‹ Cri-Cri, ou, Le mitron de la rue de l'OursineChapitre 12 sur 26 · GOBELIN, DUBUIS · texte numérisé non relu

GOBELIN, DUBUIS

Ah ça! mon homme, j'ai fait le chien couchant tant que la femme étoit là , parce que je u'ai point voulu lui faire \oir mon caractère de furibond.

Pourquoi pas ? ça lui auroit fait plaisir.

Mais je te le dis en ami , décanille vivement, ou je te brûle la cervelle à coups de souyier , et de ma main ça compte !

Pas possible !

Dubuis.

Je vois que t'as une patte de trop ; quiens , déboute d« tfes prétentions, cii je la démolis.

Folie Grivoise. 19

AlR : Je n'ai jamais aimé.

Je suis trop amoureux Pour éteindre ma flamme ; Nous verrons , de nous deux , Qui sera plus heureux :

Le sort décidera.

Ensemble.

Oui , mon fils, sur mon rime, Nous voirons qui l'aura,

Oui , qui l'aura ,

Oui , qui l'aura :

L'un des deux périra.

Ah ! ah ! ah ! ah !

L'un des deux périra.

C'est ça que t'es si terrible.

Demande à Verloppe, ce menuisier de la rue de l'Epéede-Cois ; il te dira comme j'applatis les côtelettes.

Laisse-donc, laisse donc.

Une fols que je jouois au théâtre de la Minerve , chez le cliarron , contre le Val-de-Grace...

Je sais. C'est moi qu'a teint les vieux draps qui servent de robe aux actrices.

En raccommodant le théâtre , il avoit soulevé trois futailles dessus quatre qui le caloient , de manière que dans une explosion où ce que je tapois du pied comme un chien enragé , le théâtre crève, v'Jà que j'enfonce jusqu'au cou , et je me trouve nez à nez avec le souffleur , le menton tout écorché.

Queue tragédie que ça dut faire !

Oui, mais je repêche mon homme au coin de la rue de l'Arbalette, et je lui lâche un coup de pinceau sur les embochoirs, qui Ta mis au grabat pour six semaines. G o B E l 1 N.

Quoique ça , je risque le paquet : ma fortune est en bon chemin , et je n'ai pas besoin pour ça d'empoisonner , comme toi , le public, en faisant de la bierre avec du buis.

2o Cri-Cri,

Air du Boudoir d* Aspasic.

J'sais ben qu'tu vas dans la boutique De plus d'un fameux cabaret , Et qu'ils te donnent leur pratique 1 Pour colorer leux vin clairet. / l '

Même air.

De tout' part la pratique abonde , Et , sans compter l'cabaretier , On trouve cheux nous ben du monde Qui ne f'roit rien sans teinturier.

Tu es friand morceau pour la boulangère. — Avec ça que je l'instruirai de ta conduite !

D u b u i s , à part.

Sauroit-il qu eu crue chose de Nanon zet moi ? ( Haut. ) C'est ben à toi de parler !

GoB3LIN,à part.

Est-ce qu'i' sauroit de Madeleine... ?( A Dubuis. ) Qu'est-ce que c'est qi*e cette cocotte de la rue des Poules , que tu promène les soirs , sur le boulevart de l'Hôpital, pour qu'on ne te voie point ? dis donc?

Dubuis, à part.

Oh ! le chien ! il m'y a vu , c'est sûr. Air de la pipe de tabac-, ( Haut. )

Allons, voisin, tu perds la tête,

Et tu manqu' ici de raison ;

Car on n'sauroit, sans être un' bête,

Discourir de cette façon.

Pour éviter que l'on nie fronde ,

Je me posterois assez mal ;

On n'voit , par ma foi , qu'trop de monde

Sur le chemin de l'Hôpital.

Et , si tu ne veux pas qu'on t'y porte , lève la gigue , et gagne du mollet promptement. ( Il fait le geste. ) GoBELiN,à part.

Il est prudent de partir.

Dubuis.

Eh bien ?

Gobelin,ô part.

J'vais l'i tailîer des croupières. ( Haul. ) T'es ben hcH-

Folie Grivoise. 11

ronx que j'aie de la teinture à mettre dans l'eau , nous noua serions vus.

Plutôt de loin que de près ! t'aime ça ?

Je reviendrai. ( A part. ) Quand tu seras parti.

Adieu , la Valeur.

Gobelin,^» sortant.

Adieu, Rossignol à gland.

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