PRES NT PR MERS
que quelque chose d’étendu accompagne la résistance : comment décider si la proposition « ce qui résiste est étendu » est l'expression de la plus haute certitude ? J'essaie de penser à l’étendue en dehors de la résistance ;
tandis que je pense à la résistance, j'essaie de refouler.
l'idée détendue. Je suis absolument déçu dans monattente; je ne puis concevoir la négation de cette proposition « ce qui résiste est étendu », et mon impuissance à en concevoir la négation me montre que toujours avec le sujet (quelque chose de résistant) coexiste invariablement le prédicat (l'étendue) !). »
Comment s'explique l’inconcevabilité d'une HU ?
Par les lois de l'association.
« Les excilations sensibles engendrent, par leur répétition, des dispositions nerveuses déterminées ; celles-ci emportent avec elles une inclination subjective latente à
agir dans une direction spéciale ; il en résulte, dans notre
organisation cérébrale, des formes prédéterminées de la pensée ; ces formes sont comme les empreintes des choses dans le sujet pensant ; l'impossibilité d'invertir ces formes,
impliquée dans l’inconcevabilité de leur négation, nous
est une garantie de la vérité de leur objet, et il ne peut y avoir pour nous de garantie supérieure à celle-là 2). »
L'agent principal des dispositions nerveuses d’où procèdent les nécessités de la pensée, c’est l'hérédité. De là, le mot bien connu de Spencer : « Ces data de l’intelligence sont a priori par rapport à tel individu donné, mais ils sont a posteriori par pote à la série dont cet individu forme le dernier terme 5). »
L'inconcevabilité de la os est donc le crétériur suprême de la vérité.
A quelles conditions ce critérium est-il applicable ?
Il l’est seulement dans les cas de siricte inconcevabilité el pour des propositions absolument simples.
1) Principles of Psychology, $ 426.
2) Ibid., $ 430.
5) Tbid., II, $ 430.
OBJECTIVITÉ ET NÉCESSITÉ DES VÉRITÉS IDÉALES 24e
L'inconcevabilité doit être entendue dans le sens strict du mot : une association absolument infrangible.
La nécessité d’une proposition se traduit, en effet, par l'impuissance où nous sommes de briser une association établie par l'expérience dans notre organisation cérébrale.
Or, une association est plus ou moins facile à rompre.
« Lorsque je songe à la proposition : cel oiseau est brun, il m'est aisé de penser à un ‘oiseau qui n’est pas brun, parce que la vue d'oiseaux bruns est journellement contredite par la vue d'oiseaux qui ont un autre plumage.
» [l'est plus difficile de nier la proposition : /a glace est froide, parce qu’elle est le résultat d’une association constante entre l’idée de glace et l’idée de froid : aucune expérience contraire ne l'a jamais infirmée : de là, la peine que nous éprouvons à concevoir que /a glace soil chaude. Nous appelons cette dernière proposition incroyable, pour indiquer qu'elle n'est pas concevable sans un grand effort d'imagination.
» [l ya cependant possibilité de concevoir que la glace soit chaude : car il y a moyen de concevoir que l’eau gèle à une température qui serait supérieure à celle de notre organisme. Mais qu'un côté d'un triangle soit égal à la somme des deux autres côtés, c’est chose absolument inconcevable ; par aucun effort d'imagination nous ne parviendrions à briser l’associalion entre l’idée d’un côté d'un triangle et l’idée qu'il est inégal aux deux autres cotés réunis ». | La proposition dont la contradiction est impensable est la seule, dit Spencer, à laquelle le critérium soit rigoureusement applicable. ;
Autre condition, les propositions en cause doivent être absolument simples.
On avait objecté à Spencer que plusieurs jugements
réputés jadis inconcevables sont reçus aujourd’hui comme
l'expression de la vérité.
« Les jugements acceptés par erreur comme vrais, sur la foi de linconcevabilité de leur négation, étaient des jugements complexes, réplique Spencer. Or, à des juge-
ments complexes, le critérium de conte al n'est
pas applicable et les applications abusives du critérium ne
témoignent pas contre le critérium lui-même » !). | Il est vrai néanmoins, ajoute le philosophe anglais, que l’erreur est toujours possible, car on ne peutjamais garan-
tir d’une façon absolue que les expériences de l'avenirne contrediront pas les expériences passées. U’est pour ce motif que la certitude du raisonnement est inférieure à la:
certitude immédiate : celle-ci, n'exigeant qu'une fois
l'emploi du critère, n'expose qu'à un risque d'erreur;
celle-là, au contraire, exigeant l'emploi réitéré du critère, multiplie nécessairement les risques d'erreur. Aussi bien, quoi que l’on fasse, ces risques d’erreur sont. inévitables ; le critérium de l’inconcevabilité n’est qu'un PO F « postulat universel ».
L’exposé que l’on vient de lire est la dite expression de la théorie spencérienne. Les objections de Stuart Mill
amenèrent le psychologue anglais à dégager sa pensée du vague qui l'enveloppait au début, mais elle manque encore
de précision. Il y a tel passage de l’auteur auquel nous
souscririons sans hésiter, celui-ci, par exemple : « Il est.
inconcevable qu'un des côtés d’un triangle soit égal à la somme des deux autres côtés. La longueur réunie des deux côtés ne peul être représentée à à la conscience comme égale à celle du troisième, sans que la représentation du triangle soit détruite ; etle concept d’un triangle ne peut se former sans que s'évanouisse enmême temps le concept dans
lequel ces grandeurs sont données comme égales. C'est-
à-dire que le sujet etle prédicat ne peuvent être réums dans la même intuition : — la proposition est impensable. — C'est dans ce sens seulement que j'ai employé le mot. inconcevable : c’est seulement quand il est rigoureusement. restreint à cette signification que je regarde le critérium de l'inconcevabilité comme ayant une valeur » ?). L'inconcevabilité ainsi entendue est le résultat el l'indice
: d’une hécésoité re celle-ci est Malordépendésee intrinsèque du sujet et du prédicat, c’est le critérrum suprême ; l'impossibilité de nier le prédicat sans détruire * le sujet en est la conséquence. TE ..
Fe Cette formule exprime très bien la théorie que nous avons préconisée nons-mêmes pour expliquer la nécessité des vérités idéales. :
Maisil ne faudrait pas sy méprendre, l’ensemble de . spencérien n ne demeure pas toujours d'accord avec
Ste SA empirique, n'en est pas moinsune équivoque. Ainsi, dans l'exemple choisi plus haut, une résistance sans un substrat corporel est inimaginable, elle n’est
d'agir sur nos organes ?
l'auteur confond couramment «concevoir » une chose et « ceroire » à son existence ; par suite, les termes inconcevable et inacceplable sont employés par lui indifféremment:
À Lorsque je sens que j'ai froid, dit-il, je ne puis concevoir que je n'aie pas une sensation de froid celui qui regarde le soleil en face ne peut concevoir qué son ne. plonge dans les ténèbres. =.
Entendons-nous : : lorsque. jai froid, je os très bien : que. je n'aie pas froid, mais je ne puis admellre que je n'ai as froid ; celui qui aie le soleil en face peu très bien concevoir qu'il se trouve dans les ténèbres, maisilne
peut. croire ou plutôt juger qu'il est dans les ténèbres.
L inconcevable est d'ordre idéal, il dit une impossibilité ;
existences, il est la négalion d’un fait.
Sous. le couvert de celte équiv oque, rerbet Spencer a per de donner de Ja certitude une théorie penes en
pas inconcevable : les dynamistes n’attribuent-ils pas la résistance à des forces inétendues ; les $piritualistes ne. reconnaissent-ils pas aux êtres incorporels le pouvoir
Ensuite, et ceci est capital dans le débat qui nous occupe,
l'incroyable ou plutôt l’inadmissible regarde l’ordre des ee
Est-il au moins valable pour l'ordre des existences ?
L'impuissance à admettre la négation d’une proposition
est-elle, relativement aux choses de la nature, une garantie suffisante de la vérité de cette proposition ? En est-elle la garantie suprême ?
Elle en est une garantie suffisante, dit Spencer, parce qu'elle témoigne de l’uniformité de l° expérience en faveur de la proposition.
La preuve n'est pas concluante. Les associations menlales témoignent, en effet, de la façon dont l'esprit humain a inlerprélé la nature, elles n’expriment pas directement
la nature elle-même. Une interprétation subjective, füt-elle
générale et constante, pouvant être erronée, ne présente pas une garantie indubitable de vérité. Jadis, les hommes ont uniformément interprété le lever et le bic du soleil
comme un mouvement du soleil lui-même ; ils étaient dominés par une interprétation erronée de la réalité. La
négation des antipodes s'inspirait de même d'une fausse nt de la chute des corps :).
Le fait qu'une association n'est pas dissociable ne constitue donc point une garantie suffisante de vérité ?.
Soit, réplique le philosophe anglais, mais nous ne pouvons espérer mieux. :
Autant dire, alors, que la connaissance certaine de la
1) Cfr. Stuart Mill, Logic, p. 174.
2) En argument ad hominem contre Spencer, on pourrait lui objecter que l’empirisme évolutionniste ne peut, sans se contredire, admettre qu'il y ait des propositions même subjectivement inconcevables. En effet, quel que soit le nombre des expériences uni-
formes qui ont contribué réellement à organiser une association
dite « inséparable », bien plus, quel que soit le nombre d’expériences uniformes imaginées én conformité avec l'expérience uniforme réelle, ce nombre est fini. Or, le nombre des expériences possibles est indéfini. Donc, d’après les principes de l’ empirisme, la valeur logique d’une proposition serait représentativement égale à
une fraction dont le numérateur 7 exprimerait les cas favorables,
cest-à-dire les expériences effectuées (admettons même qu'elles aient pu être effectuées indifféremment par l'observation des sens ou par l'imagination), et le dénominateur exprimerait le nombre
vérité est impossible et identifier, en désespoir de cause, la ceritude à la vraisemblance. Cicéron professait une
__ philosophie semblable, sorte de probabilisme général qui
Se
est, en définitive, une forme atténuée du scepticisme.
Evidemment, les connaissances humaines restent souvent en deçà d’une certitude rigoureuse, mais il est faux qu'elles n’y atteignent jamais.
Un dernier mot : la garantie proposée par M. Spencer, fût-elle suffisante, n’est pas, dit Stuart Mill, /a garantie
suprême de la vérité, attendu qu'elle emprunte toute sa
valeur à l’uniformité de l’expérience : c’est donc, conclut
Mill, l’uniformité de l'expérience qui est le critérium
suprême. Que penser de cette critique ?
Elle porte à faux, croyons-nous. Sans doute, dans l'ordre ontologique, l'uniformité de l’expérience est antérieure au sentiment de l’inadmissibilité de la négative ; mais le pro- -blème soulevé par M. Spencer est d'ordre psychologique ou logique : Quelle est, selon la philosophie de l’association, la meilleure garantie possible de l’uniformité del’expé-
rience? Le contrôle personnel direct est essentiellement
insuffisant, car la somme des expériences qui s'effectuent au cours de la vie de l indiriqu est toujours insuffisante ; il ya donc avantage à y ajouter le supplément d'assu-
des cas possibles, c'est-à-dire les expériences possibles, soit l'infini. Mais la HAeROnE n est égale à 0, quelle que soit la valeur de ».
Donc, il n'y Heart pas de proposition dont la contradictoire ne fût concevable, voire même infiniment plus problable que la proposition dont l'expérience est le seul garant.
Ajoutons que, d'après la théorie de l'évolution, l'organisation cerébrale est modifiable indéfiniment : dès lors, les associations qui dépendent de l’organisation actuelle de nos cerveaux sont modifiables. Mais si nous savons que nos associations actuelles sont modifiables, leur négation n’est plus inconcevable. Il s'ensuit que les associations. réputées « inconcevables » ne sont pas inconcevables, et que leur négation déclarée impossible est, d'après la théorie de l’évolution, nécessairement possible. Cfr. Fonsegrive,
La Causalité efficiente, pp. 47-52,
rance que donne l'expérience dal Le inconcevabilité Fe de la négative étant, dans la théorie spencérienne, l'indice. : 5 et une sorte de récapitulation des expériences uniformes du passé, est donc une garantie supérieure à ces ve es 0 donner l'expérience directe de l'individu. Poste
La réplique de Spencer à Mu nous semble décisive | sur dr Se ce point !). ere RS … En résumé, « nes nee a DiBIE de la négalion } » A être oo lée comme le crilérium du vrai, à la condition de lui faire signifier l’inadmissibililé de la négation EG rattacher l’inadmissibilité subjective de la négation 4 ta nécessité objeclive, dont la première est l’effetet la révélation à la conscience ; de voir dans cette nécessité objec-.
E tive, non une juxtaposition accidentelle plus ou moins : ue fréquente de faits, mais une loi, soit essentielle, sont natu- he relle, des choses et, par voie Le conséquence, une loi dela. pensée. Ainsi entendue, la formule spencérienne s'appli- . querait à l’ordre ideal et à l’ordre réel et mériterait, en vérité, l'appellation de critérium suprême de la connaissance certaine. < A TS à
Mais cette interprétation s'éloigne des conceptions posie = livistes de l’auteur et n’ést pas conciliable avec l'ensemble :: de sa philosophie. e
Le second argument des positivisies tendait à con- < fondre, on s’en souvient, les notions idéales avec des repré- D scntations collectives, les propositions idéales avee des 4
jugements empiriques. Nous.avons terminé la critique de Se cet argument fondamental. | | DRE Il y aurait lieu d'examiner en outre les objections soulevées par Stuart Mill contre le syllogisme et l'induction ?) : mais nous renvoyons cette étude à la critériologie spéciale. Nous reporterons de même à cet endroit l'examen du principe de causalité entendu dans le sens que lui donnent couramment les hommes de science et les empiristes.
TRI à
1) Principles of psychology, IL, $ 430.
2) Voir Logique, 6° éd., N°s 85. 145 et 146.
Fe ORJECTIVITÉ ET NÉCESSITÉ DES VÉRITÉS IDÉALES 331 à von au éroisième argument invoqué par Auguste Comte à l'appui du positivisme.
199. Réponse au troisième argument : les trois états d'Auguste Comte. — D’après le fondateur du posi- tivisme français, l’ esprit humain suivraitune marche nécessairement progressive, marquée par trois étapes qui sont la théologie, la métaphysique, la science positive. Après de longs siècles de labeurs et de luttes, l'humanité serait arrivée enfin à la pleine conscience d' cle ménie et comprendrait qu'elle doit définitivement bannir de l’objet de ses recherches les conceptions religieuses et métaphy- Ssiques ets’en tenir à l’observation des phénomènes et à leur coordination générale.
«“ Ainsi, pour citer |' Se le plus admirable de la philosophie positive, nous disons que les phénomènes généraux de l'univers sont es expliqués, aufant qu'ils peuvent l'être, par la loi de gravitation newlonienne, parce que, d'un côté, cette belle théorie nous montre foute l'immense variété des faifs astronomiques, comme n'étant qu’un : seul et même fait envisagé sous divers points de vue, la tendance constante de toutes les molécules les: unes vers les autres en raison directe de leurs masses, ef en raison inverse des carrés de leurs __ distances ; tandis que, d’un autre côté, ce fait général nous est présenté comme une simple exfension d'un phénomène familier, et que, par cela seul, nous regardons comme parfaitement connu, la pesanteur des corps à la surface de la terre. Quant à déterminer ce que sont en elles-mêmes cette attraction et cette pesanteur, quelles en sont les causes, ce sont des questions que nous regardons tous comme insolubles, qui ne sont plus du domaine de la philosophie positive, et que nous abandonnons avec raison à l'imagination des théologiens, ou aux subtilités des métaphysiciens > !), |
Selon Comte, cette loi des trois élats gouverne la vie de l'individu, comme elle trace la voie au développement - de chacune des branches des connaissances humaines,
1) À, Comte, Cours de philosophie positive, tome 1°, 1re leçon.
Do CRITÉRIOLOGIE RSR |
qu'il s'agisse de « phénomènes astronomiques, physiques, |
chimiques, physiologiques ou sociaux ». | L'histoire des sciences et des méthodes et l'étude du développement de l’intelligence individuelle prouveraient la vérité de « la loi des trois états » à posteriori ; l’analyse de la constitution de l'intelligence en fournirait la preuve a priori. <
Or, nous voulons bien que, à telle ou telle époque de
l’histoire, l'effort de Pesprit humain se caractérise davantage soit par une tendance à la foi ou à la métaphysique, soit par une prédilection pour les sciences d'observation : mais 1l est faux que, dans la vie des peuples, la succession de ces tendances caractéristiques se soit rigoureusement effectuée suivant l'ordre fixé par Auguste Comte.
Pour ne parler que de la philosophie grecque, par exemple, personne n’ignore que, d’analytique, d’observatrice, de « positive » donc qu'elle était avec Aristote et son
école, elle redevint, peu de temps après, nettement spécu-
lative avec les néo-platoniciens. Plus près de nous, les exagérations mélaphysiques des philosophes allemands, Fichte, Hegel, etc., n'ont-elles pas suivi, et non précédé, le courant « positif » qui avait entraîné la philosophie à la suit: des premières grandes découvertes des sciences naturelles ?
Comte, il est vrai, admet la coexistence chronologique des trois états : selon lui, il peut arriver et il est arrivé, en effet, que telle science, relativement complexe, la chimie, par exemple, parvienne au stade positif plus tard que telle autre science plus simple, l’astronomie. Mais il nie caté-
goriquement que cette concomitance des trois états se pro-:
duise, par rapport à une seule et même science, soit dans la tendance caractéristique d'une époque, soit dans une intelligence individuelle.
Or, qui osera nier que chez Aristote l'esprit métaphysique le plus complet se soit trouvé uni dans une robuste synthèse à l'esprit d'observation le plus pénétrant ?
N'a-t-on pas vu la glorieuse école l’Alexandrie, si remar-
quable par sa foi, réagir fortement contre les exagérations
antiscientifiques de l'école africaine, et unir brillamment, en la pérsonne de ses maîtres Clément et Origène, la science la plus analytique des choses aux conceptions les plus abstraites ?
__ Croit-on que les docteurs du moyen âge, philosophes et . théologiens, fussent étrangers aux préoccupations scientifiques ? Il suffit de parcourir les œuvres d'Albert le Grand, les commentaires de saint Thomas d'Aquin sur les travaux scientifiques d'Aristote, pour se persuader du contraire.
Descartes, Leibniz, Pascal, Ampère, ne furent-ils pas à la fois croyants, métaphysiciens et hommes de science ?
Kant, Helmholz, Wundt et bien d’autres s’appliquèrent à la science avant de se livrer aux spéculations abstraites me la métaphysique : la science elle-même les orienta vers la métaphysique. Le savant le plus illustre du xix° siècle, Pasteur, déclarait solennellement dans son discours de réception à l’Académie française, que la science, loin d’ébranlér ses convictions philosophiques et reli- gieuses, les avait affermies. Le positivisme pèche par une erreur de méthode, disait-il, car il confond l'observation exclusive du fait, qui est ce avec l’expérimentation, qui seule conduit à des nchadhe sans réplique dans la science. [l pèche, en outre, par défaut d'observation : car, « dans la conception positive du monde, il ne tient pas compte de la plus importante des un positives, celle de l’infini ». -
Auguste Comte considère la découverte de la loi de gravilation universelle comme le triomphe de la méthode positive : le génie qui la découvrit n’était-il pas profondément croyant ?
Lorsque Képler, après dix-sept années de travail, arriva à la connaissance des lois sur lesquelles Newton devait fonder ensuite la loi de la gravitation, fut-il tenté de déserter sa foi pour embrasser une philosophie agnostique ? Au contraire, la science, inclinant son génie devant Dieu, lui dicta cette humble prière : « Grâces Vous soient rendues, Ô Maître des créatures, du bonheur que vous m'avez
334 | GRITÉRIOLOGIE LE
procuré ! J'ai enfin terminé mon œuvre. J'y ai mis ones ee les forces de mon âme. Autant qu'il a dépendu de ma faiblesse, j'ai tâché de manifester votre gloire aux yeux des hommes. Je me suis toujours efforcé de raisonneravee : sagesse ; Mais Si quelque chose d'indigne de Vous m'est. 3e échappé, à moi qui ne suis qu ’un ver de terre, néetnourrn dans la fange du péché ; si la beauté admirable de vos œuvres m'a enorguelll ; si ai cherché la gloire qui viént > des hommes ; éclairez-moi, Ô mon Dieu, afin queje me
corrige. Pendant que j'élabore une œuvre destinée à Vous *7* glorifier, pardonnez- moi, Seigneur bon et miséricordieux, re et accordez-moi que mon travail soit profitable pour. votre | de gloire et pour le salut des âmes » !}. RE.
On cherche vainement à concilier ces faits avec ue . trois phases « historiques » d’Auguste Comte. : F4
Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces considé- LE rations, car leur développement a sa place indiquée en ue Étndio spéciale ; si nous en avons dit un mot, c'était ns: pour présenter dans son ensemble Ia théorie positiviste. ee. Le positivisme est à la fois emprrique et agnostique. I estempirique, en tant qu'il nie la nécessité et l universalité proprement dites des vérités idéales : à ce‘point de vue, il avait sa place marquée dans ce Livre III et nous l'avons F4 discuté en répondant aux objections de Taine et de John Stuart Mill. Il est agnostique, en tant qu'il méconnait la 5 réalité de l'ordre métaphysique et religieux; c'est lacause du positivisme agnostlique que plaide surtout Auguste k Comte ; on discutera ex professo son plaidoyer lorsque l’on sera amené à étudier, en Crilériologte spéciale, les 2 fondements de la certitude métaphysique. ; AL. 150. Conclusions du Livre III. — Première conclusion : L'adhésion certaine aux propositions immédiates d'ordre idéal est motivée par l'évidence objective du contenu du sujet. à TEE Ces propositions sont d’une applicabilité universelle,
1) Kepleri opera omnia, ed. Frisch, 1884, 1. V. p, 323,
La valeur objective universelle des Drariosihotts d’ et idéal est donc assurée. | Seconde conclusion : Soit qu’elle agisse exclusivement - sous lPimpression des choses de la nature, c’est-à-dire spontanément, soit que la volonté libre l’applique à l'aper- __ ception réfléchie d'un objet déterminé, l'intelligence ne chânge point de nature. Puisqu’il est reconnu que l’adhé- sion de la raison réfléchissante est motivée par l'évidence objective, il est légitime d’inférer que, dans l'exercice spontané de son activité, la raison est guidée par la même évidence objective. D'où nous concluons, en termes généraux, à la valeur objective HÉVARSEUE sn propositions d'ordre idéal. HSE | La même conclusion peut se formuler différemment. La critériologie se propose de rechercher si Pesprit humain est capable de connaître la vérité ; s’il y a un signe auquel la vérité est reconnaissable et qui permet de discerner le vrai du faux. Nous avons, par méthode, limité notre recherche aux connaissances rationnelles, et réservé . pour plus tard l'examen de nos connaissances expérimen- . lales ;et parmi les connaissances rationnelles elles-mêmes, nous avons de prime abord concentré notre attention sur __ es connaissances immédiates. Nous nous sommes donc donné pour but de rechercher si l'esprit humain est, dans ces limites, capable de connaître la vérité. . La recherche a abouti à une conclusion affirmative. Nous avons pu prendre conscience que la vérité ontolo- | gique est la cause objective déterminante de nos assentiments subjectifs.
Dés lors, il est acquis que l’esprithumain est apte à con- naître la vérité des propositions immédiates d'ordre idéal.
SOMMAIRE : 131. Objet du second problème. — 132. Position