XI 11. DU RAISONNEMENT
Dugald Stewart a trop bien montré que le raisonnement est une opération complexe, dont les éléments se résolvent en jugements primitifs et en actes de mémoire (i), pour que j'insiste sur ce sujet. Quoique Reid ait admirablement décrit le mécanisme du raisonnement, nous n'eu avons pas moins à regretter qu'il ait cru devoir l'attribuer à une faculté spéciale de l'intelligence [i3n-i"35].
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C'est à l'un de ses prédécesseurs dans i'umveisile de Glascow, c'est à Hutclieson , que Thomas Reid doit la plupart des idées que renferme Mm Essai sur le goût intellectuel (2.). Voyons s'il eM. parvenu à (brimer une fat culte simple et spéciale avec des éléments dont au premier coup d'œil on croit au moins apercevoir la diversité.
Philosopha de l'esprit hu- (a) Recherches su Les idées di •nain T. 1 1 1 . p 38 et suiv. An U beauté et de vertu traduit d'Haï ., ,,) | on pat Bidons r?49
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Les objets du goût, dit-il avec Axldison et tVkenside, sont la nouveauté, la grandeur et la beauté [1 jo}. Il s'aperçoit presque; aussitôt que là nouveauté n'a de valeur dans les arts que si elle se joint à la grandeur et à la beauté, et il rapporte avec raison le goût de la nouveauté pour elle seule à ce principe de curiosité qu'il l'ait figurer dans la liste des désirs [i^i, 1 4^ î-
Si l'on rassemble tous les exemples dans lesquels fi reconnaît la grandeur ou la beauté, on s'aperçoit qu'ils comprennent des actes moraux ou des qualités de l'esprit, ou des objets matériels qui sont les signes de ces actes et de ces qualités.
« Après Dieu et ses ouvrages , ce que nous ad mi ton-. le plus ce sont les grands talents el les vertus héroïques [i5o].
» La beauté appartient aux qualités qui sont les objets propres de l'amour et des affections douces, éotrime à la pureté, à la douceur, a la complaisance , a ï humanité, a Y amour de la patrie, aux affections de famille; la grandeur appartient aux qualités qui excitent l'admiration , comme à la magnanimité , à Xempire sur soi-même , au courage [i5*"].
» De même qu'il y a une beauté originelle dans certaines qualités morales ou intellectuelles , de même il y aune beauté dérivée dans les 'signes naturels de ces qualités [î 36].
» Un grand ouvrage n'est autre chose que l'ouvrage d'un grand pouvoir, d'une grande sagesse et d'une grande bonté, travaillant dans une grande lin. Or le pouvoir, la sagesse et la bonté sont des attributs de l'esprit, et nous attribuons à l'ouvrage la grandeur qui n'appartient qu'a Tarlisle l'i.foj.
» Les esprits échappent .1 notre vue; ftous napeirce-
vons que les empreintes qu'ils déposent sur la face de la matière; c'est à travers ce milieu que se révèlent à nous l'activité , les qualités morales et intellectuelles des autres êtres [160]. »
La beauté et la grandeur sont donc les deux degrés des qualités morales et intellectuelles et des signes qui les représentent. Or, comment apprécions-nous d'abord les qualités morales? par la faculté que Reid appelle sens du devoir [249]. Après le jugement intellectuel , il se produit en nous une émotion affective, qui n'a plus rien de commun avec l'intelligence. Reid le dit luimême : « Les vertus en tant que vertus excitent l'approbation de la faculté morale ; en tant qu'elles excitent l'admiration et l'amour , elles affectent le sens du beau [ 1 58]. «S'il en est ainsi , le sens du beau n'est donc qu'une affection.
Quant aux qualités intellectuelles, « les attributs de l'esprit, dit l'auteur, sont l'objet naturel de l'estime; lorsqu'ils sont portés à un degré extraordinaire , ils deviennent i'obj et de Y admiration [i^]- » Pourquoi les attributs de l'esprit sont-ils l'objet naturel de l'estime? N'est-ce pas en vertu du sens moral , qui nous apprend que l'esprit est supérieur au corps? Et si nous éprouvons un plaisir particulier à voir un vaste déploiement des facultés intellectuelles, y a-t-il là autre chose qu'un plaisir spécial appartenant à l'ordre le plus élève de nos affections , à ce désir de savoir si bien constate1 par Thomas Reid [208 j?
Enfin ,pour découvrir la grandeur et la beauté qui se manifestent dans les objets matériels, il faut, dit I au leur, en pénétrer le sens , les interpréter, comme des
ignés et des symboles | 1 j<s, 1 |<J> l5l, 160, l6l<, l6a if)/(]. Or, n'a-t-il pas décrit ailleurs cette faculté tl'in-
DU GOliT INTELLECTUEL. 1 o5
terprétation qui nous fait lire la pensée et le sentiment dans les formes , les sons et les couleurs de la nature inanimée , comme dans les traits du visage et l'accent de la voix humaine (i)? Que faut-il donc de plus pour compléter ici le sens du beau , si ce n'est une émotion spéciale excitée par les découvertes de la faculté interprétative ?
La faculté morale et la faculté naturelle d'interprétation , voilà les seules facultés intellectuelles qui entrent dans la composition de ce que Reid appelle le goût intellectuel. Le reste se compose de sentiments nobles et élevés, qui auraient dû être renvoyés à ces affections que notre auteur renferme sous le titre de facultés actives , et dont il nous reste maintenant à faire le rapide examen.