VI AVANT-PROPOS
aileSy interrogent le ciel et la terre pour savoir de quel . côté elles prendront leur essor.
On leur crie de toutes parts : — A nous! Par ici! — ISon, par là! — Mais la plupart des voix les appellent en arrière. Nous voulons, nous, les attirer vei^s les idées nouvelles, vers la région où l aurore se lève.
C'est ce désir gui fait i unité de ce livre. Lès articles qui le composent sont tous orientes vers le monde naissant qui se dégage peu à peu du brouillard matinal.
Il est intitulé Critique de combat, parce que marcher de lavant, c'est toujours combattre. On ne peut défendre et propager une conception nouvelle de T art et des choses sans en attaquer et en déloger d'autres.
Au fond même, tout critique est un combattant. En vain voudrait-il borner son rôle à faire comprendre et goûter le beau, sans prendre parti pour ou contre quoi que ce soit. Il peut, à la rigueur , réaliser cet effacement ^ s'il étudie une œuvre reculée dans le lointain des âges, et encore faut-il qu'elle ne contienne que des cadavres d'idées, j'entends des idées abolies que personne ne songe plus à reprendre et à professer.
Mais quand il s'agit d' œuvres vivantes, toutes chaudes des passions du movient, touchant aux intérêts ou aux croyances du jour, oit est-il, le critique qui envisagera les formes comme si elles étaient vides, qui pourra némHtre aucun avis sur le fond qu'elles recouvrent? Le pauvre homme, s'il existait! Et le triste métier que le sien !
La vérité est que, d'une façon plus ou moins ouverte.
juger les œuvres de ses contemporains blâme ceci, lotie cela, et forcément pousse ainsi les esprits dans un certain
Voilà pourquoi, au lieu d'affecter une impartialité impossible, j'ai mieux aimé planter franchement à mon chapeau une cocarde de soldat.
C'est peu de chose, je le sais, qu'un soldat dans la mêlée. Mais pourtant c'est de gouttes d'eau qu'est compose l'Océan ; c'est d'animalcules pétrifiés qu'est faite la chaîne ■ des Pijrénées. L'évolution sociale est, je le sais aussi, le produit d^cfforts individuels en nombre incalculable. Et je suis entré, drapeau flottant, dans la bataille intellectuelle.
Qu'y avait-il sur mon drapeau? Je vais le dire ; je puis bien épargner aux critiques, mes confrères, la peine de chercher ce que je mis venu combattre et défendre.
• Je suis parti de cette vérité acquise qu'il n'y aura jamais de formule définitive de l'art. L'art, comme la vie, est incessamment mobile. C'est un fleuve qui coule intarissable entre des rives toujours changeantes.
Fautil essayer if opposer à cette éternelle mobilité la digue de théories absolues, de dogmes immuables? Fautil, au contraire, la laisser aller à Cavenlure sans essayer de la diriger? Ni l'un ni l'autre.
Je crois que la critique, comme l'art, doit èiremobile. Je veux dire qu'elle doit varier ses conseils suivant les besoins de l'époque et du pays où elle s'exerce.
Elle aurait tort sans aucun doute de méconnaître que