‹ Critique de la philosophie de Thomas ReidChapitre 18 sur 56 · Il y a un goût naturel et un goût acquis : cela · texte numérisé non relu

Il y a un goût naturel et un goût acquis : cela

(i).T. V, p. 4i. (3) T. VI, p. lao.

(2^ T. V, p. îio3. (4) T. VI, p. 122.

GOUT IMTEtLECTtEL. Zj

est vrai du goût physique comme du goût intellectuel. L*un et Vautre sont également soumis à l'influence de l'habitude. — Parmi nos goûts naturels, les uns sont purement animaux y comme le goût des couleurs vives et brillantes, du bruit, des tours de force ou d'adresse ; les autres sont rationnels ou intellectuels, tels que l'amour et l'admiration qui s'attachent à ce qui a une excellence réelle. Dans chaque opération du goût il y a un jugement et un sentiment; c'est le jugement qui détermine le sentiment. La beauté n'est pas dans Ta me du spectateur , mais dans l'excellence de l'objet. — De même qu'il y a une beauté originelle dans certaines qualités morales ou intellectuelles, de même il y a une beauté dérivée dans les signes naturels de ces qualités (i).

137. Tous les objets du goût, sont beaux , désagréables ou indifférents. Il y a des beautés de mille espèces : celle d'une démonstration, d*un poëme, d'un édifice^ d'un air, d'une forme. — Rien n'excelle dans quelque ordre de choses que ce soit, qui n'ait sa beauté (2).

138. Le goût intérieur est dans son état de perfec* don , lorsque ce sont les choses qui ont le plus d'excel* lence dans leur espèce qui lui plaisent, et celles d'une nature contraire qui lui déplaisent. L'homme qui a du goût pour des choses obscènes , grossières,. extravagantes, a un goût dépravé. L'influence de la coutume , de l'ima* gination et des associations d'idées est également considérable sur l'un et l'autre goût (3)»

1 39. Le goût est susceptible de progrès suivant l'âge : chez les enfants il se borne aux couleurs brillantes, aux ornements éclatants , aux formes régulières , aux

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bruits, au^ figures de bonne l^umeur, et aux exprès-sioDscTuQ^ gaieté folle. Plu$ tard, leur goût s'attache aux tours d'agilité, de force et d'adresse; plus tajrd encore aux fables et (^ux histoires, dont ils comwencexit à entrevoir la beauté morale ; aux caractères et aux actions. Leurs facultés jnorales çt intellectuelles comcpen-* cent à s'éveiller, et chaque faculté prodiuis^n^ dç ppl^*^ velles idées, met çn lu^Jère/de nouvelles beautés, et agrandit la sphère du bpau ( i)^

140. I4ÇS Oibjets du goût, suivant Addisson et Akeniside , sont la nouveauté, la grandeur et Ja beauté (2).

NouTeauté.

141. Nous sommes constitués de telle sorte, qu'uii objet nouveau nous causé du platiâr par sa nouveauté même, s'il n'est pas par lui-même désagréable. — Nous sommes faits pour l'action et pour le progrès (3j.

142. La curiosité est un principe capital de notre constitution, et c'est la nouveauté qui est son aliment. Ce principe est, selon toute apparence, la véritable source du plaisir que la nouveauté nous cause (4).

143. On peut comparer la nouveauté à ce chiffre de l'arithmétique qui 'augmente considérablement la valent^ de ceux à la suite desquels on le place , mais qui tout seul ne signifie rien du tout (5).

GmDdeuf.

444. L'émotion cauî'ée par les objets grands est sérieuse , sévère et solennelle (6).

(3) T. V, p. aSx-a. (6^ T. V, p. !a65.

GOUT XNTSLLEGTUBL. Sq

145^.*^ De tous les objets que notre intelligence peut contempler, TEtre suprême est le plus grand; l'émotion qu'il excite est ce qu'on appelle la dévotion , (sentiment qui impose à l'homme des résolutions magnanimes, et qui le dispose aux actes les plus héroïques delà vertu (i).

1 46. La grandeur n'est autr^ chose qu'un degrdd'exr ceUence qui mérite notre admiration.,... Les attributs d^ l'esprit sont l'objet naturel de l'estime ; lorsqu'ils sont portés à un degré extraordinaire , ils deviennent l'objet de l'admiration (a).

147. I««e sublime , daps le style , résulte à mon avis de l'expression naturelle de l'admiration et de l'enthou* siasme (3).

148. Les vastes cieux, les planètes qui s'y meuvent^ la terre et les mer^ immenses qui la baignent, ne se montrent à nous comme vraimept grands que lorsquç nous les considérons comme Fœui^re de Dieu (4)»

1 49. Un grand ouvrage n'est autre chose que l'ouvrage d'un grand pouvoir, d'une grande sagesse et 4'uqç grande bonté, travaillant dans une grande fin. Or le pouvoir, la sagesse et la bonté sont des attributs de l'esprit, et nous attribuons à l'ouvrage la grandeur qui n'appartient qu*à l'artiste (5).

1 50. Après Dieu et sea ouvrages , ce que nous admirons le plus , ce sont les grands talents et les vertus héroïques (6).

151. Les objets des sens ne sont grands que parce qu'ils sont les effets ou les signes des qualités intellectuelles (7).

40 GOUT INTELLEGTDEL.

Beaoté.

152. Parmi les qualités sensibles , la couleur, la forme, le son, le mouvement, sont susceptibles de beauté ; il y a des beautés de style et des beautés de pensée, des beautés dans les arts et des beautés dans les sciences, dans les actions , dans les affectioils et dans les caractères. ... Je crois la beauté aussi diverse que les objets où elle se rencontre; mais ces objets ont pour caractère commun i"* d'exciter en nous une émotion agréable ; t!" de nous faire croire qu'il existe en eux quelque perfection , ou quelque excellence réelle (i).

153. L'analyse du sentiment du beau rend les mêmes éléments que celle du sentiment du doux : on y trouve d'abord une émotion agréable , puis la conviction qu'il existe au dehors une qualité réelle qui en est la cause (2).

f;^154. L'anatomiste aperçoit dans le corps humain des beautés de mécanisme et de prévoyance qui sont à jamais voilées au regard de l'ignorant (3).

1 55. Nos jugements sur la beauté sont instinctifs ou rationnels : nous ^trouvons dans le plumage varié des oiseaux une beauté qui nous plait , mais que nous ne pouvons définir. Le goût instinctif du beau varie d'une espèce à une autre , comme le goût physique , et est approprié dans chacune à sa destination particulière. C'est probablement lui qui détermine chaque animal à s'associer avec ceux de son espèce , à fixer sa demeure parmi certains objets plutôt que parmi d'autres , et à construire son habitation d'une certaine manière. C'est proba-

GOUT INTELLECTUEL. ^t

blement aussi aux variétés du même goût, dans les individus d'une même espèce , qu'il faut attribuer là préférence qu'ils montrent dans le choix d'une compagne , aussi bien que l'amour qu'ils témoignent et les soins qu'ils prodiguent à leurs petits. Le jugement que nous portons sur une belle machine est un jugement rationnel; le jugement, instinctif se change en jugement rationnel, toutes les fois que nous découvrons la perfection secrète dont la beauté de l'objet n'est que le symbole(i).

1 56. C'est une excellence réelle qui plait au goût dans un poëme , dans un tableau , dans un morceau de musique. Il n'est point de perfection morale, intellectuelle ou physique , qui n'agrée à la personne qui la contemple. Ce qui est grand est l'objet propre de l'admiration ; ce qui est beau , l'objet propre de l'amour et de l'estime. La beauté primitive appartient en propre aux qualités de l'esprit, et si les qualités des objets sensibles sont belles , c'est uniquement comme signes , expressions ou effets des premières (2).

1 57. La beauté appartient aux qualités morales qui sont les objets propres de l'amour et des affections douces , comme à la pureté , à là douceur, à la complaisance, à l'humanité , à l'amour de la patrie, aux affections de famille; la grandeur appartient aux vertus qui excitent l'admiration, comme à la magnanimité, à l'empire sur soi-même , au courage (3).

158. Les vertus, en tant que vertus, excitent l'ap* probation de la faculté morale ; en tant qu'elles excitent l'admiration et l'amour, elles affectent le sens du beau (4)-

4a GOUT INT£LLBGTU£L.

1 59. Les qualités intellectuelles ont une excellence réelle; certaines qualités et certains talents que nous raj^rtons au corps, ont aussi une beauté et une grâce qui ri est point dérivée ^ comme la santé, la fonce , Fagilité , Fadresse ( i ).

160. Les esprits échappent à notre vue; nous n'apercevons que les empreintes qu'ils déposent sur la face de la nature : c'est à travers ce milieu que se révèlent à nous la vie ^ Tactivité, les qualités morales et intellectuelles des autres êtres (2).

161. Il n'est pas une des qualités du son qui ne soit Iç signe de quelque perfection dans l'instrument ou dans l'exécution. La beauté du son est à la fois le signe et l'eflet de cette perfection , et la perfection de la cause est la seule raison assignable de la beauté de l'effet (3).

162. Toute mélodie qui plaît est une imitation des tons de la voix humaine dans l'expression d'un sentiment, ou de quelque autre bruit naturel, et la musique, Qùmoxe la poésie , est un art d'imitation (4).

163. En ce qui touche les couleurs et les mouvements des êtres inanimés , il est des cas où le sens de la beauté me paraît purement instinctif: c'est de la sorte que les couleurs brillantes et les mouvements rapides me semblent plaire aux enfants et aux sauvages. Pour les personnes d'un goût plus développé, les mouvements et les couleurs peuvent tirer leur beauté de plu-* sieurs principes. Les couleurs des objets naturels sont

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ordinairement des signes de leurs qualités bonnes ou mauvaises (i).

164. De quoi se compose dans la figure humaine, et surtout dans celle des femmes , cette beauté que tout le monde aime et adniire? Des symboles par lesquels se manifestent les affections douces. Toute marque de douceur, d'amabilité et de bienveillance est une beauté; au contraire, tout indice d'orgueil, de passion, d'envie et de malignité est une laideur (2).

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