CATARRHE CHRONIQUE DE LA MUQUEUSE UTÉRINE
On désigne sous le nom de métrite interne ou catarrhe chronique de la muqueuse utérine, ou leucorrhée utérine, l'inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse la cavité utérine. Nous distinguons soigneusement le catarrhe utérin, du catarrhe cervico-utérin. Le premier se limite à la cavité du corps de l'utérus, le second n'est que linflammation de la muqueuse et des follicules du col utérin. Le premier est rare, le second est très fréquent. Dans quelques cas, l’inflammation envahit à la fois la muqueuse du col et celle du corps.
La métrite interne peut se perpétuer indéfiniment si elle n’est pas modifiée par un traitement approprié. L'état diathésique ou les altérations du sang (chlorose, anémie) enrayent assurément le retour vers l’état normal, mais n'oublions pas que toutes les maladies de l'utérus sont souvent entretenues par les exacerbations périodiques du molimen menstruel.
En indiquant les causes de la métrite interne, nous
aurons pour ainsi dire tracé les règles de l'hygiène pré-
ventive et curative de cette affection.
Chez toutes les femmes, la menstruation peut être
augmentée, diminuée, retardée, avancée, supprimée, soit par des états pathologiques, soit par des émotions affectives ou le refroidissement; dans tous les cas la
congestion utérine physiologique, troublée dans son évolution, devient morbide et peut entrainer l’inflammation de la muqueuse. Aussi la rencontre-t-on chez les vierges comme chez les femmes mariées.
Chez les femmes mariées, le coït, par la congestion éréthique qu'il provoque, peut entrainer la phlogose de la muqueuse du col, si les rapprochements sexuels sont trop fréquents.
Une cause prédisposante de cette inflammation, c’est la sensibilité exagérée que l’on rencontre chez certaines femmes.
Pendant la gestation l’utérus est appelé à une vie nouvelle, 1l devient turgescent, se gonfle, se ramollit et sa structure se modifie. Le développement vasculaire dont il est le siège et l'exagération de son activité organique, prédisposent sa muqueuse à l’inflammation.
Pendant l'accouchement la rapidité de la dilatation du col expose la muqueuse qui le tapisse à des tiraillements, à des érosions, à des déchirures qui peuvent être le point de départ de la phlogose. |
La pression exercée par l'enfant, le traumatisme des manœuvres obstétricales peuvent aussi provoquer linflammation de la muqueuse utérine.
Le séjour d'une partie du placenta ou des membranes fœtales dans la matrice peut irriter la muqueuse par leur décomposition.
Chez les femmes qui ont eu plusieurs enfants l'utérus ne revient pas à son état physiologique, 1l reste volumineux, plus vasculaire, la vitalité y est plus grande et partant la phlogose est plus prompte à s’y produire.
A l’époque de la ménopause, la congestion excessive dont la matrice est le siège à chaque menstruation, pré-
dispose encore la muqueuse de cet organe à s’enflammer.
Enfin, nous plaçons encore parmi les causes du catarrhe utérin, les passions tristes et déprimantes.
Le catarrhe utérin se manifeste donc à toutes les époques de l'existence; avant la menstruation alors que la matrice n'est pas encore éveillée à la vie fonctionnelle; pendant cette longue période où les organes génitaux pleins d'activité et de vie sont le siège de la menstruation et de la conception, enfin à l'époque de la ménopause et même bien des années après la cessation des règles.
Souvent la métrite interne se complique--d'ulcérations et d'inflammation chronique du tissu de lutérus.
Le catarrhe de la muqueuse cervico-utérine s’accompagne dans la majorité des cas d’un travail d’ulcération qui débute souvent par l'orifice du col et s'étend peu à peu dans la cavité; à la longue cette ulcération inflammatoire entraîne l'inflammation du tissu utérin luimême et l'on voit le col s’indurer et s’hypertrophier au point qu'il double, triple de volume et peut même acquérir celui du poing. Cette phlogose du tissu utérin reste souvent limitée au col, mais elle peut s’étendre au corps de l'organe lui-même. Chose fâcheuse, car il est plus aisé de guérir le col que le corps de la matrice. L'hypertrophie et l’induration du col entraînent son déplacement. Cette altération organique augmentant la longueur et la pesanteur de la partie inférieure de l'utérus, 1l s’en suit que cet organe s’abaisse et que son col se rapproche de la vulve. Chez les femmes mariées, en raison des rapports sexuels, le col est refoulé en arrière vers le rectum dont il trouble les fonctions, il y
a rétroversion du col. Le col hypertrophié peut être antéversé, mais c’est qu'il existe alors une hypertrophie du corps de l'utérus qui s’est renversé dans la cavité du sacrum. Îl peut arriver aussi que le col soit couché en travers dans la cavité pelvienne. Tous ces déplacements sont la conséquence de l’état inffammatoire du tissu utérin.
Le catarrhe utérin et cervico-utérin ne limitent pas. leurs effets à la matrice seule, par voisinage et par action réflexe, ils réagissent sur l’économie toute entière. L’inflammation du col s'étend au vagin et à la vulve. Le rectum est troublé dans ses fonctions, les matières fécales traversent péniblement cet intestin et la défécation est difficile et parfois douloureuse. L'hypertrophie et le déplacement de l'utérus provoquent la congestion et l’inflammation de la muqueuse vésicale.
L’excrétion urinaire est douloureuse et parfois très difficile. La malade accuse des douleurs derrière les pubis, mais plus souvent dans les régions ovariques, la partie inférieure des lombes et la région supérieure du sacrum. C'est surtout dans la région de l'ovaire gauche que la douleur se fait sentir. La névralgie utérine s'accompagne souvent de névralgies dans quelque autre point du corps. |
Chez la plupart des malades, les symptômes dyspeptiques et gastralgiques prennent une telle prédominance qu'ils induisent en erreur les médecins sur la nature de l'affection. L'intensité du trouble des fonctions digestives dépend de l’idiosynerasie de la malade.
De ce trouble des fonctions digestives résulte dans certains cas, l’allanguissement et l’émaciation de la malade. Elle est maigre, pâle, chlorotique, ou anémique.
Dans certains cas, elle prend un embonpoint que l’on considère bien à tort comme un indice de force et de santé. Cet embonpoint caractérise au contraire, la débilité de l'organisme. Les organes digestifs n’ont plus l'énergie suffisante pour former un chyle capable de s’assimiler aux tissus dont la vitalité est la plus élevée tels que les os, les muscles, les nerfs; l'évolution nutritive ne s'élève pas si haut, et elle s'arrête à ce tissu d'ordre inférieur : la graisse.
La digestion profondément troublée, livre à l'absorption un chyle imparfaitement élaboré et les reins séparent de la masse sanguine un liquide riche en urates d'ammoniaque, en phosphates et en oxalates-de chaux. Les urines dans ces cas sont parfois troubles au moment de leur émission, d’autres fois, elles le deviennent à mesure de leur refroidissement. L’exagération de la quanüté de sels contenus dans l'urine peut irriter la muqueuse de la vessie et de l’urètre, elle peut mème enflammer les reins et provoquer dans ces organes sécréteurs des troubles irrémédiables. |
Les fonctions hépatiques sont aussi troublées, parfois très légèrement ; d’autres fois les désordres des fonctions biliaires prennent une telle-intensité, qu'ils prédominent sur tous les autres symptômes. Ce sont des attaques de coliques bilieuses qui se lient presque toujours au retour des époques menstruelles. Le volume du foie est parfois augmenté d’une façon notable.
Des névralgies lumbo abdominale, trifaciale, sciatique intercostale compliquent souvent les maladies utérines et les douleurs qu'elles provoquent sont parfois assez intenses pour gêner l’action des poumons et rendre la respiration difficile. On peut croire alors à l'existence de
lésions pulmonaires qui n'existent pas. D’autres fois on voit survenir des phénomènes anesthésiques en divers points de la peau. Parfois ce sont les organes génitaux qui sont anesthésiés et la femme n’éprouve plus ni désir sexuel, n1 sensation voluptueuse pendant le coit.
L'inflammation utérine trouble les diverses fonctions dont nous venons de parler par l'influence qu’elle exerce sur le grand sympathique, dont les connexions avec l’utérus sont si étroites, mais elle exerce aussi son action sur le système cérébro-spinal. Les principaux symptômes cérébraux sont une céphalalgie, parfois intense et une dépression mentale qui peut aller jusqu'aux illusions et l’hallucination.
La perturbation de l’innervation spinale explique la difficulté de la marche et de la station verticale que l’on rencontre souvent chez des femmes atteintes de métrite chronique.
Par leurréaction sympathique sur l'axe cérébro-spinal, les affections utérines peuvent provoquer l'hystérie convulsive et divers troubles plus légers de linnervation.
Enfin la métrite interne et la métrite du col, par la débilitation extrème qu'elles entrainent, mettent l’organisme dans des conditions favorables à l'éclosion de diathèses latentes jusque là, de maladies héréditaires dont il n'existait que le germe, et rendent les femmes moins résistantes aux maladies accidentelles ou épidémiques. Pour n’ètre pas directement mortelles, ces affections de l'utérus, n’en n'ont pas moins causé la mort prématurée de bien des femmes.
L'étude à laquelle nous venons de nous livrer montre toute l'importance de l’inflammation chronique de la
muqueuse utérine ; celle-c1 trouble non seulement les , 22
fonctions de la matrice, mais elle retentit sur tout l’organisme. La menstruation devient douloureuse, elle est trop ou trop peu abondante et est irrégulière quant à sa durée et à sa périodicité. Il était rationnel de penser que la métrite interne troublerait les fonctions de la conception et de la gestation. Une longue expérience a montré que cette maladie est la cause la plus fréquente de la stérilité aussi bien chez les femmes qui n'ont pas encore eu d'enfants que chez celles qui ont déjà été mères. Les fausses-couches et les avortements sont le plus souvent provoqués par elle.
L’affection utérine ne limite pas son action à ce seul organe, elle trouble bientôt toutes les grandes fonctions de l’économie : la digestion, la respiration, la cireulation, linnervation. C'est que l'utérus est richement animé par le grand sympathique, qui innerve également les divers organes de la vie de nutrition. Cette connexion anatomique explique le désordre fonctionnel qui éclate de tous côtés quand l'utérus est malade.
MÉTRITE CHRONIQUE.
Nous avons étudié l’inflammation dans la muqueuse utérine, mais elle ne limite pas son activité à ce revêtement interne, elle atteint aussi les tissus sous-jacents, la substance propre de la matrice. La métrite ou inflammation chronique du tissu utérin peut être localisée dans le corps de cet organe ou dans son col, et parfois elle s'étend au corps et au col.
L'inflammation chronique du corps de l'utérus est plus souvent partielle que générale, on la rencontre
presque toujours à la partie inférieure de la paroi postérieure de l'organe, immédiatement au-dessus de la base du col. Dans quelques cas, mais assez rares, la métrite chronique existe à la paroi antérieure, ou sur l’une des parois latérales et quelquefois elle envahit toute la matrice. As
La métrite chronique peut succéder à une métrite aiguë puerpérale ou non; mais le plus souvent elle résulte de l'extension d’une inflammation chronique du col, datant de longues années et entretenue par un état défavorable de la constitution. On conçoit que s’il existe une diathèse, elle se localisera dans l'utérus malade, elle imprimera son cachet sur l’évolution des phénomènes morbides. Cette inflammation a la plus grande tendance à se perpétuer indéfiniment. Elle peut se propager aux organes pelviens, mais dans tous les cas, elle en trouble toujours les fonctions et étend son action nocive sur toutes celles régies par le système nerveux de la vie organique et sur la nutrition. |
La métrite chronique n’est pas directement mortelle, mais à la longue cette maladie jette un tel trouble dans l'organisme, 1l s’affaiblit à un tel degré qu'il n'offre plus une résistance suffisante à l'action d'une maladie intercurrente ou à l'éclosion d'une diathèse à laquelle la patiente pouvait être prédisposée. Cette débilité de l'organisme, réagissant à son tour sur l’état local, contribue à entretenir la chronicité de la maladie utérine. Cest la réaction réciproque de ces deux états : local et général, également mauvais, qui rend souvent la guérison de l'affection utérine sinon impossible, au moins très difficile.
[4 ART NE MÉTRITE CERVICALE PARENCHYMATEUSE,
Quand l’inflammation chronique de la muqueuse cervico-utérine a duré longtemps, elle atteint le tissu propre de l’organe et le modifie profondément. On voit le col s'indurer et s’hypertrophier, résultat de l'hyperplasie et de la néoplasie dont il est le siége. Ces altérations peuvent se propager au corps de l'organe. J'ai dit plus haut les causes, la symptomatologie et les dangers des altérations du col ; je n’y reviendrai pas.
LEUCORRHÉE CHRONIQUE.
La leucorrhée vaginale chronique est une des maladies auxquelles les femmes sont les plus exposées, il n'est guère une d’entre elles qui n'en soit atteinte à un moment de son existence. On l'observe souvent comme une complication de l’inflammation du corps et surtout du col de la matrice. Quand le col est ulcéré ou enflammé, l'inflammation s'étend toujours plus ou moins au vagin.
La leucorrhée s’observe à tous les âges. On la voit assez souvent chez les petites filles, et alors elle est l'expression d’un état constitutionnel mauvais, le plus souvent de la scrofule ou de la chlorose.
La période de la vie où elle se développe le plus communément s'étend de la puberté à la ménopause. On la rencontre encore après la cessation des règles.
Une constitution affaiblie, les maladies de l'utérus, les excès des rapports sexuels, la présence de pessaires sont les causes les plus fréquentes de la leucorrhée chronique.
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La leucorrhée se caractérise par l'écoulement d'un muco pus, parfois contagieux, dont l'abondance varie avec l'époque du mois, l’état de santé, les conditions et les soins de toute nature dont la malade s’entoure.
Cette leucorrhée chronique est une affection des plus rebelles, on ne peut espérer sa guérison spontanée ; non-seulement elle persiste indéfiniment, mais elle est sujette à des exacerbations fréquentes sous l'influence des époques menstruelles, du coit, de la grossesse.
La vulve est souvent envahie par l’inflammation du vagin. Mais dans certains cas, la vulvite existe en dehors de toute inflammation vaginale et comme une conséquence des affections utérines. Le prurit, si pénible, que produit la vulvite, ne cédera à aucun traitement tant qu'on ne se sera rendu maître de la maladie utérine. Ces démangeaisons sont parfois atroces et elles excitent bien souvent les femmes à la masturbation.
La scrofule et le lymphatisme peuvent provoquer et entretenir l'inflammation de la muqueuse vulvaire comme celle des autres muqueuses de l’économie.