‹ Critique d'avant-gardeChapitre 2 sur 20 · DE MON AMI · texte numérisé non relu

DE MON AMI

EDOUARD MANET

En entreprenant de rendre compte du Salon de 1870, nous devons dire tout d'abord quel sera l'esprit de notre travail. Nous nous attacherons surtont à signaler les productions des nouveaux venus qui nous paraissent avoir le plus d'avenir. Nous laisserons donc en partie de côté les artistes en possession de la renommée, pour nous consacrer aux débutants , à ceux qui sont encore contestés ou incompris.

Et maintenant, quel sera notre fil conducteur pour le choix que nous allons faire d'un certain nombre d'artistes au milieu de l'immense armée de peintres qui envahit le palais de l'Industrie? Ce sera la possession de l'originalité. Parmi les jeunes ou les débutants, nous mettrons donc seuls hors de pair ceux qui, dans leur manière de voir et de sentir, et dans leur façon de rendre ce qu'ils ont vu et senti, accusent une personnalité tranchée, et produisent des œuvres douées d'un caractère distinct de celles des peintres qui les ont précédés. Nous nous détournerons systématiquement de tout artiste cbez lequel nous ne trouverons que la reproduction de types déjà connus, ou le reflet d'une manière de peindre qui ne lui est pas personnelle. Aussi bien nous serons souvent attiré vers un peintre nouveau , précisément, par les caractères

de personnalité tranchée et de profonde originalité qui écartent presque toujours de lui la foule et la lui rendent hostile. Sous le bénéfice de ces observations, nous commençons l'examen du Salon par les naturalistes.

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