VIII AVANT-PROPOS
les œuvres d*hier ou d'avant- hier ont eu leur raison d'être, voire même leur utilité^ leur nouveauté, leur grandeur. Mais elle a le droit d'être la voix des aspirations confuses du public pour dire aux écrivains : — Tel goût a vieilli. Tel genre est usé. Voici ce qu'il nous faut maintenant! —
// m'a semblé de la sorte que la France avait assez et trop pour le moment de pessimisme, de dilettantisme, de décadentisme, de mysticisme, d'exotisme, toutes façons de penser, de sentir ou d'écrire qui ont fait leur temps et leur œuvre.
L'heure m'a paru trop critique, trop tragique pour l'art qui s'enferme dans une petite chapelle d'initiés ou dans l'analyse infinitésimale du moi, à plus forte raison pour celui qui ne veut qu'amuser.
J'ai donc avant tout soutenu de ma plus vive sympathie les œuvres sérieuses en qui se trahit la préoccupation des grands problèmes de notre temps, en qui retentit, comme un écho^ le sourd grondement précurseur des tremblements de terre et des profondes commotions sociales.
Je n'entends pas par là les œuvres funèbres, pleurardes, gémissantes, efféminées, qui prêchent le désespoir et l'inutilité de l'action; je les trouve aussi peu appropriées à nos besoins actuels que celles qui se bercent avec indolence dans un optimisme aveugle et béat.
Je veux dire les œuvres toniques, vivifiantes, qui voient le mal, le regardent en face, le dévoilent bravement, mais croient à la possibilité du mieux, secouent les énergies
moyens He rendre t'humamté meilleure et plus heureuse, non point dans un retour pusillanime aux croyances et aux régimes du passé, mais dans le rayonnement toujours plus intense, toujours plus pénétrant de la lumière et de la justice.
J'ai aimé les œuvres oii j'ai trouvé largeur de pensée et largeur de cœur;
Celles qui ont fait couler sur la souffrance d'autrui la rosée bienfaisante de la sympathie;
Celles gui ont gardé leur ironie pour les forts et leur pillé pour les faibles; '
Celles qui ont pâli du dédain immérité des salons et des journaux bien pensants, parce qu'elles se sont encanaillées à peindre et à plaindre les misérables.
J'ai loué encore les œuvres gui osent être originales et françaises, quand ii est de bon ton rf6 se faire une âme étrangère postiche;
Celles gui ont richesse d'idées vêtues simplement, quand la mode est aux pauvretés richement habillées;
Celtes qui ne se croient pas obligées de ramper dans la boue sous prétexte de réalisme ou de s'envoler dans les nuages sous prétexte d'idéalisme, mais qui, co-isidérant le réel comme la base de l'idéal et l'idéal comme le prolongement du réel, marchent, ainsi que ihomme, les pieds solidement appuyés sur la terre et la tête fièrement dressée vers le ciel.
En revanche, j'ai raillé ces esprits indécis, équivoques.