‹ Critériologie généraleChapitre 58 sur 90 · NE TROT MEET · texte numérisé non relu

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Le premier mode d'énonciation nécessaire se vérifie, lorsque le prédicat est la définition totale ou partielle da sujet. |

Le second 9 genre se vérifie, lorsque l'essence du sujet est un présupposé nécessaire de la définition du prédicat : la chose a lieu lorsque le prédicat est une propriété (proprium) du sujet).

Pour rencontrer directement l’objection de Kant, nous disons donc : Assurémeut, il est des cas où l'analyse des termes d'une proposition analytique est stérile. Mais il en est d’autres où elle est instructive. Le jugement n’est pas destiné à nous faire connaître les lermes, mais à nous faire

1) « Primus modus dicendi per se est, quando id quod attribuitur alicui, pertinet ad formam ejus. Et quia definitio significat formam el essentiam rei, primus modus ejus quod est per se, est quando praedicatur de aliquo definito vel aliquid in definitione positum :; sicut homo dicitur animal rationale, vel animal, aut sicut in definitione trianguli ponitur linea, unde linea per se inest triangulo ; et similiter in definitione lineae ponitur punctum, unde punectum per se inest lineae. Quae autem sunt partes materiae et non speciei, non ponuntur in definitione, sicut semicirculus non ponitur in definitione cireuli, nec digitus in definitione hominis.

Secundus modus dicendi per se est, quando subjectum ponitur in definitione praedicati, quod est proprium accidens ejus. Sicut rectum et circulare insunt lineae per se, namlinea ponitur in definitione eorum. Eteadem ratione par et impar per se insunt numero, quia numerus in eorum definitione ponitur ; nam par est numerus medium habens, et impar est numerus carens medio : et ideo haec propositio de numero : numerus est par vel impar estin secundo modo dicendi per se » (S. Thomas, in 7. Anal, lect. 10),

A la leçon 35 du même commentaire, saint Thomas Chen en ces termes la même distinction :

-«(Aristoteles) ponit duos modos praedicandi per se. Nam primo quidem praedicantur per se quaecumque insunt subjectis in eo quod quid est, scilicet cum praedicata ponuntur in definitione subjecti : secundo, quando ipsa subjecta insunt praedicatis eo quod quid est, id est quando subjecta ponuntur in definitione praedicatorum. Et exemplificat de utroque modo. Nam impar praedicatur de numero per se secundo modo, quia numerus ponitur is definitione ipsius imparis, Est enim impar numerus medio carens. Multitudo autem vel divisibile praedicatur de numero, et ponitur in defini-

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comprendre le rapport qui les relie. Dès lors l'analyse des termes d’une proposition analytique n’a pas toujours pour but de montrer que l’un contient l'autre, elle remplit son rôle utile lorsqu'elle fait voir, par la mise en présence des deux termes réduits à leur plus simple expression que, entre les deux, il y a un rapport nécessaire. ; On verra plus loin que plusieurs jugements dont le sujet ne contient pas le prédicat ne sont ni synthétiques a priori, ni analytiques au sens kantien du mot, mais sont néanmoins analytiques en ce sens qu'ils sont en matière nécessaire. : Tel est, par exemple, le principe de causalité. Telle est la proposition : Tout nombre est pair ou impair. Telle est même la proposition : L'homme est un animal raisonnable, Sans doute, si le mot homme signifiait l'essence spécifique des individus appelés hommes, la proposition : « l’homme est raisonnable » serail une pure tautologie, et ne nous apprendrait rien. Mais tel n’est pas le sens obvie et naturel du sujet homme. Les termes du langage sont des créations

tione ejus. Unde hujusmodi praedicantur per se de numero primo modo. Ali autem modi, quos supra posuit, reducuntur ad istos » (Fbid,; lect.:35). ù |

« Quae vero praedicata neutraliter insunt, id est neque ita quod ponantur in definitione subjectorum, neque subjecta in definitione eorum, sunt accidentia, id esl per accidens praedicantur. Sicut et album praedicatur de animali per accidens » (Zbid., lect. 10).

Cajetan résume en ces lignes concises la même pensée :

« Propositio per se nota fit quoties praedicatum cadit in ratione subjecti : et cum passio prima praedicatur de suo primo subjecto et cum unum generalissimum negatur ab alio ». Cajetanus. I. Anal..Cap. 3. |

Est-ce à dire que l'esprit humain soit en état de formuler les prin- : cipes analytiques sans devoir aucunement recourir à l'observation ?

Il faut bien s'entendre. L'observation est nécessaire, sans doute, pour l'acquisition et peut l'être souvent pour l'éclaircissément des termes du jugement analytique ; mais ce que nous voulons dire, cest que l'expérience n'est pas la raison qui motive la réunion du sujet et de l’attribut. « Quae requiruntur ad hujusmodi assensum evidentem, sive sit experientia, sive quaecumque alia terminorum declaratio, non requiruntur ut formalis ratio assensus sed ut sufficiens applicatio objecti » (Suarez, Met. disp. 1, sect. 6, e. 27).

- Spontanées qui ont pour objet, non pas les essences spécifiques, mais les propriétés sensibles des êtres. Ainsi le mot homme éveille l’idée de « un sujet à station verticale », «un sujet capable de parler » ; notre proposition signifie : ce sujet à station verticale, capable de langage, est un animal doué de raison. Ce n’est donc pas une tautologie que de dire : Un sujet capable de langage est raisonnable, encore que le langage implique un rapport nécessaire avec la raison. US 1 |

2 Nous avons dit, en second lieu, que les jugements analytiques, même lorsqu'on leur donne la signification kantienne, sont instructifs.

Sans doute, l’attribut d’une proposition, lorsqu'il est tiré du sujet de cette proposition, ne peut nous faire connaître un centenu autre que celui du sujet ; mais, dans la proposition analytique, les données fournies par le sujet et par l’attribut sont posées simullanément devant l'esprit ; leur

Simullanéité devant l'esprit permet la perception des

rupports que Icur isolement respectif ne permettait pas : voilà pourquoi la formulation de jugements analytiques, même au sens étroit de Kant, n'aide pas seulement à la

- pénétration plus distincte des données mentales, mais

aussi à lintuition des rapports qu'elles fondent et, par suite, au progrès du savoir !).

À la vérité, s’il n’y avait dans une science que des propositions simples isolées, la perception des rapports qu’elles

1) Usecomparaison rendra plus sensible cette explication abstraite. Nous l’empruntons à la critique des Principes du positivisme contemporain de M. Halleux. « Vous avez contemplé le portrait d'un inconnu, écrit l’auteur. Vous voici en présence de l'original. Mais à ce moment vous ne songez pas au portrait, bien que votre mémoire

en ait conservé l’image à l’état latent. Vous connaissez les deux termes sans connaître la relation.

» Onand saisirez-vous celle-ci ?

» Lorsque vous verrez l'original en présence du portrait ou que le souvenir de l’un et celui de l’autre se réveilleront simultanément en vous.

» Un nombre déterminé de sons distincts compose une mélodie.

Néanmoins, il ne suffit pas, pour entendre cette mélodie, d’en per-

expriment coïnciderait avec celle de leurs termes, et la fusion de termes, déjà connus, en jugements serait sans

utilité. Mais une science n’est pas un amas de semblables :

propositions accumulées les unes sur les autres au hasard

des circonstances, elle est un système de propositions

logiquement enchaînées

Pour constiluer une science, il faut tirer les termes qui

entrent dans sa composition, en faire une sélection intelligente — « inventio medii », — les ranger dans l’ordre voulu, pour arriver à des rapports nouveaux qui étaient d'abord insoupçonnés ou seulement entrevus. Tout ce travail est loin d'être stérile. Des sciences qui sont des

œuvres de génie, — l'arithmétique, l'algèbre, — ne sont.

que le développement de quelques axiomes analytiques. Dira-t-on qu'elles ne sont point instruelives ? | Fat Cette dernière allégation n'est pas du goût de Kant, qui

estime que les jugements mathématiques sont synthéliques,

mais nous croyons qu'ici encore il y a, au fond de la thèse

kantienne, une équivoque sur le mot synthèse.

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