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Les principaux Meishos de style moderne sont le Kuaraku Meisho (8 volumes, 1816) ; le Nikko sandzi Meisho (o volumes, 1837). C'est le seul qui contienne des compositions dues à Hokousaï, deux planches de paysages. L'Owari Meisho (8 volumes, 1844), avec ses illustrations humoristiques, est précieux pour nous, mais est encore dépassé en intérêt par le Yédo Meisho (20 volumes, 1837), le plus parfait des ouvrages de son genre. Les illustrations de ce dernier sont dues à la collaboration de plusieurs artistes ; Hascgawa Setsutan, un élève d'IIokousaï, a surtout dessiné les scènes à personnages, et Buitsu les paysages. Le style convenu et uniforme qu'ont conservé les vues de temples et de bonzeries, même dans les Meishos de date récente, se transforme dans le Yédo Meisho, et donne naissance à des paysages au vaste horizon, qui reproduisent les sites
remarquables des environs de Yédo. En outre, si les bonzeries et les chapelles sont encore nombreuses dans les vues, elles y tiennent cependant beaucoup moins de place. Hasegawa Setsutan nous promène à travers les rues de Yédo ; après avoir représenté les grands temples de Shiba, les murs et les portes du château des Taïkouns, les quais et les ponts sur les rivières, il descend aux choses intimes, à la montre des figures de cire et à l'étalage des pépiniéristes d'Asaksa, aux boutiques de marchands de jouets ou de débitants de poisson qui bordent le Tokaïdo. Toutes ces vues sont remplies d'une infinité de personnages. Les voilà, dans toute la vérité de leurs costumes et de leurs attitudes, les habitants de Yédo vaquant à leurs affaires, achetant dans les boutiques, mangeant et buvant dans les restaurants, se divertissant aux fêtes et aux
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spectacles. Aussi bien, si vous voulez faire connaissance avec le vrai Japon, tel qu'il était avant l'arrivée des Européens, feuilletez le Yédo Meisho.
Les artistes dessinateurs qui viennent de nous occuper, employés par les libraires, ont tenu de leur temps au Japon une position considérée comme inférieure dans la hiérarchie de l'art. Au-dessus d'eux étaient les artistes de la tradition et du grand style. Ceux-là étaient les peintres illustrant les livres manuscrits de miniatures aux couleurs vives et aux tons laqués, peignant les kakémonos, qui sont les tableaux de la Chine et du Japon, et ces longs rouleaux, les makémonos, sur lesquels sont retracés les sujets les plus variés. C'étaient les œuvres de cette classe d'artistes qui étaient surtout prisées à la cour du Mikado ou du Taïkoun, et par les daïmios, les lettrés, les
gens riches, les moines des monastères qui avaient des prétentions au goût aristocratique. Car les Japonais des hautes classes savaient patronner Fart et les artistes et, à leur manière, s'intéressaient assez à la peinture pour s'y adonner personnellement. Dans les écoles traditionnelles de peinture continuant le style chinois ou le vieux style japonais, dont les plus célèbres étaient les écoles de Tosa et de Shidjio, il y avait, à ce qu'il paraît, nombre d'artistes appartenant aux grandes familles de daïmios.
Les hommes se ressemblant partout, on comprend que les artistes aristocrates aient considéré avec hauteur la classe de ces dessinateurs, hommes du peuple, à moitié ouvriers, à laquelle appartenait Hokousaï.
Les artistes de race noble ne se fussent, du reste, jamais occupés, comme le faisaient les autres, des gens du commun pris sur le
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vif, dans lesquels leur aristocratique clientèle, de même que Louis XIV dans les Buveurs de Téniers, n'eût probablement vu que des magots. Ils peignaient donc des sujets empruntés à la légende bouddhique ou aux fastes chinois et japonais, des fleurs et des oiseaux de style décoratif ; ils illustraient les romans que lisaient les belles dames, où ce n'étaient que princes courtisant des princesses, héros pourfendant des monstres et des géants.
Kikutshi Yosaï, peintre de l'école de Shidjio, était un samouraï appartenant à une famille des plus nobles du Japon. On a de lui des kakémonos et des esquisses contenues dans les albums. Son dessin est d'une grande élégance, formé de coups de pinceau, jetés avec hardiesse et légèreté. Il n'a traité que des sujets de grand style et ses personnages sont des héros, des sei-
gneurs et des grandes dames. Cependant, par exception aux habitudes des artistes de sa classe, il a travaillé pour le graveur en bois et illustré des livres, mais sans sortir de son genre habituel, car le principal livre qu'on lui doit, le YenkeiiKoitsuWS volumes, 1850), est la réunion des héros et personnages illustres du Japon. Ce livre, d'un genre spécial, nous fait voir le monde aristocratique du Japon, tel qu'un aristocrate pouvait l'imaginer et le peindre. Yosaï idéalise évidemment ; mais qui l'en blâmerait, puisqu'il a la prétention de nous introduire auprès des héros et des grands seigneurs, et que les gens qu'il nous montre sont bien les plus fiers, les plus nobles d'allure, les plus élégants qui se puissent voir? Chaque personnage est représenté à part, avec sa biographie en face de son image. Il y a aussi des femmes, non plus
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des bourgeoises, des femmes du peuple ou des filles, comme dans nos grands albums en couleurs; mais de ces dames nobles ayant, suivant l'usage des personnes de leur rang, leur longue chevelure épandue sur les épaules et traînant jusqu'à terre. Yosaï, qu'on pourrait appeler le Van Dyck du Japon, est mort en 1878, à un âge très avancé, à quatre-vingt-dix ans, dit-on.
Les Européens sont entrés au Japon et l'art s'est métamorphosé ou évanoui devant eux. Les productions de l'ancien art japonais étaient dues à des artistes qui, contents d'une faible rétribution, travaillaient patiemment à parfaire quelques objets précieux ; mais lorsque le Japon s'est ouvert, les conditions économiques du pays se sont modifiées, la vie est devenue chère, les artistes, comme tous les autres, ont voulu faire fortune et pour cela, devant satisfaire
aux énormes demandes de l'étranger, ils se sont livrés à la production hâtive d'objets moins iins, souvent de pacotille. Les Japonais ont eu vite appris dans quel sens il fallait modifier leurs formes et leur style, pour les adapter au goût de leurs nouveaux clients ; jusqu'alors, les choses d'art du Japon avaient été d'une grande simplicité, avec des décorations très sobres, jetées sur l'objet à décorer d'une façon irrégulière et fantaisiste ; au lieu de cela, nous avons vu des objets ayant pris des formes plus ou moins européennes , surchargés d'ornements symétriques et réguliers. Dans ces branches de la fabrication artistique telles que les laques, la céramique, les métaux ciselés, où certaines matières premières spéciales et des procédés industriels particuliers, contribuent pour une grande part à la beauté et au précieux des objets, les Ja-
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panais ont continué à produire des ouvrages qui, quoique d'un style détérioré, conservent encore du charme et peuvent offrir de l'intérêt. Où la chute est absolue, c'est dans le dessin et la peinture proprement dits ; car là, le mérite des œuvres est comme abstrait, dépendant surtout de la pureté du style et des formes. Or, les peintres et les dessinateurs japonais vivent actuellement dans un milieu où le mélange des anciennes choses du Japon avec celles importées du dehors, offre aux yeux la plus grande confusion ; ils ont vu et étudié les plâtres, dessins et photographies venus d'Europe, qui leur ont révélé des procédés, des formes, une perspective différents des leurs ; aussi les œuvres qu'ils s'essayent à produire aujourd'hui n'offrent-elles qu'une horrible combinaison de l'ancien style japonais abâtardi et du style européen mal compris. On
peut donc dire que ces arts japonais du dessin et de la peinture qui s'étaient développés avec des traits si originaux, dans un monde fermé, sont à jamais morts et disparus.
Gazette des Beaux-Arts, août et octobre 1882.
M. James Whistler, né à Baltimore, est Américain d'origine. Venu jeune avec sa famille en Europe, il a fait ses études d'artiste à Paris. En 1856, il fréquentait l'atelier de Gleyre. Sorti de l'atelier du maître et livré à lui-même, il envoie aux Salons de 1859 et de 1860 des toiles qui sont refusées par le jury. En 1863, le jury le repoussa de nouveau, cette fois avec une œuvre importante, la Fille blanche, qui, exposée au
Salon des refusés, fit sensation parmi les artistes. M. Whistler, dans l'intervalle, avait quitté Paris pour s'établir à Londres. Les tableaux qu'il fit recevoir aux expositions anglaises répandirent son nom, et lorsqu'en 4865 il envoya de nouveau au Salon parisien une œuvre importante, la Princesse des pays de la porcelaine , elle fut reçue sans difficulté et placée sur la cimaise. En 1867, il a exposé au Salon une de ses meilleures œuvres, une scène de famille, Au piano.
M. Whistler s'était adonné à l'eau-forte en même temps qu'à la peinture, et il n'a cessé de cultiver les deux arts simultanément. Ses premières eaux-fortes remontent à 1858. Ce sont des sujets français imprimés à Paris, chez Delatre, comprenant une suite de vues et d'études de figures. En Angleterre, il grave une série de sujets anglais, principalement de vues de la Tamise.
Aux vues et aux paysages, se sont entremêlés un grand nombre de portraits, tant français qu'anglais, à l'eau -forte et à la pointe sèche.
En 1874, M. Whistler a exposé à Londres deux toiles qui tiennent une place considérable dans son œuvre, le Portrait de ma mère et le Portrait de Carlyle. Il semble bien difficile de trouver dans le portrait des poses et un arrangement absolument nou- . veaux, cependant c'est à quoi M. Whistler est parvenu. Il a peint ses modèles de profil et assis. Sa mère, les pieds posés sur un tabouret, les mains croisées sur les genoux, vit, sur la toile, d'une vie intense. Carlyle est posé presque de même, seulement la figure est un peu retournée, tandis qu'un manteau, négligemment jeté sur les genoux, drape la partie inférieure du corps. Faisons maintenant connaître les traits
particuliers qui distinguent la peinture de M. Whistler et constituent sa grande originalité.
Lorsqu'en 1863 le tableau appelé la Fille blanche fut exposé aux Refusés, les artistes avaient été frappés de sa gamme de coloration; la femme blanche, en pied, se détachait sur un rideau blanc, recouvrant tout le fond de la toile. C'était là l'œuvre d'un homme né peintre , doué d'une vision absolument propre. Dans le tableau, il y avait donc une figure comme sujet et, en même temps , une combinaison de tons blancs qu'on eût pu appeler un arrangement en blanc. Cela n'était pas dit, aucun sous-titre ou désignation spéciale n'appelait encore l'attention sur la combinaison du coloris. Mais à mesure que l'artiste peint, la réflexion et le jugement sur son œuvre se développent, et comme des combinaisons
de tons analogues à celles qui se trouvaient dans la Fille blanche se reproduisent dans ses tableaux, il va ajouter un sous-titre servant à les désigner. Ainsi il dit : Portrait de ma mère. — Arrangement en noir et en gris. — Portrait de Carlyle. — Arrangement en noir et en gris. En effet, dans ces deux tableaux, personnages et fonds sont peints dans une gamme combinée de noirs et de gris.
Tant que M. Whistler peint de grandes figures, il est bien difficile que les personnages s'effacent devant la combinaison des couleurs et que le titre des œuvres ne dérive pas d'eux. Mais le voici peignant une décoration où il n'y a plus de figures humaines, où il n'entre comme motif que le plumage irisé d'un oiseau, le paon; alors la combinaison des tons donne le titre à l'œuvre, en passant en tète et en faisant descendre le
C R I T I Q i; E I ) • A V A N T - G A R DE.
motif au second rang. M. Whistier désigne
son œuvre :