‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 13 sur 67 · LA PHILOSOPHIE DE KANT EN FRANCE DE 1778 A 1814 IX · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DE KANT EN FRANCE DE 1778 A 1814 IX

de cet empire divin ; 4° le culte que Dieu recevrait dans celte société ne pourrait être qu'un culte moral. En dernière analyse, lorsqu'on remonte, par le secours de la raison pure et abstraite jusqu'à la première source du mal, on découvre qu'il provient d'une détermination du libre arbitre de s'écarter de la loi morale et, qu'en bien comme en mal, le libre arbitre n'a pas d'autre motif de ses actions que sa détermination, tranche, indépendante, absolue; par conséquent le mal ne peut être expliqué que comme une adoption du libre arbitre qui s'est laissé séduire et qui a fait tomber l'homme d'un état pur et sain dans l'état misérable du péché : voilà donc l'origine du mal moral reconnue, et tel est le squelette de la vérité que tous les peuples, dans leurs traditions antiques, ont habillé diversement, que la majestueuse Ecriture elle-même a cru devoir envelopper de quelques allégories. L'unique occupation de notre vie, conformément au seul besoin réel de notre existence morale, doit être de l'anéantir en nous pour réhabiliter le bien sur ses ruines. Par conséquent les trois grands devoirs de l'homme, de se rendre heureux lui-même, de contribuer à la félicité de ses semblables, d'amener sur la terre le règne, le triomphe et la gloire du souverain bien par essence, ne pouvant être remplis qu'en s'efiforçant de réaliser l'idéal de la perfection morale, il est d'obligation stricte pour chaque individu de travailler à la fondation et à la propagation de la société éthique ou de l'église dans laquelle seulement cet idéal serait produit en réalité. Le scrutateur des cœurs sera seul le législateur et le chef de la société éthique, racine de l'église universelle; le culte qu'on lui rendra sera purement moral, les cérémonies ne seront que des stimulants pour la moralité, n'acquerront du prix et de l'influence que par elle. C'est là une des plus belles idées religieuses et morales que notre siècle ait vu éclore et c'est dans l'Evangile bien conçu, dans ce foyer de toute lumière et de toute sagesse, que l'auteur l'a puisée ; non seulement elle forme la base de la morale en général et de la conduite de tout homme en particulier, mais elle est encore le modèle des sociétés politiques et de l'institution religieuse; elle unit la religion, la morale et la poli-

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