Crimes célèbres, Volume 7
La jeune fille ne pat fermer Toeil pendant toute la nuit qui suivit Tentretien qu elle avait eu avec l'ëtrauger. Sa brusque apparition, son costume étrange , son langage bizarre, avaient éveillé en elle un vague sentiment qui dormait au fond de son cœur. Elle était alors dans toute la vigueur de son jeune âge et de sa beauté resplendissante. Nisida n'était pas une de ces natures faibles et craintives, brisées par la sou(n*ance ou tyrannisées par le despotisme. Loin dé là, tout ce qui l'entourait avait contribué à lui faire une destinée calme et sereine; son flmë tendre et halve s'était développée dans une atmosphère de bohheUr et de paix. Si elle ti'avait pas aimé jusque albrs, il né fallait pas en accuser sa froideur, mais la tinlidité excessive des habitans de son île. Lfe rfespètt aveugle et profond dont le vieux pêcheur étttit entouré levait tracé autour de sa fille un cercle
d'estime et de soumission que personne n*osait franchir. A force d'économie et de travail, Salomon avait fini ppr se créer une aisance qui faisait rougir la pauvreté des autfts pêcheurs. Personne n'avait demandé Nisida, parce que personne ne croyait la mériter. Le seul de ses adorateurs qui eût osé lui prouver sa passion d une manière ostensible, c'était Bastiano , l'ami le plus dévoué et le plus cher de Gabriel ; mais Bastiano ne lui plaisait guère. Aussi, confiante dans sa beauté, soutenue par un mystérieux espoir qui n'abandonne jamais la jeunesse, s'était-elle résignée à attendre , comme la fille d'un roi qui voit arriver son fiancé d'un pays étranger.
Le jour de l'Assomption, elle était sortie de son tle pour la première fois de sa vie, le sort l'ayant désignée parmi les jeunes filles du royaume vouées par leur mère . à la protection spéciale de la Yierge. Mais accablée par le poids d'un rôle si nouveau pour elle, rougissante et confuse sous les regards d'une foule immense, à peine si elle avait osé lever ses yeux étonnés, et les grandeurs de la ville avaient passé devant elle comme un rêve dont elle n'avait rapporté qu'un vague souvenir.
Quand elle s'aperçut de la présence de ce beau jeune homme , d'une tournure si svelte et si élégante, d'un air si noble et si délibéré, qui contrastait avec la timidité et la gaucherie de ses autres amoureux, elle se sentit saisie d'un trouble intérieur, et sans doute elle aurait cru que son prince était arrivé, si elle n'avait été frappée désagréablement par la pauvreté de son costume. Néanmoins elle se laissa aller à l'écouter plus long-tempa