SUR CHOMAS BROWN. XXI
une imago plus terrible de la mort, qui étend son empire sur l'avenir aussi bien que sur le présent (1). »
Avait-il alors un pressentiment de samort?Ouoi qu'il en soit, il fut enlevé au milieu de ses travaux et de sa gloire , au moment même où son talent, parvenu à sa maturité, faisait espérer qu'il rendrait encore de plus grands services à la philosophie, en même temps qu'il ajouterait à sa réputation littéraire.
La mort de Brown excita partout des regrets profonds. Il existe un grand nombre de lettres adressées à ses amis à l'occasion de ce douloureux événement. Nous n'en traduirons qu'une; elle est d'Erskino h Robert Anderson :
Bombay, le 26 août 1820.
« Il y a huit jours, j'ai lu dans les journaux le récit « de la mort du Dr Thomas Brown, à Brompton , dans « la quarante-deuxième année de son âge. Vous « pouvez vous imaginer l'effet que fit sur moi une « nouvelle si inattendue et si douloureuse. Je crains « bien que ces affections pulmonaires et cette fai- « blesse de poitrine dont il se plaignait , n'aient été « à la fin fatales au premier métaphysicien et à l'un « des plus excellents hommes de notre temps. « L'étendue de ma perte, je ne pourrais l'exprimer. <( Pendant vingt-sept ans , il a été de tous mes amis « celui pour lequel j'avais le plus d'amour et d'estime.
(4) Poe/ira/ works, vol. II, pag. 92 :)p série.
XXII NOTICE 1HOGRAPHIQUE
« Il m'aimait au delà de mon mérite , et sa perte « change tous mes projets de retour en Angleterre. « Son souvenir se mêlait à toutes mes pensées. En « mourant il laisse en moi un vide que personne ne « pourra remplir. J'ignore si je dois un jour revoir « ou non le pays de mes ancêtres ; mais dans mes « plans d'étude, dans mes promenades d'été et pour « mes délassements des vacances de Noël, c'était lui « que ma pensée m'offait pour guide et pour compa- « gnon futur. Tout cela me paraît indifférent et insi- « pide maintenant que je ne dois plus le revoir. Il a « succombé aussi dans un moment déplorable. C'est « en décembre dernier seulement que j'ai lu la troi- « sième édition de son livre intitulé Cause et effet , « et je lui avais écrit ce que j'en pensais , dans une « lettre qu'il ne lira jamais. C'est une œuvre admi- « rable qui, selon moi, met la métaphysique sur une « nouvelle voie. Il me tarde d'avoir de nouveaux « détails sur cette triste mort qui l'a enlevé à ses « amis et à sa gloire naissante. Toutes mes vues « pour l'avenir sont confondues , tous mes plans « bouleversés. Quando ullum inveniam parem ? un « lonc- adieu 1 »
Ce malheur inattendu n'affligea pas seulement ceux que Brown honorait de son amitié. La douleur fut générale ; l'Ecosse tout entière pleura la perte de celui qu'elle aimait et qu'elle admirait.
Dans l'excès de leur surprise et dans l'amertume de leurs regrets, ses amis pouvaient sans doute lui appliquer les vers du poëte :