VII. DES PERCEPTIONS ACQUISES
Quant à la distinction des perceptions naturelles et des perceptions acquises [43] , ce dernier terme est une mauvaise dénomination que Reid parait avoir empruntée à Adam Smith. Le toucher nous donne la connaissance de l'étendue et de la forme tangible ; la vue ne nous fait <:onnaitre que l'étendue et la forme de la lumière ou de la couleur ; l'ouïe ne nous transmet que le son : voilà des exemples de perceptions naturelles. Comme tous nos sens s'exercent ordinairement à la fois, nous remarquons. que les phénomènes perçus par l'un coïncident plus ou moins avec les phénomènes perçus par l'autre; et en vertu de notre croyance à la stabilité de la nature , nous nous attendons à retrouver cette coïncidence dans l'avenir. Lorsque je vois une couleur verte , je juge par induction qu'il y a devant moi, suivant la nuance, un pré ou un étang , et je dis que je vois le pré ou l'étang , quoique ces noms s'appliquent surtout aux qualités tangibles, et que je ne voie pas ces qualités. Lorsque j'entends un son , je juge par induction, suivant le volume et leitimbre du son, qu'ui^e cloche est epitbranle ou que le canon gronde, et je disquej'enJlç^iCliill cloche ou le canon. Voir le préy entendre la/iioè]^ «ont des expressions inexactes
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en psychologie, mais très-légitimes dans le langage ordinaire, qui n a pas besoin de tant de précision. Ce sont ces jugements inductifs que Reid appelle des perceptions acquises , quoiqu'il sache parfaitement bien qu'il n'y a pas là de perceptions , mais seulement des jugements d'induction , comme il le dit en plusieurs endroits de ses essais f 45, lâo^ i86]. Le mot de perception acquise est donc un mauvais terme qu'il faut définitivement abandonner.