SELON KANT
Après la revue des sophismes reprochés par Kant à l'idée de Dieu on sent le trouble que doit jeter dans l'esprit d'un philosophe la reconnaissance de l'impossibilité de penser l'absolu, si ce n'est par des négations, tout en voulant qu'il soit quelque chose, tandis que, d'autre part, il est encore arrêté par l'impossibilité où il est, en essayant de penser Dieu comme la réalité souveraine, au sein d'un être conscient de sa propre existence, de comprendre comment cet être serait l'absolu et se connaîtrait lui-même comme l'absolu! Kant exprime son angoisse avec force et émotion dans un beau passage qui suit de près le développement des arguments contre la preuve cosmologique : « La nécessité inconditionnelle dont noiis avons besoin comme dernier support des choses est le véritable abîme de la raison humaine. L'éternité elle-même, terrible et sublime comme Haller nous l'a dépeinte, est loin de causer une impression de vertige pareille, car elle ?nesure la durée des choses, elle ne la pointe pas'. Nous ne pouvons pas chasser, et nous ne pouvons pas soutenir
I. L'éternité nunc slans des thomistes, à laquelle Kant ne pense pas ici, ne mesure pas la durée, elle fait même mieux que la porter, elle la supprime en supprimant le temps, et aussi la pensée. Elle serait une propriété de 1 absolu si l'absolu pouvait avoir des propriétés.
l'idée qu'un être, que nous nous représentons comme le plus élevé entre tous les êtres possibles, se dise à luimême : de l'éternité à l'éternité je suis; il n'est rien hors de moi que ce qui est quelque chose par ma volonté ; Jiiais d'oii suis-je, ?noi? Ici tout croule au-dessous de nous, et la plus haute perfection, comme la moindre est suspendue sans soutien devant la raison spéculative qui ne voit nulle diliîculté à ce que l'une aussi bien que l'autre disparaisse sans le plus léger empêchement'. » En un mot la Raison, transcendantale ou non qu'elle soit, ne peut conduire Kant à voir pourquoi Quelque chose existe plutôt que Rien. Cette découverte aurait pu lui donner à penser qu'il avait à revenir sur ses pas, puisque la voie qu'il avait suivie le menait, après s'être persuadé que le monde des phénomènes n'existe pas en soi, à reconnaître que ce qui existe absolument en soi est égal à zéro pour notre intelligence. Mais, au lieu de rentrer dans l'ordre du relatif et de se résigner à définir le monde et Dieu par des relations, Kant conclut que « l'objet transcendantal, fondement de tous les phénomènes et par suite aussi le fondement de notre sensibilité, en cela qu'elle est soumise à telles conditions plutôt qu'à d'autres, est et sera toujours insondable. La chose est donnée, mais incompréhensible ». Ceci vise l'Absolu, qui est ce fondement, mais il ne faut pas le confondre avec l'idéal de la Raison pure, ou Dieu, a Cet idéal ne j)eut pas être appelé insondable sur ce motif qu'il n'offre pour toute garantie de sa réalité que le besoin qu'a de lui la Raison pour achever toute l'unité synthétique. Attendu qu'il n'est pas même donné comme un objet qui puisse être pensé, on ne peut pas dire qu'il soit, comme tel, insondable. Mais n'étant (|u'une pure idée, il doit trouvei' sa place