RARE
se figurer une force attractive s’exerçant sur tous les corps placés à la surface du globe, les anciens imaginaient la chute d’un corps, non comme une attraction vers le centre de la terre, mais comme un mouvement d’un point situé pour eux en haut vers un point situé pour eux en bas : ils n'imaginaient donc et ne concevaient pas que des habitants ayant les pieds à l’opposite des nôtres pussent tenir en place ; en conséquence, ils jugeaient impossible l’existence d’antipodes. Les conséquences que les anciens liraient de leur supposition initiale étaient logiques : elles le sont encore, tandis que la conséquence contradictoire était et demeure pour tous positivement inconcevable. Mais aujourd'hui /a supposilion initiale a changé. Nous nous représentons l’action de la pesanteur comme une
attraction de la terre sur ceux qui habitent sa surface ; or,
posé cette attraclion, on conçoit que, sur n'importe quel point de la sphère terrestre, l’homme peut tenir en place, et l’on n’a plus de peine à admettre l'existence des antipodes.
Les Cartésiens, dit-on encore, hommes de science et habitués à la réflexion philosophique, répugnaient à l’attraction newlonienne ; aujourd’hui, qui doute de cette attraction ? |
Les Cartésiens répugnaient à l'attraction newtonienne, parce qu'ils ne se figuraient pas la possibilité d'un mode d'action différent de l’action au contact. Si l'agent et le patient devaient être en contact, l'attraction à distance impliquerait, en effet, contradiction et, aujourd'hui encore,
la logique la ferait proclamer inconcevable. De fait, les
physiciens modernes qui ne croient pas à l’action à distance,
.n'invoquent-ils pas un ou des éthers pour expliquer, par
une transmission continue à travers l’espace, une attraction qu'ils jugent impossible entre corps éloignés les uns des autres ? Mais du moment que l’on change les données du problème et que l’on ne subordonne plus au contact l'action réciproque des corps, non seulement l'action à
distance devient Mit mais la négation des sa à poss ner SAS bilité devient inconcevable. 4: PEER nu. - Les cas de variation invoqués par Stuart Mill « 4 repris ie par les positivistes pour infirmer la valeur objective des. Le vérités nécessaires, sont donc allégués à faux.
La nécessité des proposilions d'ordre idéal est Crete 1
ristique, etl évidence de leur vérité ne vient pas de lp a
: riéence. Le pe Her ite NN ae — Mais alors, dit Stuart Mill, —c'est la première objection he
de son plaidoy er et la dernière qu’il nous reste à résoudre
— les sciences ma thématiques n ont pas d’ objet. Les FRE
objets de la géométrie et de la science des nombres, . Fist ue effet, non Sein existent pas, mais ils ne sont même 3 os pas possibles. Leur réalisation paraît incompatible avec ee ie les conditions physiques de notre globe, et vraisembla Gr . blement avec celles de l'univers entier. | Ë . Ta: ee - Cette objection identifie deux possibilités D
distinctes, la possibilité extrinsèque etla possibiRé intri in- |
sèque. : TUE <
Une proposition est ia rc ossiéle nn ses =
éléments ne renferment pas de contradiction. La définition
ie de la ligne droite, la définition du nombre 3 n'impliquent . ne. pas contradiction, elles sont intrinsèquement possibles ; . de. elles suffisent, à ce litre, aux sciences qui s'en occupenti, É 5 combinées avec d’autres de même nature qu elles, elles es Le donnent naissance à des rapports de plus en plus com- - CB plexes, tous nécessaires et indépendants de l'expérience, 7) ne
et de leur ensemble résultent ces vastes synthèses re S
l’on appelle géométrie, arithmétique, sciences-exactes.
La possibilité exirinsèque supposerait davantage ; lle Re
supposerait que les points, les lignes, les surfaces, les ae
angles droits, les carrés, les sphères, etc. fussent réali- a
sables, comme tels, dans la nature et devinssent ainsi, à
comme lels, c'est-à-dire dans les conditions rigoureuses propres aux définitions abstraites et aux axiomes, re d'expérience sensible. Evidemment, il n'en est ni partout
ni ï toujours a ainsi ; il est même douteux que nulle part il en soil ainsi.
Mais il importe peu. Les axiomes de la géométrie etles principes de la science des nombres sont des propositions d'ordre idéal, indépendantes, selon notre thèse à nous, de l'existence dé choses contingentes, et si les positivistes nient l’existence, en géométrie et en arithmétique, d'un objet inlelligible en dehors des objets sensibles, c’est qu'ils ne parviennent pas à s'arracher à ce préjugé arbitraire qui vicie toute leur philosophie : le sensible seul est connais- + Sable.
Nous avons terminé l'examen de la philosophie positive telle qu’elle est proposée et défendue par ses plus vigou- reux représentants, par Taine pour l'interprétation des notions idéales, par Stuart Mill pour l'interprétation des vérités nécessaires.
- Nous avons encore à répondre au troisième argument qui a été allégué en faveur du positivisme, — il est d'Auguste Comte, on s’en souvient, — mais nous devons, . avant cela, dire un mot de la fameuse théorie de Herbert Spencer sur le dernier fondement de la certitude.
128. Théorie de H. Spencer sur la certitude. — Herbert Spencer, comme John Mill, estime que les vérités idéales sont des vérités d'existence, mais les deux leaders de l’empirisme anglais ne sont pas d'accord sur l’ordre hiérarchique des motifs qui déterminent nos certitudes. . Suivant Mill, le motif suprême est l'expérience ; suivant Spencer, c’est l'impuissance à concevoir la négation de ce que nous disons certain. « L'inconcevabilité de la négation d’une connaissance donnée est l'indice que celle-ci a atteint le rang suprême dans la hiérarchie de notre savoir, elleest le critérium d’après lequel nous jugeons que la validité | ne Connaissance est insurpassable 1)». Il faut essayer de concevoir la négation d’une proposition. Je touche un corps dans l’obscurité et j'ai immédiatement conscience
1) Principles of Psychology, I, $ 426, 3° éd.
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