PREMIÈRES FAUTES ET RÉCIDIVES
crime soit à coup sûr un récidiviste dangereux.
Cest donc précisément quand il faudrait sévir que le législateur et le magistrat font preuve d'indulgence. A la réitération des petits délits, ils n'opposent que la réitération des petites peines. Ils se trompent. Le seul système logique et efficace dans ce cas, c'est l'aggrav.ition progressive de la pénalité, c'est, dès la première rechute, une sévérité plus grande. La justice trouve devant elle l'armée des délinquants endurcis; à leur égard, le problème est d'une simplicité élémentaire.
La société doit combattre la criminalité et diminuer la récidive par ses institutions sociales et des mesures préventives. Une fois la légion des récidivistes formée, la peine a peu d'effet sur eux, et la peine de courte durée moins que toute autre encore. La science , anthropologique et médicale recherche s'il y a • parmi ces délinquants des types anormaux dont la place est plutôt dans des asiles que dans des prisons; c'est la mission du médecin. Quant au législateur, il ne peut avoir qu'un résultat en vue : mettre les incorrigibles dans l'impossibilité de nuire. On discutera quel sera
le genre de la peine ; on examinera ce qui vaut mieux, de la prison ou de la transportation, et si Ton choisit la prison, on se demandera lequel prévaudra, ou du régime cellulaire, ou du régime Crofton, ou du régime commun. Le dernier mot n'est pas dit sur ces graves questions; je les examine plus loin. Mais tout le monde sera d'accord sur un point : la nécessité d'une longue privation de la liberté, l'absurdité des peines de courte durée, et l'erreur de ceux qui espèrent amender de tels coupables par un séjour passager dans une cellule C).
A côté de la distinction entre les débutants et les récidivistes, il y a une autre distinction à faire entre les délits publics et les délits privés, c'est-à-dire entre ceux où domine l'intérêt social et ceux où domine l'intérêt individuel. Pourquoi n'appliquerait-on pas à tous les délits privés de peu d'importance la mesure que l'on admet aujourd'hui en matière de calomnie et d'adultère et qui consiste à ne
(*) En France, M. Bérenger a déposé en 1884 un projet de loi sur Taggravation progressive des peines en cas de récidive et sur leur atténuation en cas de premier délit. (Voir Journal des Débats, 24 et 27 août 1884.)