INSTINCTS
181. La respiration , la succion , la déglutition, le cri, l'effroi de la solitude, surtout dans les ténèbres ; le tressaillement au moment de la chute , l'appréhension d'une figure sévère ou d'un ton de voix menaçant, et le plaisir à l'aspect d'un air de bonté et au son d'une voix douce et caressante sont des instincts (1).
182. La nature a départi à certains animaux divers instincts propres à leurs besoins : l'usage naturel de leurs armes de défense, la construction du nid et le choix du gîte ; le tissage des toiles et des cocons , la formation des magasins, la construction des ruches, des maisons et des écluses (2).
183. Instincts propres à l'homme, qui survivent à l'enfance : le mouvement qui suit la volonté , mais dont nous ignorons la cause prochaine, et qui, en conséquence , est attribué à l'instinct ; le mouvement des paupières; le mouvement pour recouvrer l'équilibre; l'acte de fermer les yeux, quand un objet les menace , exemple dans lequel l'instinct lutte contre la volonté (3); le mouvement instinctif et parallèle des yeux en variant un peu leur inclinaison pour faire tomber les deux axes visuels sur l'objet que nous regardons (4);ïe mouvement des muscles qui élèvent et qui abaissent les paupières, et qui modifient la conformation de l'œil pour l'accommodera l a distance variable des objets (5).
(i) T VI, p. a 10 (4) T. II, p. ao}-8 et 273-74.
(a) T. VI. p il. (5) T. II, p. ;(r.
(3) T VI, P i5-i8.
ZJ8 PRINCIPES MÉCANIQUES.
1 84. Le penchant à l'imitation est en partie , sinon tout à fait, instinctif. L'imitation parle ciseau , le pinceau, la prose, la poésie, la pantomime, est l'effet de notre volonté; elle n'est pas instinctive; mais nous imitons les personnes qui vivent avec nous, sans qu'il y ait de notre part ni désir, ni volonté d'imiter, et nous reproduisons leur ton, leur accent, leurs locutions, leur bégaiement et leurs gestes (i).
185. Ce ne sont pas les paroles de témoin qui déterminent les enfants à croire, c'est sa croyance; leur croyance se règle sur la sienne; s'il doute, ils doutent de même; s'il est assuré, ils partagent son assurance (2).
186. La croyance à la stabilité de la nature est aussi un instinct (3).
187. Nous avons un penchant naturel à dire la vérité. Ce principe agit sur les plus menteurs, car pour une fois qu'ils mentent, ils disent cent fois la vérité.... Sans cet instinct, aucune connexion n'aurait pu être établie entre tel mot et telle pensée (4).
188. L'habitude diffère de l'instinct, non dans sa nature, mais dans son origine : l'instinct est naturel , l'habitude est acquise ; tous les deux agissent , indépendamment de notre volonté , de notre intention , de notre pensée; l'habitude donne, non-seulement de la facilité, mais encore du penchant, de l'inclination à faire l'acte. On ne peut vaincre une habitude que par une habitude contraire (5).
i)T. VI, r. 19. j T. II. p. 346-347.
(a) T. VI, r. -JO-u3. 5 T M. p. »4-a5.
(3) T. VI, 1» n3-a4.
PRINCIPES Ij'aCTION, Z|9
189. L'imagination Ja plus heureuse a besoin tlu secours de l'habitude , et n'obéit promptement que sur les sujets où l'esprit s'est exercé. Effets de l'habitude : l'exécution musicale ; l'élocution oratoire ; l'habileté de l'improvisateur qui fait cent vers en se tenant sur un pied , du joueur d'échecs qui suit plusieurs pai lies à la fois sans regarder l'échiquier (i).
190. Les principes animaux sont ceux qui agissent sur notre volonté , mais qui ne supposent aucun exercice du jugement , ni de la raison ; ils comprennent les appétits , les désirs et les affections (2).
191 . Les appétits sont accompagnés d'une sensation désagréable qui leur est propre; ils sont périodiques, s'apaisent par la possession et renaissent après des intervalles déterminés. Tels sont : la faim , qui contient une sensation désagréable et un désir de nourriture; la soif, l'appétit du sexe, composés aussi d'une sensation et iVun désir (3).
192. La sensation désagréable est probablement tout ce que les enfants éprouvent quelques instants après leur naissance (4).
193. La nature a donné à chaque animal, non-seulement un appétit qui le porte vers les aliments, mais encore un goût et un odorat, au moyen desquels il distingue ce qui lui convient. La chenille, parmi des feuilles d'espèces différentes, choisit celles qui lui sont appropriées par la nature (5).