GRIME PASSIONNEL
THOMERY
En l'attente d'une réponse...
GRIZOL.
Qui doit faire de l'un de nous le plus heureux des hommes...
THOMERY
Et de l'autre le plus malheureux !
BLANCHE
Mes amis...
GRIZOL, vivement, l'interrompt.
Non! non! ne parlez pas encore!
THOMERY
Celui que ne sera pas l'élu de votre cœur...
GRIZOL, avec émotion.
S'éloignera d'ici...
THOMERY, même jeu.
Sans colère et sans haine !
GRIZOL.
Il partira pour un long voyage.
Le tour du monde !
GRIZOL.
Et à chaque escale...
THOMERY
H'-^ous enverra des cartes postales qu'il arrosera de ses larmes !
GRIZOL.
Et maintenant, i)arlez Blanche!
THOMEIIY.
Blanche, parlez!
BLANCHE
Eh bien!...
GRIZOL, montrant Thomery et se levant.
C'est lui?
BLANCHE
Non!
THOMERY, même jeu.
C'est lui, alors ?
BLANCHE
Non plus !
Comment ! ce n'est ni lui, ni moi ?
THOMERY
Serait-ce un troisième ?
BLANCHE, se levant.
Non mes amis, non ! (on se rassied.) Seulement, voilà, je ne me suis pas encore décidée.
THOMERY
Gomment! malgré votre parole...
GRIZOL.
De nous dire aujourd'hui à 3 heures, lequel des deux?...
BLANCHE, l'interrompant.
Eh ! oui, je sais ! Mais, si j'hésite toujours, n'estce pas un peu votre faute à tous les deux?...
THOMERY' et GRIZOL.
Notre faute ?
BLANCHE
Certes ! chaque fois que vous venez seul ici, mon cher Grizol, c'est pour me dire du bien de M. Tho-
mery, pour me vanter ses qualités, sa bonté, sa loyauté ; et vous, mon cher Thomery, vous ne cessez de meparler deM. Grizol en des termes chaleureux, enthousiastes!
Rivaux !
THOMERY
Mais amis !
BLANCHE
Je sais ! Mais aussi qu'arrive-t-il ? Lorsque je suis avec l'un de vous, c'est toujours à l'autre que je pense, et je ne peux me décider à choisir entre le cœur d'or et l'âme d'élite!
THOMERY
Mais notre situation ne peut pourtant pour s'éterniser !
BLANCHE
Elle ne le peut pas, c'est certain.
GRIZOL.
Tout plutôt que cette incertitude!
THOMERY
Si vous saviez à quel point je vous aime !
BLANCHE
Je le sais !
GRIZOL.
Combien je vous adore !
BLANCHE
Je le sais aussi !
THOMERY, montrant Grizol.
Il n'en dort plus, le nialheureux !
BLANCHE, appitoj'ée.
Oh!
GRIZOL, montrant Thomery.
Il en a perdu l'appétit, le pauvre 1
BLANCHE, même jeu que plus haut.
Oh!
THOMERY, montrant Grizol.
Les nuits, il les passe à se promener de long en large dans sa chambre en murmurant (D'une voix douce.) Blanche ! Blanche! Blanche!
BLANCHE, émue.
C'est vrai ?
GRIZOL, montrant Tliomery.
Et lui. Madame il le murmure également toutes les nuits, ce nom si doux : (criant.) Blanche! Blanche ! Blanche!
BLANCHE, émue.
Lui aussi!
GRIZOL.
Et VOUS voudriez remettre encore à huit jours?
BLANCHE, se levant.
Non!
GRIZOL et THOMERY, ensemble se lovant.
Enfin!
BLANCHE
Seulement!
GRIZOL,
Seulement ?
THOMERY
.Seulement ?
BLANCHE
Ne pouvant me décider à choisir entre vous deux. . .
GRIZOL et THOMERY.
Eh bien ?
BLAXGHE.
Ma main sera à celui qui, avant que sonnent 3 heures, m'aura donné la plus grande preuve d'amour qu'un homme puisse donner à une femme.
THOMERY
Par exemple !
GRIZOL.
La plus grande preuve d'amour ?
BLANCHE
Qu'un homme puisse donner à une femme.
Mais il est 3 heures moins cinq !
BLANCHE
Vous avez donc cinq minutes.
GRIZOL et THOMERY.
Cinq minutes !
BLANCHE
Je vous laisse... Je vais mettre ces Heurs dans mon boudoir (Elle prend les doux bouquets.) Cherchez, réfléchissez... mais ne perdez pas de temps, vous n'avez que cinq minutes.
GRIZOL ol THOMERY.
Cinq minutes !
BLANCHE
A tout à l'heure! (a part.) Quel dommage de ne pouvoir les épouser tous les deux !