‹ Critique de la philosophy de Thomas ReidChapitre 58 sur 60 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En présence des constructions fantastiques de l'Allemagne , j'aime mieux les matériaux épars de l'Ecosse. Thomas Reid est l'ouvrier laborieux qui a péniblement extrait les blocs de la carrière, qui a taillé les mâts et les charpentes : vienne l'architecte , il en construira des villes et des flottes. L'Allemand est l'entrepreneur audacieux qui dans la hâte de bâtir se contente de terre et de paille.

Un empereur avait décrété l'érection d'un arc de triomphe pour célébrer les victoires de son armée. Les pierres n'étaient que rassemblées , lorsqu'il voulut recevoir avec pompe une épouse conquise par ses armes. L'intendant de la tête, avec de la toile et du bois, éleva la veille un édifice qui à cent pas faisait illusion. Le vent et la pluie le déchirèrent le lendemain. Les pierres destinées à l'autre monument étaient éparses sur le sol; elles y restèrent longtemps : le conquérant était parti; le goût des arcs de triomphes était passé. Nous autres enfants, nous trouvions sur notre chemin cet amas de matériaux , ici groupés au hasard , là séparés sans raison ; nous gravissions et redescendions ces monticules de pierre , tandis que nos pères se plaignaient de cet embarras aux abords de la capitale. On parlait d'un ouvrier qui errait de bloc en bloc , le marteau sous le bras; on riait d'un architecte ofliciel dont les fonctions étaient de ne pas bâtir; cependant ces pierres ne s'usaient pas, elles bravaient le sarcasme des hommes et l'intempérie des saisons. Un jour on prit tout à coup la résolution de les asseoir les unes sur les autres, de les disposer en piliers et en arcades, et l'on dressa un édifice que Le vent n'emportera plus

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