SCENE III
LA LORRAINE, évanouie, GUEUSARD.
( II est suivi de six hommes mal vêtus , avec des figures ignobles , et arme's de gros gourdins. )
GUEUSARD
Oui , tu la descendras ! . . .
LA LORRAINE
Non, traître, il est sauve,
GUEUSARD
De ces lieux , Pintrigant s'est en vain esquivé; Nous le repêcherons. . . il fera la culbute. . .
( U fait signe à ses gens qui sortent sur l'Air : On va lui percer le flanc. ) Il fallait lui donner , Madame , un parachute ! ( A la fenêtre.)
La ficelle est trop courte! ... et ne va qu'au second. . , Qu'il tombe, en se faisant mille bosses au front, C'est une indemnité. . .
LA LORRAINE
Vous n'êtes qu'une bête, Ça ne t'ôlera pas les tiennes de la tête ; tecourez-le plutôt. . .
GUEUSARD
Qui, moi! dans ce moment, Faire la courte e'chelle, à Monsieur votre amant. . . Qu'il crève en l'air , s'il veut. . . Tiens le voir, scélérate , Il semble un hanneton suspendu par la patte; Tu croiras voir au Cirque , un voltigeur nouveau.
( Avec amertume.) Viens , tu n'as jamais vu monsieur Diavolo ! . . .
( 77 la traîne à la fenêtre.) la LORRAINE, regardant, II est sauvé ! . . ,
( 58 k GUEUSARD , prenant sa place.
Vraiment , que dis-tu ? tn m'attristes . . . Mais non , il est tombé, [ aruii mes bûtonistes ! . . .
( On entend dans la coulisse le bruit d'un combat à coups de bâton. )
LA LORRAINE
Que ne Pattaquais-tu, lâche! par un cartel?
GUETJSARD.
Je craignais le projet de Loi contre le duel.
( A la fenêtre.) Ça va-t-il , mes enfans ?
LA LORRAINE
Quel animal féroce !
GUEUSARD
Est-il vaincu , Popol ?
POPOL, en dehors , comme s1 il était en bas. D'importance on le rosse !
GUEUSARD
C'est bien , allez toujours ! . . .
LA LORRAINE
II rit, le scélérat!
GUEUSARD
Elle bisque , tant mieux !
LA LORRAINE
Tyran peu délicat !
gueusard , tragiquement*
Comme Léonidas, auprès des Thcrmopyles, Votre amant, pour l'instant, eu reçoit quelques pil
(A la fencire.)
Popol! est-ce fini?
POPOL , en dehors.
Non, Monsieur >r.
( 5vj )
GUEUSARD
Ali ça! vous dormez donc!. . . Frappez un peu plus fort.
POPOL, en dehors.
Il appelle la garde. . .
En vain il la reclame!
Avec ce mouchoir jaune , au chiffre de ma femme, Bouchez soudain les yeux , et la houche au criard. . . Si l'on vient , vous direz : c'est un Colin-Maillard.
LA LORRAINE
L'c'touffer . . . scélérat ! . . .
GUEUSARD
Dieux! quels cris elle pousse.
Je triomphe! ... il reçoit le dernier coup de pouce.
( La Lorraine tombe , en poussant un cri.)
( La regardant et soulevant son Iras qui retombe.)
Tant pis ! ... je n'agis guère en chevalier français, Je suis un vrai gredin , mais j'obtiens un succès. . . ! La farce va finir. . . fermons cette fenêtre. J'ai rossé le valet, allons rosser le maître.
( V Orchestre joue V Air : M. Malbrough est mort. )
Le rideau tombe.
ciiaudchaud , paraissant au trou du souffleur, le mouchoir à la main.
De faire en bas le mort, je me suis fatigué, Et je reviens vivant, pour que ce soit plus gai. . . Mesdames et Messieurs, cette pièce est morale, Elle prouve aujourd'hui, sans faire de scandale, Que chez un jeune amant , lorsque Ion va le soir, On peut oublier tout. . . excepté son mouchoir.