LES MÊMES, GUEUSARD
( Il entre suivi de plusieurs garçons de la boulangerie mécanique. Ils sont revêtus de blouses et de casquet es , sur lesquelles on lit : Pain Romantique , et armés de longs manches à balais. )
CRICRI
Tu me rends ma chaleur. . . Mais quels sont lesbélitres Qui, jusque dans ma cour, cassent ainsi les vitres?
CHAUDCHAUD.
Eh parbleu! c'est Gueusard.
CRICRI
Quoi! notre beau cousiu?
Mme JOI\DOKNE.
Oui , notre cher parent.
CHAUDCHAUD.
C'est un fameux gredîii I
CRICRI
Que le diable Peraporte avec son tintamarre.
Mme JORDONNE.
Faites-lui bon accueil.
cricri , à Gucusard qui entre.
Vous devenez bien rare. . .
CHAtJDCHAT/D, d'un air tartuffe.
Et votre épouse aussi.
Gueusard, après l'avoir regarde' en dessous, s* adresse à Cricri.
Tudieu) corbleu! morbleu!
CRICRI
Il me semble , cousin, que vous jurez un peu.
GUEUSARD
Le juron, c'est le nerf du style romantique, Ça remplace avec goût les fleurs de réthorique.
CRICRI, montrant sa mère.
Mais on croyait, du moins , que vous seriez galant.
GUEUSARD
Est-ce ma faute , à moi, si l'on m'a fait manant, Coupe-jarret, brutal , jaloux et sanguinaire, Et semblable au pompier de la belle écaillère?. . . Morbleu ! changeons de gamme j et trêve à nos défauts , Car je puis être laid , mais vous n'êtes pas beaux.
CHAUDCHAUD.
Mais nous sommes bons là.
GUEUSARD
C'est bon, ça vous regarde.
Mais sans nous amuser, Messieurs, â la moutarde ,
( A Cricri. ) Parlons peu , parlons bien ... Je viens te proposer De me mettre à ta place , et de te déposer. . . Cela te convient-il?. . . Réponds avec franchise. CHAUDCHAUD.
A-t-on jamais pu dire une telle bêtise !
Silence dans les rangs!
Cricri. 3
( >8 ) CHAUDCHAUD.
Mais répondez-lui donc, Ou vous allez passer ici pour un dindon.
CRICRI
Achevez. .
GUEUSARD
11 s'agit d'une clique établie Pour relever l'éclat de la boulangerie.
Prends donc des actions , et nomme le gérant Qui saura t'en donner , Cricri , pour ton argent.
CRICRI
Je verrai. . . j'attendrai. . „
GUEUSARD
Pas de discours frivoles ; 11 faut des actions , et non pas des paroles.
CRICRI
Eh bien ! soit, j'en prendrai. . .
CHAUDCHAUD.
Non, vous n'en prendrez pas; Il faut mystifier ce faiseur d'embarras.
GUEUSARD
Eh quoi! ce mirmidon voudrait mettre anicroche ! . . .
Je n'ai pas , comme lui, ma langue dans ma poche.
GUEUSARD
Tu n'es qu'un funambule , un méchant paltoquet. chaudchaud , lui soufflant des boulettes de pain avec un
mirliton du lieu de sarbacane Tiens, tiens , voilà de quoi rabaisser ton caquet.
GUEUSARD
J'ai senti sur le nez , comme une pichenette.
cricri , passant près de Chauchaud.
Chaudchaud , tu viens de faire une fière boulette.
CHAUDCHAUD.
Sa figure m'ennuie, et je l'ai fait exprès. . . On peut d'abord se battre , et s'expliquer après.
GUEUSARD
Sans mon rang , sans mon nom , dont je suis idolâtre , Je pourrais bien ici te battre comme plâtre, Mais ta n'es qu'un mitron. . .
CRICRI
La thèse va changer ,
( 19 ) Pour qu'il soit ton égal, je le fais boulanger.
GUEUSARD
Eh bien! soit. . . Au canon !
CHAUCHAUD , qui est venu près de lui.
A l'épingle !
A l'aiguille !
CHAUDCHAUD.
A pied!. . .
GUEUSARD
Gomme à cheval. . .