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de Hume est impuissant; done, le criticisme s'impose à quiconque veut sauver la science.
Aussi bien, ajoute-l-il, le Jugement synthétique a priori est l’unique moteur du progrès scientifique, car les jugements a posteriori sont individuels, les jugements analytiques ne nous apprennent rien.
Une preuve d'induction complète vient confirmer cette argumentalion : elle montre que, en réalité, les principes qui sont à la base des sciences, des mathématiques, mêne de l’ancienne métaphysique, sonttous synthétiques a priori.
116. Discussion de l'argument général du criti- Cisme : Le jugement synthétique a priori n'est pas la condition essentielle de la science certaine. — Le Jugement synthétique a priori n’est ni la condition néces- Saire, ni même la condition suffisante de la science.
1° Le jugement synthétique a priori n est pas la condition nécessaire d’une connaissance scientifique. Le criticisme n'est donc pas démontré. |
Avec Kant, nous croyons que l’empirisme de Hume est impuissant à rendre raison de la nécessité et de l’univer- Salité des vérités scientifiques, que le rationalisme de Leibniz ne se concilie pas avec l’origine sensible de tout le matériel de la science.
Mais le rejet de l’empirisme et du rationalisme ne mène paslogiquementaucriticisme. Le péripatétisme scolastique, que le philosophe allemand a ignoré ou négligé, offre du problème de la certitude soit scientifique, soit métaphysique, une solution pour le moins plausible.
D'après cette explication, les matériaux de la connaissance Scientifique sont fournis, il est vrai, par l'expérience sensible, c'est-à-dire par les sensations externes etinternes. Mais la perception intellectuelle de ces données sensibles étant abstractive, le terme de la connaissance intellectuelle se trouve être posé à part des déterminations individuelles, spaliales, temporelles inhérentes aux choses, dans leur réalité sensible. Qu'un pareil objet soit soumis à l'analyse, qu'ensuite entre les éléments produits par cette analyse
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des rapports -s'établissent, ceux-ci apparaîtront indépendants des déterminations individuelles, supérieurs aux ; circonstances qui attachent le monde réel à l'espace etau temps, bref, ils seront nécessaires, universels, intemporels. : Que faut-il donc pour constituer en un objet nécessaire th et universel les données de l'expérience sensible ? L’abstraction. | ER | As Celle-ci est la condition sine qua non de l'élévation de L'objet de la pensée au-dessus des contingences des choses de la nature, et des affections psychologiques du sujét pensant. Moyennant ensuite un acte de réflexion, qui . ÉE reporte l'esprit sur l’objet abstrait, les caractères de nécessité el d’universalité de la science objective sont suffisam- É ment expliqués !). A , Au surplus, l'objet des sciences positives el celui des sciences mathématiques sont les premiers que saisit la pensée, ils répondent parfaitement à la nature composée
du sujet pensant. L'immatériel, au contraire — lime spirituelle et libre, Dieu — n’est connu que dépendamment . dela connaissance des choses d'expérience ; des procédés, rx
relativement compliqués, de négation et d'analogie sont requis pour passer de celle-ci à celui-là. Est-il étonnant : que la science expérimentale donne à la conscience un Æ apaisement que ne lui assure pas de prime abord la métaphysique ? | 3 a se
La preuve que Kant a cru trouver à l’appui du criticisme dans le succès des sciences et dans le caractère plus problématique de la métaphysique, ne constitue donc pas =: la preuve du criticisme kantien : celui-ci, füt-il en état de = rendre compte des caractères de la science, n’est pas seul à y réussir : dès lors, il n’est pas la théorie critériologique nécessaire du savoir. LEE à
2° Il n’en est même pas une théorie critériologique su/ffisanle : Les Kantiens qui, avec Windelband, Vaihinger, Médicus, etc., donnent dé la Critique de la raison pure
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es.
1)Nous avons développé ailleurs (Cf. Métaphysique générale n. 98. Psychologie, n. 169), les idées que nous rappelons ici brièvement.
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une interprétation dogmatique et anti-subjectiviste, s’éton- nent que des adversaires, même des disciples de Kant, aient pu méconnaître la portée objective du criticisme. Mettre la science à l'abri des coups du scepticisme, combattre l'empirisme psychologique de Hume, n'est-ce pas le but manifeste, déclaré, de la critique kantienne ?
Oui, Kant fut l'adversaire déclaré du scepticisme et de l'empirisme. Ses intentions ne sont pas en cause. Mais il s'agit de savoir si sés théories critériologiques les ont bien ou mal servies. : | . Or, à l'égard du scepticisme, il a eu un premier tort, cest de ne pas même lui accorder les honneurs d'une discus- Sion. Ceux qui ont douté de la raison humaine, soit pour s'arrêter au scepticisme, soit pour se retourner aveuglément vers la foi et revendiquer pour celle-ci le monopole de la certitude, sont légion. Il n'est pas permis de barrer d’un trait de plume un chapitre entier de l'histoire de la philosophie. En opposition à Hume, Kant a eu raison d'affirmer que des affections psychologiques, inévitablement conditionnées par l’état du sujet qui les éprouve et soumises aux vicissitudes de l’activité personnelle, ne peuvent être la source de la science qui, par définition, est nécessairement pour tout le monde et partout la même. Mais celle considération, décisive contre Hume, ne l’est pas moins contre la synthèse a priori de Kant lui-même. Le sujet pensant n'est-il pas individuel, sa structure mentale n'est-elle pas sienne, n'est-il pas astreint à penser, à juger, à raisonner en conformité avec les lois qui pèsent sur son entendement ? |
Comment, dès lors, le fruit’de sa pensée ne serait il pas empreint des caractères subjectifs, variables de celui qui l'a produit ? | |
Quiconque voudrait expliquer, par la nature du sujet, les caractères «objectifs » de la science, c’est-à-dire la nécessité et l'universalité de son objet et de ces lois, serait logiquement amené à conférer à ce sujet l’impersonnalité. Réserve faite au dogmatisme aristotélicien, que le philo-
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sophe de Koenigsberg semble avoir ignoré, jene vois que deux moyens d’arracher l’objet de la pensée à la subjectivilé : | |
Ou l’on posera cet objet en face du sujet : dés avant qu'il soit. perçu, on lui conférera une réalité permanente que l'esprit n'aura qu'à contempler. Platon s’est attaché à cette forme du réalisme. Au moins, à la première époque. de sa carrière, les objets intelligibles lui apparurent comme des idées substanlialisées.
Ou l’on admettra qu'une raison universelle, impersonnelle affranchit la pensée des limitations que lui imposeraient les consciences individuelles. L'idéalisme transcéndantal de Fichte est l'expression logique decette conception.
Puisque Kant s'attache à déduire du sujet la nécessité el l’universalité de l’objet, il devra regarder celui-ci comme le résultat d’une activité impersonnelle. Sinon, il devra se résigner à reconnaître à la connaissance, à toute connaissance, une signification exclusivement subjective. |
Où gît alors la différence entre le subjectivisme avoué de Hume et celui que nous attribuons à Kant?
Hume propose en thèse le subjectivisme et s'efforce de le justifier en l'appuyant sur une psychologie empiriste : Kant, au contraire, combat en thèse le subjectivisme, mais y est conduit, malgré lui, par la logique du criticisme. Hume juge illusoires la nécessité et l’universalité que nous prêtons à l'objet de la science, et rattache à des habitudes : subjectives l’origine de ces illusions : Kant montre avec succès qu'une habitude psychologique est incapable de nous faire voir, tels que nous les voyons, les objets des sciences physiques et mathématiques, mais il ne s’est pas rendu compte que les formes de la sensibilité et celles de l’entendement aussi sont subjectives, et ne peuvent, par conséquent, conférer aux impressions sensibles une impersonnalité, une « objectivité » dont elles-mêmes sont irrémédiablement dépourvues.
En résumé, la Critique de la raison théorique pure eûtelle réussi à donner de la science une théorie critériologique satisfaisante, encore serait-il prématuré de conclure
Sans sursis au bien-fondé du criticisme. Celui-ci, donnât-il de la science une explication plausible, n’est pas seul à la donner. Le dogmatisme aristotélicien et thomiste devrait donc, jusqu’à preuve du contraire, être mis sur le même pied que le criticisme.
Mais il ya plus. La criticisme est hors d'état de rendre compte de l’objectivité de la connaissance scientifique. Une synthèse déterminée par la nature du Sujet pensant ne peut être que subjective. Le vrai nom du criticisme est donc, quoi qu'en dise Kant, le subjectivisme. On l’appellera aussi relalivisme poursignifier qu'un jugement, conditionné exclusivement par la structure du sujet, n’a de valeur que pour ce sujet, relativement à lui.
Plus tard (Litre IV), nous considérerons les lermes du Jugement pour en déterminer la portée. Nous rappellerons
alors que, selon Kant, ils ne représentent que des « phéno- imènes » ; nous en conclurons que le crilicisme, à ce nouveau point de vue, est phénoméniste. L'affirmation directe du phénoménisme étant la négation indirecte de la cognoscibililé de toute réalité ultra-phénoménale, le criticisme kantien est agnostique en métaphysique.”
Mais n’anticipons pas. Nous discutons, pour l'heure, le subjectivisme. Nous l'avons apprécié dans son ensemble. Venons-en au détail.
117. Discussion du second argument de Kant: Il ya des jugements analytiques qui sont instructifs. — Kant ne connaît que deux sortes de Jugemenls nécessaires el universels : les jugements analytiques, dont le sujet conlent implicitement le prédicat, et les jugements synthétiques à priori.
Or, les jugements analytiques sont dépourvus, croit-il, de valeur scientifique : en effet, ils ne jouent qu'un rôle subsidiaire et purement explicatif. Un rôle subsidiaire, car l’analyse est consécutive à l'acte de synthèse, elle décompose le produit de celle-ci en ses éléments : un rôle
purement explicahf, car la mise en lumière du contenu de
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nos concepts ne peut que nous faire voir plus distinctement ce que, de façon indistincte, nous savions déjà. Donc les jugements synthétiques a priori ont seuls une valeur scientifique.
À cette argumentation de Kant, nons faisons une double réponse :
La disjonction entre jugements analytiques, dans l’ os
lion kantienne de l'expression, et jugements synthétiques a priori n'est pas complète.
Ensuite les jugements analytiques eux- -mêmes, dans- le.
sens où les prend Kant, sont instructifs.
1° D'abord, la disjonction de Kant n’est pas complète :
À ne consulter que l’étymologie, il semble que le jugement analytique emporte nécessairement l’idée que le prédicat
du jugement entre dans la définition du sujet et, par suite, est susceptible d'en être dégagé par un simple procédé
d'analyse ; ainsi entendu, le jugement analytique est, ST
effet, purement explicatif, el ne peut servir qu’à dontier plus de clarté à des concepts déjà acquis ; tel serait, par
exemple, le jugement : l'homme est raisonnable, si l’on
supposait que le sujet 2omme signifie un être raisonnable. Mais l’acceplion scientifique et philosophique du Juge-
ment analytique ne se borne pas à ce sens restreint, que
l’'étymologie suggère. Le jugement analy tique s oppose au jugement den Tandis que la raison d'affirmer celui-ci est le fait constalé, la raison d'affirmer celui-là réside dans la connexion nécessaire du sujet el de l’attribut,
abstraction faite de tout contrôle d’ expérience. Un jugement
est donc analylique chaque fois que, par la considération ou bien par l'analyse du sujel el du prédical, envisagés soit dans leur essence, soit dans leurs propriétés, l'esprit arrive
à découvrir entre les éléments considérés ou analysés, une.
connex1on nécessaire Les scolastiques, d'actori avec l’Organon d'Aristote,
l'avaient très bien noté : il y a deux genres de propositions, que nous appellerions aujourd’hui analytiques et qui, dans
leur langage, s’appelaient modes d'énonciation nécessaire, « modi dicendi per se ». \
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