FACULTÉS ACTIVES
165. La puissance n'est ni un objet des sens ni un objet de la conscience. A la vérité, toute opération de l'esprit est l'exercice de quelque pouvoir; mais nous n'avons conscience que de l'opération (3).
166. Nous avons de très-bonne heure, en vertu de notre constitution, une conviction qu'il existe en nous quelque degré de puissance active. Cette croyance toutefois ne vient pas de la conscience : un homme frappé de paralysie, pendant la nuit, ignore qu'il ne peut plus mouvoir ses mains et ses bras, jusqu'à ce qu'il en fasse l'épreuve (4)-
167. Les mots de puissance , de faculté active , sont employés par opposition aux mots de puissance et de faculté intellectuelle. Comme toutes les langues distinguent entre l'action et la connaissance, la même distinction s'applique aux pouvoirs qui produisent lune et l'autre. Les facultés de voir, d'entendre , de se souvenir,
T. VI, p. 77. (4) T. V, p. 3x2-3.
de distinguer, déjuger, de raisonner, sont des facultés intellectuelles; la faculté d'exécuter un ouvrage de l'art est une faculté active (i).
1 68. Rien n'est en notre puissance de ce qui échappe à notre volonté ; la croissance du corps, la circulation du sang, etc., doivent avoir lieu par la puissance de quelque agent autre que nous , parce que tout cela n'est pas soumis à notre volonté. La puissance humaine ne peut donc être déployée que par la volonté , et nous sommes incapables de concevoir une puissance active exercée sans volonté (2).
1G9. Les effets de la puissance humaine sont directs ou indirects. On peut ramener les premiers aux deux suivants : donner certain mouvement à noire corps , imprimer certaines directions à nos pensées (3).
170. Nous n'apercevons aucune liaison nécessaire entre notre volition, Cexertion de notre force et le mouvement du corps qui la suit. La volition est un acte de l'esprit, mais exerce-t-elle une action physique sur les nerfs et les muscles, ou bien est-elle seulement l'occasion d'un efFet produit sur cet instrument pat quelque autre force , en vertu de lois établies par la nature? C'est un secret pour nous, tant la perception de notre propre pouvoir devient obscur, lorsque nous voulons remonter à sa source. Nous avons de bonnes raisons de croire que la matière tire de l'esprit son origine aussi bien que tous ses mouvements, mais comment est-elle mue par l'esprit ? Comment a-t-elle été créée par lui ? Nous sommes ;uissi ignorants sur l'un de ces points que sur Vautre. Entre la volonté de pro-
duire l'effet et la production, il peut y avoir des agents ou des instruments dont nous n'ayons pas connaissance (i).