N A R ON
Si tu ne te dépêches , tu ne périras que de ma maia.
Madeleine.
Si tu tardes , je te ferai trépasser sous mes griffes.
Ali ça ! mes belles daines , dites-moi zun peu comment j'ai zété rendu digne de vos bonnes grâces. N a n o N.
Connois-tu le brasseur Dubuis ?
Oui.
Madeleine.
Connois-tu le teinturier Gobelin ?
Oui.
( A chaque demande , l'interlocutrice entraîne Cri-Cri de son côté , ce qui fait un jeu de scène. )
Connois-tu le Labyrinthe?
Oui.
9 Madeleine.
Connois-tu le jardin des Plantes ?
Oui.
L'allée des Bêtes à Cornes ?
Oui.
Madeleine.
La place de la Pitié ?
Oui.
Eh ben ! v'ià justement pourquoi...
Madeleine.
C'est ce qui fait...
Que je te vais arracher les faces, ( Cri-Cri doit avoir la tête tondue. J
Madeleine.
Que je te vais crever les veux.
Ça m' fera une jolie petite physionomie. Gn'y aura p\is qu'à m'envoyer zaux sourds et muets. Au moins , vous me direz pour queu sujet; car je ne sais pas ce que je puis avoir à débrouiller avec le Labyrinthe , les Bêtes à Cornes et la place de la Pitié. Je me mêle de faire le levain, de pétrir la pâte , chauffer le four , enfourner, défourner , porter -le pain aux pratiques , recevoir le pour-boire , et puis d'être votre serviteur. ( // veut sortir. )
N a n o n , le retenant.
Oh ! que nenni !
Madeleine.
Reste ici , ou je te mistifie.
Faut que tu nous signifies pourquoi ta maîtresse...
Madeleine.
Nous soulève nos deux objets.
Et quoi que c'est , vos deux objets ?
Dubuis.
Madeleine.
Gobelin.
C R I - C R i , se frottant les mains. Vous auriez des particularités avec Dubuis et Gobelin ? Ah. ça ! dtes-moi : vous ont-ils promis tous deux ?... N A n o N.
Foi de mariage sur leux parole.
Madeleine.
Et je voulons que ça se fasse.
C r r - C R i les prenant par-dessous le bras. Vous me tirez là une fière épine du pied.
Comment ! ce n'est donc pas toi qui....
Vous verrez ben que non.
Madeleine.
Eh ben ! je l'avons cru tout d'même.
Détaillez-moi zun peu les suites de c'te fréquentation , ça va m'soulager.
J'ai toujours incliné , entre chien et loup , pour la promenade du jardin des Plantes.
C'est la plus belle du quartier.
Folie-Grivois £. 27
Air : Jeunes Amans , cueillez des fleurs. T'nez, moi, sans faire ici le fin , Je pense absolument de même ; A me prom'npr dans c'biau jardin J'ai toujours un plaisir extrême.
On y voit tant d'arbres divers , Tant d'fleurs de diver.-e slructure, Qu'au jardin des Plant's l'univers Me semble peint en miniature.
Tant y a, qu'un soir j'y trouve Dubuis , il nie mène dans le Labyrinthe...; enfin , il m'avoit donné rendez-vous , le lendemain, sous les fenêtres de la "Pitié , pour me jurer zua amour impossible.
Air : Lorsque dans une tour obscure.
Tenez , la belle enfant , je pense Que Dubuis se moijiioit de vous; (.ar il avoit , en conscience , Bien mal choisi son rendez-vous.
Pour vous il n'a pas de tendresse , Moi , je vous le dis sans détour, Puisqu'on entend chanter sans cesse :
La pitié n'est pas de l'amour.
Madeleine.
Et le traître de Gobelin , qui me menoit, tous les jours , voir- la lionne , les dromadaires , les éléphans...
Je ne m'étonne pas qu'il vous menoit voir les éléphans, ce vilain linoféros-la.
Madeleine.
Un jour, au sortir de là , z'il me mène si bien qu'il
me promet le mariage, et que la veille il me donne rendezvous....
Dans l'allée des Bêtes à Cornes , je vois ça.
Madeleine.
Y m'y fait zescroquer le marmot pour en conter à la boulangère.
Etes-vous dans le cas de soutenir , en face de vos enjoleux, ce que vous dites là ?
Madeleine Sans doute.
Et de les couvrir, des pieds à la tête, de confusion ?
IN A N t.
Je t'en réponds.
Entiez au bon Puits; vous dénicherez quand je vous le
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dirai. Justement , en v'ià un qui vient. Allez vîte au poste, et ne bougez pas ( Elles entrent chez le marchand de vin. )