SCÈNE II
LA LORRAINE, CHAUDCHAUD.
( Cl uludchaud paraît avec un parapluie à la main. )
LA LORRAINE , s* éloignant subitement.
J'oubliais . . . Quoi ! c'est vous ?. . . Quelle visite étrange ! . . .;
CHAUDCHAUD,
Eh quoi ! vous avez l'air tout bête , à mon aspect.
LA LORRAINE
Pre'tendez-vous ici me manquer de respect?
CHATTCHAUD.
Mais j'avais rendez-vous ... La lettre est autographe . . .
LA LORRAINE
Las! on me la dicta; car elle a l'orthographe!
Et qui donc?
Cricri. 5
LA LORRAINE
Mon mari. . . pour vous prendre au traqu'nard !
chaudchaud , avec dignité.
Votre mari , Madame , est un fier savoyard ! . . . LA LORRAINE , lui montrant son bras.
Vois ce noir sur mon bras; juge s'il m'a pressée.
CEATJDCHAUD.
Ali .'que sous mes baisers , sa noirceur efface'e. . .
LA LORRAINE
Non , non , pas de bêtise . — Adieu , j'ai peur.
chaudchaud , lui prenant la main avec fatuité'.
De (moi?
LA LORRAINE, d un ton fier.
Tour qui me prenez-vous?
chaudciiaud, tendrement.
Pour personne, pour moi!. . .
LA lorraine.
Non, non , éloignez- vous. . . craignez la catastrophe.
CHAUDCHAUD.
Ou ne craint pas les coups quand on est philosophe.
( Suppliant. ) Ma Lorraine , à mon rcour, accorde un doux retour. Quelques coups de bâton l'ont plaisir à l'amour. . . De ta bouche un se;d mot , de tes yeux une œillade, Et je me laisse , après , mettre en capilotade! Aime-moi !
LA LORRAINE
Ce serait trop dé témr'rité .
Car , d'après mes vertus. . . et la localité. . .
CHAUDCHAUD , t»yec la p'us grande chaleur. Soyez gentille , allons. . . Ça mes! < g;;l !. . . n'importe! Car il faut que la scène en ce moment soit Forte.
LA LORRAINE
Ah! il est trop gentil, sou amour est trop vif,
Et je donne an contrat nn grand coup de canif!
Une femme peut bien , quand elle est si cberie ,
Oublier qu'elle fut jadis à la mairie. . .
Oublier son serment, qui n'est qu'un le'gcr fil ,
Et le qu'en dira-t-on , et le Code civil.
En de'pit de l'hymen , des lois, de la morale ,
Je me livre en aveugle à mon amour fatale I
Je brave les cancans , je brave les potins ,
Je jette mon bonnet par-dessus les moulins! . . .
Oui , je l'aime , je t'aime, et je t'aime , et je t'aime !!!...
CHArDCHAUD.
Je crois qu'elle l'a dit!. . . Je n'en doute plus même. Jour beureux ! . . .
(Rumeur dans la coulisse. Musique sourde.)
LA LORRAINE
Mais quel bruit?. . . Ah! c'est le guet-à-pens !
CHAUDCHAUD.
C'est Monsieur votre époux , avec six ebenapans.
la lorraine , effarée, regardant Chaudchaud. 11 ne peut plus descendre !
CHAUDCHAUD , enrayé.
Auriez-vous une armoire?
Un tiroir de commode, une pièce bien noire? Lutin la moindre chose ?. . .
LA LORRAINE
Où?. . . rien, pas un coin.
CHAUDCHAUD.
D'un petit cabinet. . . ah ! j'aurai;* bien besoin!
LA LORRAINS, bi dans mou mobilier, j'avais eacoc ma harpe. . .
CHAUDCHAUD.
j CDU ci ;<is dans i eiui . , . Mais , des uraps , une ^.» ai L - , Par la fenêtre , au moins . . ,
LA LORRAINE , avec désespoir.
Non , je n'ai rien de rien. ! . . .
( 36 ) CHAUDCHAUD . regardant à la eroisce. Si je pouvais sauter. . .
LA lorraine , l'arrêtant.
Dieux ! songe que je t'aime.
chaudchaud , de 'iO le' et dépite'.
Hecevoir un aman', quand on loge au sixième.
( On lance du dehors une lettre attachée à une pierre et par une corde. Chaudcluiud la reçoit dans les jambes.)
Un coup de pierre !
LA LORRAINE
Non , nou ! c'est un coup du ciel ,
Un billet de Turlure...
chaudchaud , il le prend.
Oh! généreux mortel!
( Lisant.)
Dieux!. . . « Tirez la ficelle.»
LA LORRAINE, qui attache la corde.
Il faut que je l'attache.
On vient!. . . fermez la porte!. . .
CHAUDCHAUD.
Avec quoi?
LA LORRAINE
Votre Eustache.
CHAUDCHAUD , qui l'a mis dans la porte*
Dieux ! le manche est cassé !
LA LORRAINE
Je m'en vais la tenir. . . Froide comme un verrou, ma main va m'en servir. Partez ! au casse-cou , surtout , prenez bien garde ! . . .
( Soii/frant du bras , parce qu'on pousse la porte.)
Aie! ... je n'en puis plus ! . . .
chaudchaud , en dehors.
Moi! je descends la garde '■