CONCLUSION
choses extérieures , pour en former une logique , une physique , une morale et une religion naturelle ; mais n'entreprenez pas de constituer une ontologie à part, dont l'objet ne soit ni l'homme , ni la nature , ni Dieu. Si un sceptique, sous prétexte de constater Tétat actuel des opinions philosophiques, essaye de les briser les unes contre les autres (1) ; si après avoir pulvérisé , sans peine, le matérialisme à l'aide des arguments de Bayle, il affirme que les travaux de la philosophie écossaise pour distinguer l'âme d'avec le corps , et la psychologie d'avec l'organologie, conduisent justement au matérialisme, s'il reproche à cette philosophie d'éviter ce qu'il appelle les grands problèmes philosophiques (2) ,* ne vous effrayez pas de son humeur chagrine , car il vous dira lui-même que tout ce que nous saurons jamais de l'être , c'est qu'il est; et que la tentative d'en savoir davantage est vaine et anti-philosophique (3) ^il vous dira que la philosophie ontologiste n'a jamais fait qu'obscurcir la notion de Dieu et qu'il faut en revenir au Dieu de l'humanité , être tout-puissant et tout bon , séparé de l'homme et du monde , c'est-à-dire au Dieu de l'humble philosophie écossaise (4). C'est avec le même esprit de conséquence qu'il vous grondera d'avoir abandonné l'enseignement de la logique d'Aristote , alléguant que l'assemblée constituante ne savait que cela et le latin (5), oubliant qu'elle s'inspirait surtout de Jean- Jacques , qui ne savait guère ni l'un ni l'autre , et qu'il souhaitera en terminant qu'on ne ressuscite pas la Scholastique ^ parce quon ne ressuscite rien (6).
(I) Voyez la préface déjà citée (4) /<&*«/., P- 106 et 107.
des fragments d'Hamilton. (S) Ibid.^ p. ;[3o.
(3) Ibid.,^. a8et3o. (6)/Wc?., p. i^i.
(3) Ibid,,i> 88 0189.
1l8 CONGLT]SION.
£d présence des constructions fantastiques de TAU lemagne , j'aime mieux les matériaux épars de l'Ecosse. Thomas Reid est l'ouvrier laborieux qui a péniblement extrait les blocs de la carrière , qui a taillé les mâts et les charpentes : vienne l'architecte , il en construira des villes et des flottes. L'Allemand est l'entrepreneur audacieux qui dans la hâte de bâtir se contente de terre et de paille.
Un empereur avait décrété l'érection d'un arc de triomphe pour célébrer les victoires de son armée. Les pierres n'étaient que rassemblées , lorsqu'il voulut recevoir avec pompe une épouse conquise par ses armes. L'intendant de la fête , avec de la toile et du bois , éleva la veille un édifice qui à cent pas faisait illusion. Le vent et la pluie le déchirèrent le lendemain. Les pierres destinées à l'autre monument étaient éparses sur le sol; elles y restèrent longtemps : le conquérant était parti; le goût des arcs. de triomphes était passé. Nous autres enfants, nous trouvions sur notre chemin cet amas de matériaux ^ ici groupés au hasard , là séparés sans raison ; nous gravissions et redescendions ces monticules de pierre , tandis que nos pères se plaignaient de cet embarras aux abords de la capitale. On parlait d'un ouvrier qui errait de bloc en bloc , le marteau sous le bras; on riait d'un architecte officiel dont les fonctions étaient de ne pas bâtir; cependant ces pierres ne s'usaient pas , elles bravaient le sarcasme des hommes et l'intempérie des saisons. Un jour on prit tout à coup la résolution de les asseoir les unes sur les autres , de les disposer en piliers et en arcades , et l'on dressa un édifice que le vent n emportera plus.