‹ Critique de la philosophie de Thomas ReidChapitre 46 sur 56 · DU GOUT INTELLECTUEL. I · texte numérisé non relu

DU GOUT INTELLECTUEL. I

Les objets du goût, dit-il avec Â.ddison et Akenside, sont la nouveauté, la grandeur et la beauté [i4o]. Il s aperçoit presque aussitôt que la nouveauté n'a de valeur dans les arts que si elle se joint à la grandeur et à la beauté ,^ il rapporte avec raison le goût de la nouveauté pour elle seule à ce principe de curiosité qu'il fait figurer dans la liste des désirs [14^9 < 4^^-

Si Ton rassemble tous les exemples dans lesquels il reconnaît la grandeur ou la beauté, on «'aperçoit qu'ils comprennent des actes moraux ou des qualités de l'esprit , ou des objets matériels qui sont les signes de ces actes et de ces qualités.

« Après Dieu et ses ouvrages , ce que nous admirons le plus ce sont les grands talents et les i'eriu^ héroïques [i5o].

» La beauté appartient aux qualités qui sont les objets propres de l'amour et désaffections douces, comme à la pureté , à la douceur, à la complaisance , à Yku^ manitéy à \ amour de la patrie, aux affections de JamUle ; la grandeur appartient aux qualités qui ûxà* tent l'admiration , comme h la magnanimité , à fem*pire sur soi-même , au courage [ \ 67] .

» De même qu'il y a une beauté originelle dans certaines qualités morales ou intellectuelles , de même il y aune beauté dérivée dans les signes naturels de ces qualités [i36].

» Un grand ouvrage n'est autre chose que l'ouvrage d'un grand pouvoir, d'une grande sagesse et d'une grande bonté , travaillant dans une grande fin. Or )c pouvoir, la sagesse et la bonté sont des attributs de C esprit y et nous attribuons à l'oavragc la grandeur qui n'appartient qu'à l'artiste [t49]-

» Les espi^its échappent à notre vue ; nous n'aperce-

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vons que les empreintes qu'ils déposent sur la face de la matière ; c'est à travers ce milieu que se révèlent à nous l'activité , les qualités mora/e^ et intellectuelles des autres êtres [i6o}. »

La beauté et la grandeur sont donc les deux degré» des qualités morales et intellectuelles et des signes qui les représentent. Or, comment apprécions-nous d'abord les qualités morales ? par la faculté que Reid appelle sens du devoir [^49]* Après le jugement intellectuel , il se produit en nous une émotion affective, qui n a plus rien de commun avec l'intelligence. Reid le dit luimême : « Les vertus en tant que vertus excitent l'approbation de la faculté morale ; en tant qu'elles excitent l'admitation et l'amour, elles affectent le sens du beau [i 58].» S'il en est ainsi, le sens du beau n'est donc qu'une a&ction.

Quant aux qualités intellectuelles , « les attributs de l'esprit, dit l'auteur, sont l'objet naturel de Y estime ; lorsqu'ils sont portés à un degré extraordinaire , ils deviennent l'objet de Y admiration [ij^G"]. » Pourquoi les attributs de l'esprit sont-ils l'objet naturel de l'estime ? N'est-ce pas en vertu du sens moral , qui nous apprend que l'esprit est supérieur au corps? Et si nous éprouvons un plaisir particulier à voir un ^aste déploiement des facultés intellectuelles , y a-t^l là autre chose qu'un plaisir spécial appartenant à l'ordre le plus élevé de nos affections , à ce désir de savoir si bien constaté par Thomas Reid [208]?

Enfin , pour découvrir la grandeur et la beauté qui se manifestent dans les objets matériels , il faut , dit l'auteur, en pénétrer le sens, les interpréter, comme des

signes et des symboles [f48> ^49» *5'> '^^» *^*? '^^^ •164]. Or, n'a-t-il pas décrit ailleurs cette faculté d'iri-

«kl

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terprétation qui nous fait lire la pensée et le sentiment dans les formes , les sons et les couleurs de la nature inanimée , comme dans les traits du visage et l'acdent de la voix humaine (i)? Que faut-il donc de plus pour compléter ici le sens du beau , si ce n'est une émotion spéciale excitée par les découvertes de la faculté interprétative?

La faculté morale et la faculté naturelle d'interprétation , voilà les seules facultés intellectuelles qui entrent dans la composition de ce que Reid appelle le goût intellectuel. Le reste se compose de sentiments nobles et élevés , qui auraient dû être renvoyés à ces aiSections que notre auteur renferme sous le titre de facultés actives , et dont il nous reste maintenant à faire le rapide examen.

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