urates; pour lui, le mouvement trophique des articulations se trouve sous la dépendance de la moelle allon-
gée. Chez les goutteux et les rhumatisants, ces centres
nerveux sommeillent, et, sous l'influence de leur torpeur, le système articulaire, privé de son énergie, de sa vitalité physiologique, élabore mal les liquides nutritifs que lui amène la circulation du sang. De là, les réactions inflammatoires et les dépôts que l’on rencontre dans les articulations des goutteux.
Nous n'avons pas à discuter ici la valeur dé la théorie émise par Dyce Duckworth ; nous nous bornerons à dire à ses partisans, qu'elle nous met fort à l’aise pour expliquer les effets salutaires produits sur les goutteux par les eaux de Creuznach. L'irritation que leurs chlorures provoquent à la surface du tégument cutané se propage par action réflexe jusqu'à la moelle allongée et
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réveille l’activité des centres nerveux, qui tiennent sous leur dépendance le mouvement nutritif du système articulaire. Les eaux chlorurées sodiques n’agissent pas seulement sur la diathèse goutteuse, elles agissent aussi, dit Durand Fardel, « sur les lésions articulaires qu'ont lais- » sées des accès de gouttes imparfaitement résolus et » qu'entretient la goutte chronique. Les eaux chlorurées » sodiques sont les eaux spéciales des arthrites. Quelle » que soit l’origine ou la nature de celles-ci et les caractères particuliers qui leur appartiennent, les lésions » des cartilages, des extrémités diarthrodiales, des enve- » loppes fibreuses et celluleuses, offrent un fond commun » à peu près identique, sur lequel s'exerce très efficace- » ment, dans la mesure du possible, l’action résolutive » de ces eaux ».
« Je crois, dit l'illustre médecin français, que c'est » surtout comme agent direct de résolution des lésions » articulaires et péri-articulaires qu'il faut les consi- » dérer. » |