‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 64 sur 67 · Deuxième partie. — Logiqde transcendantale · texte numérisé non relu

Deuxième partie. — Logiqde transcendantale

Première division. Analytique transcendantale. — (Analytique des concepts : du fil conducteur servant à découvrir tous les concepts purs de l'entendement, de la déduction des concepts purs de l'entendement; Analytique des principes : du schématisme des concepts purs de l'entendement, système de tous les principes de l'entendement pur, du principe de la distinction de tous les objets en général en phénomènes et noumènes.)

Deuxième division. Dialectique transcendantale. — (Des concepts, de la raison pure : des idées en général, des idées trans-

CRITIQUK DE LA RAISON PRATIQUC

Doctrine élémentaire de la raison pratique.

Livre premier. Analytique de la raison pure pratique. — (Des principes de la raison pure pratique, de la déduction des principes de la raison pure pratique, du droit qu'a la raison pure dans son usage pratique à une extension qui lui est absolument impossible dans son usage spéculatif, du concept d'un objet de la raison pure pratique, des mobiles de la raison pure pratique, examen critique de l'analytique.)

Livre second. Dialectique de la raison pure pratique. — (D'une dialectique de la raison pure pratique en général, de la dia-

cendantales, système des idées transcendantales ; Des raisonnements dialectiques de la raison :

des paralogismes de la raison pure, antinomie de la raison pure, idéal de la raison pure.)

Méthodologie transcendantale.

(Discipline de la raison pure, Canon de la raison pure, Architectonique de la raison pure, Histoire de la raison pure.)

lectique de la raison pure dans la détermination du concept du souverain bien.)

Méthodologie de la raison pure pratique.

Le véritable problème de la raison pure est renfermé dans cette question : Comment des jugements synthétiques à priori sont-ils possibles ? De la solution de ce problème ou de l'impossibilité démontrée de le résoudre dépend le salut ou la ruine de la métaphysique. Elle suppose une réponse à ces deux questions :

Comment les mathématiques pures sont-elles possibles ?

Comment la physique pure est-elle possible ?

Et le problème peut se formuler ainsi : Comment la métaphysique est-elle possible à titre de science ? Or, la raison pure contient les principes au moyen desquels nous connaissons quelque chose absolument à priori (note 1). Un organum de la raison pure serait un ensemble de tous les principes d'après lesquels toutes les connaissances pures à priori peuvent être acquises et réellement constituées; une propédeutique du système de la raison pure, qu'on obtiendrait par l'application détaillée de cet organum, forme la science qui, sous le nom de critique de la raison pure, examine cette faculté, ses sources et ses limites et n'a qu'une utilité négative au point de vue de la spéculation, n'étend pas notre raison, mais l'éclairé et la préserve de toute erreur, ce qui est déjà beaucoup. (Barni, I, 63, sqq.)

Kant explique en outre qu'il s'agit pour lui de déblayer et d'affermir le sol qui doit porter le majestueux édifice de la morale (B, î, 376). Le dogmatisme, à propos des idées cosmologiques, lui paraît présenter un intérêt pratique et un intérêt spéculatif, avoir l'avantage de la popularité ; l'empirisme, qui nie avec assurance ce qui est au-dessus de la sphère de ses connaissances intuitives, porte à l'intérêt pratique de la raison un irréparable dommage (B, II, 78). Il ne peut rien y avoir d'incertain dans les principes généraux de la morale pure, puisque les propositions, sous peine

d'être tout à fait nulles et vides de sens, doivent découler de nos concepts rationnels (90). Des impératifs que nous donnons pour règles, dans l'ordre pratique, aux facultés actives, il résulte clairement que la raison est douée de causalité ou que du moins nous nous représentons en elle une causalité ; le devoir exprime une espèce de nécessité et de lien avec des principes qui ne se présentent point ailleurs dans toute la nature (146). La seule chose qui lui importe, dit-il déjà, c'est de montrer que l'antinomie entre la liberté, considérée comme idée transcendantale, et les lois quelle prescrit elle-même à l'usage empirique de l'entendement, repose sur une simple apparence et que la nature n'est pas du moins en contradiction avec la causalité libre (156). La connaissance théorique lui apparaît comme une connaissance par laquelle il connaît ce qui est, la connaissance pratique, comme celle par laquelle il se représente ce qui doit être ; l'usage théorique de la raison est celui par lequel il conndt à priori (comme nécessaire) que quelque chose est ; l'usage pratique, celui qui fait connaître à priori ce qui doit être; les lois pratiques absolument nécessaires, c'est-à-dire les lois moreiles exigeant, si elles supposent nécessairement quelque existence comme condition de la possibilité de leur force obligatoire, que cette existence soit postulée, il se réserve de montrer plus tard que les lois morales ne supposent pas seulement l'existence d'un être suprême, mais que, comme elles sont absolument nécessaires sous un autre rapport, elles la postulent à juste titre, mais seulement à la vérité au point de vue pratique (231). Kant remarque plus loin que l'être suprême demeure pour l'usage purement spéculatif de la raison, un simple idéal, mais un idi'-nl n\-oini)t dn défeuts. ouela réalité de cf' concept

arguments la liberté de la volonté humaine, l'espérance d'une vie future et l'existence de Dieu, il est curieux de lire son livre et il attend de son talent qu'il étende ses idées, mais il est parfaitement certain d'avance qu'il n'aura rien détruit de tout cela (321). Toujours il aperçoit devant lui le champ pratique où il peut espérer avec raison de trouver un terrain plus solide pour y élever un système rationnel et salutaire (324). C'est qu'en effet, par rapport à l'usage pratique, la raison a le droit d'admettre quelque chose qu'elle ne saurait en aucune façon supposer sans des preuves suffisantes dans le champ de la pure spéculation (341). La plus grande et peut-être la seule utilité de toute philosophie de la raison pure est donc purement négative, elle a le modeste mérite de prévenir l'erreur (357). La liberté pratique peut être démontrée par expérience, puisque nous avons le moyen de vaincre, grâce à des représentations, les impressions produites sur notre faculté de désirer, par conséquent la raison donne des lois qui sont impératives, c'est-à-dire des lois objectives de la liberté qui peuvent être appelées pratiques, parce que, en opposition avec les lois naturelles qui ne traitent que de ce qui arrive, elles expriment ce qui doit arriver (363) . Kant affirme non seulement en invoquant les preuves des plus célèbres moralistes, mais encore le jugement moral de tout homme qui veut concevoir clairement une telle loi (voyez notes 4 et 14), qu'il y a des lois morales pures qui déterminent tout à fait à priori l'usage de la liberté d'un être raisonnable en général et qui, commandant absolument, sont nécessaires à tous égards (367). Il appelle monde moral le monde qui serait conforme à toutes les lois morales, accorde à cette idée de la réalité objective et admet que le système de la moralité est inséparablement lié à celui du bonheur, tout en soutenant que la raison ne peut espérer de trouver ce lien nécessaire qu'en posant en principe, comme cause de la nature, une raison suprême qui commande suivant des lois morales, que Dieu et une vie future sont, suivant les principes de la raison, deux suppositions inséparables de l'obligation que cette même raison nous impose (371). La raison pure, dans son usage pratique, lie à notre intérêt suprême une connaissance que la simple spéculation ne peut qu'imaginer, non faire valoir, et parvient à ce point sublime^ c'est-à-dire au concept d'un être premier et unique, comme souverain bien (377), sans pouvoir toutefois partir de ce concept pour en dériver les lois morales elles-mêmes. Aussi, malgré la ruine de toutes les ambitieuses prétentions d'une raison qui s'égare au delà des limites de toute expérience, il nous reste

encore assez, selon Kant, pour avoir lieu d'être satisfaits au point de vue pratique : sans pouvoir me vanter de savoir qu'il y a un Dieu et une vie future, je suis moralement certain qu'il y a un Dieu, qu'il y a une autre vie, et ma foi en un Dieu et en une autre vie est tellement unie à mon sentiment moral que je ne cours pas plus risque de perdre cette foi que je ne crains de me voir jamais dépouillé de ce sentiment (387).

Si nous puisons quelques indications dans la seconde édition de la Critique de la Raison pure qui parut en 1787, après les fondements de la Métaphysique des Mœurs (voyez n. 4), nous saisirons d'une manière plus précise encore le lien qui, dans la pensée de Kant, rattache entre elles les deux Critiques. L'épigraphe empruntée à Bacon et ajoutée à cette édition est caractéristique : De nobis ipsis silemus: de re aulemquœ agilur petimus ut homines eam )ion opinionem^scdopusesse cogitent, ac pro certo habeant non sectœ nos alicujus^ aut placiti, sed utilitatis et amplititdinis humanœ fundamcnta moliri. Deinde ut suis commodis œqui in commune consulent et ipsi in parlem veniant. Prœlerea ut bene sperent, neque instaurationem nos- Iram ut quiddam infînitum et ultra morlale (îngant et animo concipiant, quum rêvera sit infîniti erroris finis et terminus legitimus. La préface qui y est ajoutée n'est pas moins importante : Kant soutient que l'utilité, négative à première vue, de son œuvre, est en réalité positive, parce qu'elle supprime du même coup l'obstacle qui restreint l'usage pratique ou menace même de l'anéantir. La raison pure a un usage pratique absolument nécessaire, un usage moral où elle s'étend inévitablement au delà des bornes de la sensibiUté et où, sans avoir besoin pour cela du secours de la raison spéculative, la raison pratique veut pourtant être rassurée contre toute opposition de sa part (B, 1, 30). Il suffit, au point de vue de la morale, que la liberté ne soit point contradictoire et que, par conséquent, elle puisse être conçue ; il faut, pour admettre Dieu, la liberté, l'immortalité, selon le besoin qu'en a la raison dans son usage pratique ordinaire, repousser on même temps les prétentions de la raison spéculative à des vues transcendantes (34), il faut supprimer le savoir pour y substituer la croyance. Ainsi on aura l'inappréciable avantage d'en finir une bonne fois avec toutes les objections dirigées contre la moralité et la religion, en démontrant clairement l'ignorance de leurs adversaires (35) ; ainsi seulement on pourra couper les racines du matérialisme, du fatalisme, de l'athéisme, de l'incrédulité des esprits forts, du fanatisme et de la superstition, de l'idéalisme et du scepticisme (38). La métaphysique, dit ailleurs Kant, a pour objet KANT, Crit. de la rais. prat. 20

306 NOTES PHILOSOPHIQTTES

propre de ses recherches Dieu, la liberté et l'immortalité, trois concepts liés de telle façon que le premier uni au second doit conduire au troisième comme à une conséquence nécessaire (voyez note 2) ; si l'on pouvait pénétrer ces trois objets, la théologie, la morale et, par l'union des deux premières, la religion, c'est-à-dirft les fins les plus élevées de notre existence, ne dépendraient que de la raison spéculative et de rien autre chose (31)2). Mais si la philosophie spéculative ne peut étendre la connaissance en dehors des limites de l'expérience possible, le droit et même la nécessité d'admettre une vie future ne se trouvent nullement compromis (II, 23), car la raison, comme faculté pratique, se trouve fondée par la loi morale à étendre le premier et avec lui notre propre existence au delà des limites de l'expérience et de la vie (24).

Ajoutons que dans l'écrit sur les Songes d'un visionnaire de 1766, la loi morale paraît déjà suffisante à Kant, pour établir indépendamment de toute démonstration théorique, la liberté, Dieu, l'immortalité.

Note 4, p. 10, 1. 14, Ce système suppose à la vérité les Fondements de LA métaphysique DES MOEURS (p. 11, 1. 20 ; p. 29, 1. 9 sqq ; p. 43, les deux dernières lignes; p. 50, 1. 7, sqq; p. 52, 1. 14, sqq; p. 55, 1. 4; p. 60, 1.^26 ; p. 62, 1. 4 ; p. 65, 1. 16; p. 67, tableau; p. 122, 1. 11, sqq ; p. 172, sqq ; p. 190, sqq). — Kant publia cet ouvrage en 1785. Il y distingue une philosophie formelle ou logique et une philosophie matérielle, qui constitue la physique ou doctrine de la nature, quand elle s'occupe des lois de la nature et la dortrine des mœurs ou éthique, quand elle s'occupe des lois delà liberté. Dans les deux dernières, il y a une partie empirique qui s'appuie sur des principes de l'expérience et une partie pure qui tire ses doctrines de principes à priori : à côté de la physique il y a une métaphysique de la nature, à côté d'une partie empirique qu'on pourrait appeler anthropologie pratique, l'éthique off're une métaphysique des mœurs pour laquelle on pourrait réserver le nom de morale. Or, tout le monde convient qu'une loi, pour avoir une valeur morale, doit être marquée d'un caractère de nécessité absolue, s'adresser non seulement aux hommes, mais encore à tous les êtres raisonnables : le principe de l'obligation ne doit donc être cherché ni dans la nature de l'homme, ni dans les circonstances extérieures où il se trouve placé, mais seulement à priori dans des concepts de la raison pure. La philosophie morale, appliquée à l'homme, n'emprunte pas la moindre chose à la connaissance de l'homme, mais elle lui donne des lois à priori comme à un être

raisonnable. La métaphysique des mœurs peut seule montrer la loi morale dans toute sa pureté et constitue le fondement sans lequel il ne peut y avoir de philosophie morale. Ayant dessein de donner plus tard une Métaphysique des mœurs, Kant en fait d'abord paraître les fondements sous une forme populaire et appropriée au sens commun, afin de préparer le lecteur aux choses subtiles et aux difficultés inévitables dans une critique de la raison pure pratique, qui est la véritable base de la métaphysique des mœurs, comme la critique de la raison pure spéculative est le fondement de la métaphysique de la nature, mais qui doit, pour être complète, montrer l'union de la raison pratique avec la raison spéculative en un principe commun. Il y poursuit la recherche et l'établissement du principe suprême de la moralité dans trois sections : la première traitant du passage de la connaissance morale de la raison commune à la connaissance philosophique ; la seconde, du passage de la philosophie morale populaire à la métaphysique des mœurs ; la troisième, du dernier pas qui conduit de la métaphysique des mœurs à la critique de la raison pure pratique. Dans la première, regardant la bonne volonté comme le bien suprême et la condition à laquelle doit être subordonné tout autre bien et s'occupant de développer le concept d'une volonté bonne en soi, naturellement contenu dans toute saine intelligence, s'en tenant au sens commun dans les choses morales, mais recourant à la philosophie pour mettre la dernière main au système de la moralité et aussi pour donner aux préceptes de la sagesse plus d'autorité et de consistance, il prend le concept du devoir, qui contient celui d'une bonne volonté, et établit d'abord qu'une action, pour avoir une valeur morale, ne doit pas être seulement conforme au devoir, mais avoir été faite par devoir et non par inclination ou par intérêt , puisqu'une action faite par devoir ne tire pas sa valeur morale du but qu'elle doit atteindre, mais du principe d'après lequel la volonté s'y résout, que le devoir est la nécessité de faire une action par respect pour la loi, et enfin qu'il n'y a que la conformité universelle à la loi de toutes les actions, qui peut servir de principe à la volonté, c'est-à-dire qu'on doit toujours agir de telle sorte qu'on puisse vouloir que sa maxime devienne une loi universelle. Dans la seconde section, Kant montre que ce concept du devoir, tiré du commun usage de notre raison pratique, n'est pas un concept empirique, qu'en fait, il est impossible de prouver par l'expérience, avec une entière certitude, qu'il y a jamais eu un seul cas où une action conforme au devoir ait été faite exclusivement par devoir, qu'en outre, la loi morale devant

valoir pour tous les êtres en général, et étant absolument nécessaire, aucune expérience ne peut nous conduire à en inférer même la possibilité. Les concepts moraux sont donc tous à priori et ont leur source et leur siège dans la raison, dans la raison lapins vulgaire aussi bien que dans la raison la plus exercée par la spéculation : la morale doit être traitée comme une philosophie pure et permettra seule d'établir une théorie spéculative, exacte et complète de la morale du devoir, de produire des intentions morales vraiment pures, de préparer les cœurs à l'accomplissement du plus grand bien possible dans le monde. Puis, décrivant la puissance pratique de la raison, Kant expose ce qpi'il entend par la contrainte (Nôthigung], le commandement ou le principe objectif qui contraint la volonté [Gebot], la formule de l'ordre ou l'impératif qui ne peut exister pour la volonté divine ou pour une volonté sainte, l'impératif hypothétique, problématiquement ou assertoriquement pratique, selon que le but pour lequel l'action est bonne est possible ou réel, l'impératif catégorique, qui est un principe pratique apodictique et présente l'action comme objectivement nécessaire par elle-même et indépendamment de tout autre but ; il se demande comment sont possibles ces trois espèces d'impératifs, qu'il appelle encore des règles de l'habileté, des conseils de la prudence, des commandements ou des lois de la moralité, et insiste sur le dernier dont il reprend la formule établie dans la première section, pour la transformer successivement, grâce à des exemples, dans les formules suivantes : /. Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en une loi universelle de la nature; II. Agis de telle sorte que tu traites toujours Inhumanité, soit dans ta personne, soit dans la personne d'autrui, comme une fin et jamais comme un moyen ; III. Agis d''après des maximes qui puissent se considérer elles-mêmes comme des lois universelles de la nature. Ainsi il aboutit à poser l'autonomie de la volonté comme le principe unique de la morale et à condamner toutes les doctrines qui sont fondées sur le bonheur personnel ou le sentiment moral, sur la perfection ou la volonté de Dieu et qui partent toutes du concept de l'hétéronomie de la volonté. Enfin, après avoir ainsi montré par l'analyse du concept universellement reçu de la moralité, qu'une autonomie de la volonté en est le fondement, il prépare, dans la dernière section, une critique de la raison pure pratique, dont il a besoin pour savoir si la moralité est une chimère, question qui suppose un usage synthétique possible de la raison pure pratique. Le concept de la liberté est la clef qui fournit l'explication de la volonté, et la liberté doit être supposée comme propriété de la volonté do tout

être raisonnable, puisque la raison pratique ou volonté d'un tel être ne peut recevoir une direction du dehors sans cesser de déterminer elle-même ses jugements. Or il semble impossible de sortir de l'espèce de cercle que l'on fait, en se supposant libre dans l'ordre des causes efficientes, afin de pouvoir se regarder comme soumis dans l'ordre des fins à des lois morales, puis en se • considérant ensuite comme soumis à ces lois parce qu'on s'est attribué la liberté de la volonté. Mais si un être raisonnable appartient par ses facultés inférieures au monde sensible et est par là soumis aux lois de la nature, il est en tant qu'intelligence soumis à des lois indépendantes de la nature; par conséquent en nous concevant libres, nous nous transportons dans le monde intelligible, en nous concevant comme soumis au devoir, nous nous considérons comme appartenant à la fois au monde sensible et au monde intelligible. Membre par l'idée de la liberté, d'un monde intelligible dans lequel mes actions seraient toujours conformes à l'autonomie de la volonté, mais en même temps membre du monde sensible, je dis seulement qu'elles doiventêtre conformes à ce principe : c'est pour cela même que les impératifs catégoriques sont possibles. J'indique ainsi la seule supposition qui les rend possibles, et cela suffit pour l'usage pratique de la raison, mais il est audessus de toute raison humeiine de savoir comment cette supposition est elle-même possible. D'ailleurs comment pourrait-on la blâmer de ne vouloir et de ne pouvoir expliquer la nécessité du principe suprême de la moralité au moyen d'ane condition, c'està-dire de quelque intérêt, puisqu'elle ôterait par là à ce principe son caractère de loi morale, c'est-à-dire de loi suprême de la liberté?

Le critique auquel répond Kant dans la page suivante, est probablement Garve (1742-1798) qui avait traduit et commenté le de Officiis, et qui, à l'occasion de sa traduction de la Morale d'Aristote, avait livré à un examen pénétrant et dont il faut tenir compte, la philosophie morale de Kant. Son ouvrage intitulé Uebersicht d. vornehmst. Principien d. Sittenl. etc., mérite encore, dit M. Paul Janet, d'être lu aujourd'hui.

Note 5, p. 14, l- 9, le reproche de vouloir introduire une langue nouvelle. — En 1770, Mendelssohn reconnaissait à Kant un talent d'écrivain populaire; Schiller, qui aimait les doctrines de Kant, parle de son style de Chancellerie philosophique; le conseiller Wlômer, l'ami de Kant, ne le lisait pas, disait-il, parce que ne pouvant suivre de l'œil les conditionnelles et les parenthèses, et

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plaçant un doigt sur unmot, un doigt sur un autre, etc., les doigts lui manquaient avant d'arriver à la fin de la phrase, Colien au contraire, trouve que ni Platon ni Schiller n'ont écrit aussi bien que Kant, qui a un style michelangéliqiiel Sans aller aussi loin que Cohen, on pourrait citer, surtout dans la Raison pratique, un certain nombre de pages où la beauté de la forme est égale à l'élévation de la pensée ; on en trouverait beaucoup d'autres aussi qui justifieraient la boutade de Wlômer. — (Avant-propos, p. XXV.)

Note 6, p. 16, 1. 8, qu'il ne peut y avoir aucune connaissance à priori. — Voyez sur ce point les travaux de Stuart Mill, le plus pénétrant adversaire des propositions à priori, et de Spencer, qui a donné, en une certaine mesure, raison à Kant, tout en présentant sa doctrine sous une forme tout à fait différente. — Sur cette affirmation de Kant, voyez Fouillée, Critique des systèmes de morale contemporaine et Renouvier et Pillon, loc. cit. n, 2 et 3.

Note 7, p. 18, 1. 13; p. 86, sqq.; p. 97, etc. Hume, — Pour l'influence exercée par Hume sur Kant, au point de vue spéculalii comme au point de vue pratique, on peut consulter Renouvier, Zeller, Paulsen, Lange, (op. cit.); Benno Erdmann, op. cit. et Kant und Hume um 1762. {Archiv {. Gesch. d. Philosophie hgg. von Ludwig Slein, 1888 Bd. I h. 1, 2); Baumann, Zv\rei Beitrâge zum Verstândniss Kant's, Ph. Monatshefte 1882, p. 257-286. Dans ce dernier travail (Rev. ph. XVI, 545), l'auteur étudie les transformations de la doctrine morale de Kant, pour les idées du bien suprême, de l'immortalité et de Dieu, où perce un reste de la métaphysique de Leibnitz et de Wolf ; puis, pour la notion de fin et de but final, signale enfin l'influence de Shaftesbury, Hutcheson et Hume, l'influence plus considérable encore de Rousseau (note 16). — Voyez encore deux articles de Stirling dans Mind (XXXVI et XXXVII), Katit has not answered Hume.

Note 8, p. 19, note, lig. 3, N... est idéaliste. — Il semble bien qu'il s'agisse de Kant lui-même. — On sait à quelles discussions a donné lieu la question de savoir si Kant est ou non idéaliste : on peut consulter tous les auteurs déjà cités et Fraser, Berkeley Works, Janilsch, Kant's Urtheile ùber Berkeley, — Il serait peut-être bon de remarquer à ce sujet que la solution de cette question comme de celle qu'on appelle le scepticisme de Hume, dépend de la définition que l'on donne du scepticisme et de l'idéa- Jsme.

Note 9, p. 19, 1. 16; p. 88, sqq.; p. 424, sqq.; l'empirisme uni-

verset se révèle comme le véritable scepticisme, etc. — On peut voir lombien il convient d'être circonspect, en attribuant aux philosophes des conséquences non acceptées par eux, de leurs doctrines, BiTon veut rester fidèle à la vérité, puisque Kant, qui d'ailleu'.s use lui-même de ce procédé à l'égard de ses adversaires, a été accusé d'idéalisme, de scepticisme, de matérialisme, d'empirisme, et même d'athéisme, après avoir uniquement cherché à réfuter ces divers systèmes 1

Note 10, p. 38, 1. 6, Coalitionssystem, p. 206; Coalitionsversuche. — On comprendra mieux le sens de ces expressions si l'on étudie dans Bartholmèss l'histoire philosophique de l'Académie de Berlin ; les différents représentants de la philosophie à cette Académie essaient de concilier Leibnitz et Locke, les Écossais, Hume et Condillac, etc. — Maimon a essayé, dans son système composite {Coalitionss'jstemJ de réunir les doctrines de Kant, de Spinoza, de Hume et de Leihmtz{Versuchilber d.trancendental Philosophie, 4790.)

Notes 11 et 12, maximes, bien et devoir, sentiment, p. 10, note de K. et 43; 65, 1. 16; 67, Hutcheson; 99 1 14; 110, 1. 16; 112, 1. 17; 125 et 126; 134, 135 et 136, 142, 143, 148, 1. 13 et 14; 159, 1. 7, sqq. ; 151, 153 et 154; 220, 1. 22 ; 224, 1. 8; 273, etc. — H faut réunir, pour l'intelligence de la morale de Kant, ce qu'il dit des maximes qui, pour être des lois pratiques universelles, doivent être représentées comme des principes qui déterminent la volonté non par la matière, mais simplement par la forme (43), du concept du bien qui ne doit pas servir de fondement à la loi morale, mais est déterminé après elle et par elle (110), ce qu'il dit enfin un peu partout contre l'intervention du sentiment en morale, et ce qui a provoqué la célèbre épigramme de Schiller : J'ai du plaisir à faire du bien à mon voisin, cela m'inquiète, je sens que je ne suis pas tout à fait vertueux. — Les objections n'ont pas manqué sur chacun de ces points, non plus que sur le système auquel ils se rattachent et qu'on a pris l'habitude d'appeler un formalisme moral. Hegel, Schopenhauer et Kirchmann ont soutenu que si ce qui est moral tire son origine de la simple forme ou de l'universalité du commandement, Kant ne devait pas se demander quelle forme est ou n'est pas (44) capable de s'adapter à une législation universelle, car, dans la forme, il n'y a aucune distinction, et lorsque Kant veut distinguer les maximes d'après leur forme, il est obligé de revenir au contenu du commandement et par conséquent de se contredire. M. Paul Janet (la Morale], M. Fouillée (Critique des systèmes de morale contemporaine) et surtout M. Beaus-

sire [Les principes de lamorale^ l. III ch. I et 2) ont développa en y insistant, des objections analogues. Le premier a soutenu que le bien est antérieur au devoir et il a été combattu par M. Pillon (Cr. ph. 1876, I); le second a produit des textes d'après lesquels il a cru pouvoir affirmer que MM. Renouvier et Pillon avaient eux-mêmes dirigé contre le kantisme des critiques analogues à celles de M. Janet. Enfin M. Beaussire, tout en acceptant la théorie de Kant qui fonde l'obligation sur Tantonomie de la volonté, a vu dans l'idée d'utilité la seule qui puisse donner à la morale un objet précis, sans l'emprunter à la morale elle-même. — D'un autre côté, M. Paul Janet a vivement combattu l'un des paradoxen les plus étranges, Vun des scandales de la morale kantienne, Vespèce de défaveur qu'elle jette sur les bons sentiments, sur les inclinations naturelles qui nous conduisent au bien spontanément et sans effort (p. 4i6).

Essayons d'expliquer ces trois théories de Kant qui, en réalité, n'en font guère qu'une et d'en préciser le sens exact. Si nous consultons les nombreux renseignements qui nous ont été transmis sur la vie de Kant, nous voyons que l'ordre était le principe de sa conduite, qu'il raisonnait jusqu'aux moindres actions de sa journée, se faisait sur tout des maximes et s'y conformait si invariablement qu'elles semblaient faire partie de sa nature même. Éveillé cinq minutes avant cinq heures du matin, il était assis à sa table à cinq heures, prenait seul une ou deux tasses de thé que la présence d'un ami l'aurait empêché de prendre avec son calme ordinaire, fumait une pipe, repassait, même quand il cessa d») i)rofesser, parce que c'avait été toujours son habitude, ce qu'il avait fait la veille, donnait ses leçons, puis de retour chez lui travaillait jusqu'à midi trois quarts, se levait de son bureau, prenait un verre de vin de Hongrie, du Rhin, ou de bischoff, s'habillait et à une heure se mettait à table. L'après-midi, il faisait ces promenades célèbres dans lesquelles on le vit à peine deux fois en quarante ans dépasser la limite où il s'arrêtait d'ordinaire, pour avoir plutôt un ouvrage de Rousseau ou des nouvelles de la Révolution française ; il les faisait seul, parce qu'il respirait d'après des règles qu'il s'était faites comme il s'en était fait s\ir la manière d'attacher ses bas. Rentré chez lui, il lisait les journaux, puis s'installait à six heures pour le travail du soir dans son cabinet, où il entretenait constamment une température de 15", s'asseyait en hiver ou en été auprès du poêle de manière à voir les tours du vieux château, et il ne pouvait continuer ses méditations quand les arbres, par suite de leur croissance, lui en cachaient la vue-

Puis, vers dix heures, un quart d'heure après qu'il avait cessé de penser, il se couchait dans une chambre sans feu, dont les fenêtres étaient fermées toute l'année, se déshabillait avec méthode el secourrait dans son lit avec une habileté toute particulière. Il est évident qu'un homme qui poussait ainsi jusqu'à la minutie l'amour de la règle devait être disposé à donner une grande place dans sa morale aux formules et aux préceptes, à y mettre la forme audessus de la matière. Ajoutez à cette influence des habitudes qui devinrent de plus en plus tyranniques ou même employez pour l'expliquer les tendances piélistes de Kant (voyez note 17), qui le portaient à sacrifier non seulement le dogme aux œuvres, la lettre à l'esprit, mais aussi les actions elles-mêmes aux intentions ; joignez-y encore l'étude des mathématiques, par laquelle il a appris ce que signifie une formule qui détermine d'une manière tout à fciit exacte et sans laisser de place à l'erreur, ce qu'il y a à faire pour résoudre un problème, par laquelle il a été amené à donner, comme Spinoza, une forme géométrique à une partie de son livre ; vous comprendrez que Kant n'ait cru ni insignifiant ni inutile, sans établir aucun principe nouveau, de donner une jormule nouvelle de la moralité (p. 10, note de Kant), et qu'il se soit déterminé à faire passer le devoir, la règle, la loi avant le concept du bien.

D'un autre côté, on a remarqué, en comparant d'une manière plus ou moins exacte Kant à Pascal, que s'il faisait une pension à sa sœur, il refusait de la voir, qu'il n'aimait pas en général à voir autour de lui les parents auxquels il venait en aide de bon cœur, parce qu'il ne pouvait y avoir entre eux et lui aucun commerce satisfaisant ; un de ses biographes a dit qu'il ne savait pas s'il avait jamais embrassé un de ses amis. Rappelons-nous encore que le protestantisme fait une grande place, surtout en Allemagne, au péché originel (cf p. VIII), que le piétisme demandait la régénération spirituelle à la lutte incessante de la conscience contre l'égoïsme et les passions, que Voltaire, admiré et commenté par Kant, proscrivait le fanatisme et vantait la raison : nous aurons quelques-unes des causes au moins occasionnelles, sinon totales et complètes, pour laisser intacte la question de l'originalité de Kant, qui déterminèrent la direction de sa pensée, lui firent substituer partout la raison au sentiment, et craindre à l'égal de la superstition un enthousiasme fanatique (p. 99, 125, 151, etc.).

M. Renouvier, tout en reconnaissant {Cr. p., 1882-83) que le formaUsme kantien est beaucoup trop exagéré dans l'original, s'est appuyé sur le passage, il est très beau de faire du bien aux hommes

p. 147, 1. 7 (auquel il eût pu en joindre d'autres, notamment ceux qui sont indiqués en haut de cette note, p. 107, 133, 134, 136, 142, 143, 148, 159, 273. — Voyez aussi noie 18 , pour soutenir, d'un côté, que ce qu'il faut en retenir c'est la distinction juste et profonde entre le principe formel constitutif de l'obligation et tous les éléments matériels — distinction qu'admettent également d'ailleurs MM. Janetet Beaussire, — de l'autre, que les interprètes ont exagéré le formalisme kantien dans l'idée qu'ils en donnent. Kant, dit-il, reconnaît la présence nécessaire en nos consciences des mobiles affectifs et passionnels de nos actes moraux, la Icgilimilé des attraits sensibles, l'avantage à certains égards d'unir à l'idée du devoir celle de la vie en réalité la plus heureuse qu'on peut attendre de son accomplissement, le caractère de beauté et de noblesse des actions inspirées par l'humanité et la sympathie, un suprême idéal de moralité où la loi morale, ne rencontrant plus d'opposition, le pur amour remplace la contrainte imposée aux sentiments par le devoir.

Il y aurait lieu encore de comparer la morale du devoir, telle que l'a exposée Kant, avec les formes récentes qu'a prises la morale utilitaire chez Stuart Mill et Spencer, à tenir compte des critiques qui pourraient lui être adressées de ce point de vue, non plus seulement par des spiritualistes comme M. Beaussire, mais encore par des empiriques disciples de Mill ou de Spencer. On consultera avec fruit sur cette question, outre les ouvrages de l'un et de l'autre, l'article de Spencer sur la Morale de Kant dans la Revue philosophique de juillet 1888 et celui de M. Brochard, janvier 1901.

Note 13, p. 71, 1. 2 et 15; 197, 1. 14; 214, 1. 2; 246, 1. 9 sqq.; 248, 1 . 20, etc. — Kant distingue nettement les mots Vorstellung^ Perception, Empfindung, Erkenntniss, Anschauung, Begriff et Idée. Le premier est le terme générique qui désigne toute représentation en général [reprœsenlatio] ; la Perception est une représentation avec conscience, la sensation (Empfindung) est une perception qui se rapporte simplement au sujet comme modification de son état, la connaissance [Erkenntniss) est une perception objective {cognitio), elle forme une intuition {Anschauung), si elle se rapporte immédiatement à l'objet et est singulière, unconcept [Begriff= intuiius vel conceptus) si elle ne s'y rapporte que médiatement au moyen d'un signe qui peut être commun à plusieurs choses. Le concept pur, en tant qu'il a simplement son origine dans l'entendement (et non dans une image pure de la sensibilité), est la notion {notio). Le concept formé de notions qui dépassent la pos-

sibilité de l'expérience est une idée, c'est-à-dire un concept rationnel [Cr. de la R. pure, Barni /, 377).

Note 14. Appel au sens commun : 43, 1. 26 et 27 ; 49, 1. 23 et 50, 1. 1 ; 52, 1. 13 ; 59, 1. 3, sqq ; 60, 1. 25 ; 62, 1. 3 sqq ; 79, 1. 15, sqq; 166, 1. 6 et 27 sqq; 190, 1. 20; 277, 279, 294.

Kant croit que l'entendement le plus ordinaire peut distinguer, sans instruction préalable, quelle forme est ou n'est pas, dans la maxime, capable de s'adapter à une législation universelle. Il ne doute pas que l'homme le plus passionné ne puisse triompher de son penchant, s'il devait être attaché à une potence aussitôt qu'il l'aurait satisfaite, qu'il n'avoue qu'il lui est possible de vaincre son amour pour la vie, si grand qu'il puisse être, et de ne pas porter un faux témoignage contre un honnête homme que son prince voudrait perdre. On trouve, selon lui, en analysant le jugement que les hommes portent sur la conformité à la loi de leurs actions, que leur raison incorruptible et se contraignant ellemême, compaie toujours la maxime de la volonté dans une action à la volonté pure. Il invoque la voix de la raison, voix céleste, si claire relativement à la volonté, si pénétrante, si perceptible même pour les hommes les plus vulgaires, comme Rousseau invoque la voix de la conscience (note 16). Les limites de la moralité et de l'amour de soi sont marquées avec tant de clarté et d'exactitude, que la vue même la plus ordinaire ne peut manquer de distinguer si quelque chose appartient à l'un ou à l'autre ; ce qu'il y a o faire d'après le principe de l'autonomie du libre arbitre est aperçu sans peine et sans hésitation par l'entendement le plus ordinaire et la connaissance du devoir se présente d'ellemême à chaque homme qui sait à merveille, même sans aucune expérience du monde, ce qu'il doit faire d'après la loi morale. Celleci est donnée comme un fait de la raison pure, dont nous sommes conscients à priori et qui est apodictiquement certain, en supposant même qu'on ne puisse alléguer, dans l'expérience, aucun exemple où elle ait été exactement suivie. La justification des principes moraux, comme principes d'une raison pure, pouvait aussi fort bien et avec une certitude suffisante, être établie par un simple appel au jugement de l'entendement humain ordinaire et il n'y a pas d'entendement qui ne doive comprendre immédiatement, par un exemple, que des principes empiriques du vouloir peuvent bien l'engager à les suivre par les séductions qu'ils lui offrent, mais que jamais on ne peut exiger qu'il obéisse à une loi autre que la loi pure de la raison. Le principe de causalité incon-

testable et objectif qui exclut toute condition sensible de sa détermination est depuis longtemps dans la raison de tous les hommes, incorporé à leur nature où il forme le principe de la moralité. Aussi Kant recommande-t-il de prendre pour fondement un catéchisme simplement moral — dont il a donné lui-même une esquisse dans la Doctrine de la vertu — de fouiller les biographies des temps anciens et modernes pour y trouver des exemples à soumettre au jugement des enfants : il cite lui-même un exemple qu'il propose à un enfant de dix ans et croit que, de lui-même et sans les indications de son maître, il jugera exactement la valeur des actes (Anne de Boleyn). Enfin comparant, dans sa conclusion, le ciel étoile et la loi morale, l'étude de l'univers et la morale, il veut que l'on suive dans la dernière, la voie qui a conduit à des résultats si heureux dans la première. « Nous avons, dit-il, sous la main, les exemples du jugement moral de la raison ; en les décomposant par l'analyse en leurs concepts élémentaires et en employant, à défaut de la méthode mathématique, un procédé analogue à celui de la chimie... on obtiendra purs les éléments empiriques et les éléments rationnels qui se trouvent en eux..., la science conduira à la doctrine de la sagesse. »

Si l'on rapproche toutes ces assertions de celles qui se trouvent déjà dans les Fondements de la Métaphtjsique des Mœurs (note 4), on verra nettement les rapports de la morale kantienne avec celle de l'école écossaise qui fait, dans la spéculation comme dans la pratique, si fréquemment appel au sens commun, avec celle de Voltaire (note 15) et de Rousseau (note 16); on comprendra beaucoup mieux pourquoi Kant a pu parler du caractère populaire de la connaissance traitée dans la Critique de la raison pratique (p. 14), on saura, et il faudra en tenir compte pour adopter ou combattre la morale de Kant, qu'elle considère comme ayant une valeur incontestable et incontestée, les jugements moraux du vulgaire sur lesquels elle s'appuie à l'origine, de même qu'elle cherche dans le christianisme le concept du souverain bien qui seul satisfait aux exigences les plus rigoureuses de la raison pratique (note 17).

Note 15, p. 140, 1. 4, Voltaire; 223, § IV, 226, § 5. — Voltaire était mort depuis dix ans lorsque Kant portait sur lui ce jugement, si différent de celui qu'en ont porté bon nombre de philosophes qui n'ont vu chez lui quedes doctrines superficielles et banales. On se montre aujourd'hui, à l'étranger sinon en France, pins juste pour Voltaire. « Anglais et Allemands, dit Lange, s'efforcent à l'envi d'assigner à ce grand Français, sans pallier ses défauts, la place

qui lui est due dans l'histoire de notre vie intellectuelle. > Il suffit, pour justifier l'affirmation de Lange, de citer les noms de Bunkle, de Dubois- Ueymond, qui le compare à A. de Humboldt, de Strauss, qui le compare à Bossuet, à Herder, à Hegel, de Hettner, qui l'a patiemment étudié, de Lange, de Herz, etc. Lange a montré que chez Voltaire fermente une idée vague et inconsciente de la théorie de Kant, alors qu'il répète à plusieurs reprises ce propos si expressif: Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer, que, dans son opinion réelle, la croyance en Dieu est indispensable pour le maintien de la vertu et de la justice (I, 308). Une lecture attentive de Voltcdre montre clairement qu'il a exprimé avant Kant bon nombre des idées qui constituent l'originalité philosophique de ce dernier; une lecture attentive de Kant montre tout aussi clairement qu'il a beaucoup pratiqué Voltaire et qu'il lui doit bien réellement ces idées. Nous nous bornerons à donner quelques brèves indications. On sait que Kant ramène aux trois questions suivantes tout l'intérêt de la raison, tant spéculatif que pratique : Que puis-je savoir? Que dois-je faire? Qu'ai- je à espérer ? Voltaire a dit avant lui, dans le Poème sur le tremblement de terre de Lisbonne : Que suis-je? Où suis-je? Où vais-je? et d'où suis-je tiré? dans le Philosophe ignorant : Qui es-tu? D'où viens-tu? Que fais-tu? Que deviendras-tu? Avant Kant, Voltaire dit en beaux vers que tous les êtres ont leurs lois et que l'homme doit avoir la sienne; qu'il faut adorer Dieu et être juste {Poème sur la loi naturelle), qu'un jour il y aura harmonie entre le bonheur et la vertu [Poème sur Lisbonne), que, par conséquent, on ne peut soutenir l'optimisme sans admettre l'immortalité de l'âme :

Un jour tout sera bien, voilà notre espérance, Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.

n combat à la fois le fanatisme et l'athéisme [Homélies sur V athéisme), fonde la morale et la religion sur la logique naturelle qui se développe avec l'âge dans les hommes les plus grossiers et, s'il croit pouvoir dire du monde à peu près ce qu'en pense Kant :

Soit qu'un être inconnu, par lui seul existant

Ait tiré depuis peu l'univers du néant.

Soit qu'il ait arrangé la matière étemelle,

Qu'elle nage en son sein ou qu'il régne loin d'elle;

a ne voit pas plus que lui de contradiction à supposer que Dieu,

ayant accordé la faculté de penser à une monade, la lui conservera après cette vie, et il ne trouve ni dans son entendement ni dans les livres des athées, ni dans le troisième chant de Lucrèce, de démonstration pour l'affirmation contraire ; comme lui il lie la croyance à l'immortalité à la croyance à Texistence de Dieu, et il se sent de plus en plus une tendresse de père pour le vers célèbre : Si Dieu ii'exislait pas, il faudrait Vinventer. Ajoutons en outre que la Confession du Vicaire savoyard a transmis encore à Kant, comme l'a bien vu M. Gérard (R. ph. 111), la pensée de Voltaire; que Kant concluait les Rêves d'un Visionnaire expliqués par les Rêves d''un Métaphysicien (un titre d'ailleurs que n'eût pas désavoué Voltaire) par le passage suivant : « Comme notre destinée dans le monde à venir pourrait bien dépendre de la manière dont nous aurons rempli notre rôle dans le monde présent, je conclus par les paroles que Voltaire fait dire au bon Candide, après tant de vaines discussions : Cela est bien dit, mais il faut cultiver notre jardin. » Il faut remarquer encore qu'au moment même où Kant accorde la plus grande attention aux œuvres de Rousseau et ne peut qu'avec peine juger librement ses doctrines, il conserve encore et conservera toujours par la suite les opinions que Voltaire avait émises sur l'optimisme (voyez note 16), qu'il s'en sert, dans la présente Critique, pour étabUr l'immortalité de l'âme et qu'il y rattache, comme Voltaire encore, le concept de Dieu à la morale et non à la métaphysique (cf. note 3, sub fine.)

Note 16, p. 154, 1. 4, Devoir! — Il faut rapprocher ce passage célèbre de Kant, du passage non moins célèbre de Rousseau, dans la Profession de foi du Vicaire savoyard : « Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l'homme semblable à Dieu ! c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi, je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes que le triste privilège de m'égarer d'erreurs en erreurs à l'aide d'un entendement sans règle et d'une raison sans principe. » — (Voyez en outre les passages de Kant visés dans la note 14). — Herder, élève de Kant d puis 1762 jusqu'à 1764, nous dit que le même génie que Kant déployait à critiquer Leibnitz, Wolf, Baumgarten, Crusius et Hume, à exposer les lois de Kepler, de Newton et des physiciens, il l'appliquait au commentaire des œuvres de Rousseau qui paraissaient alors, à l'étude de l'Emile et de la Nouvelle Héloïse..., que toujours il ramenait l'auditeur à l'étude im-

partiale de la nature et à la connaissance de ce qui fait la valeur morale de l'homme. Aux recherches de physique mécanique qui avaient beaucoup occupé Kant jusque-là viennent se joindre plus intimement dès lors les problèmes de la morale : « Il fut un temps, écrit-il en 1764, où je pensais que la recherche de la vérité constitue la dignité de l'espèce humaine. . . Rousseau m'a tiré de mon erreur... J'apprends à connaître le véritable prix de l'homme. » Rousseau produisit sur Kant une profonde impression : Jean- Jacques réunit, dit-il, à une admirable pénétration de génie, une inspiration noble et une âme pleine de sensibilité, comme cela ne s'est jamais rencontré chez un autre écrivain, en aucun temps, en aucun pays. » Aussi ne peut-il le juger avec sa raison que quand il l'a lu et relu, de manière à ce que la beauté de l'expression ne le trouble plus. Toutefois, quelque influence qu'exerce sur lui Rousseau, qui devient à ses yeux le Newton des sciences morales, il n'abandonne pas Voltaire, et refuse d'accepter l'optimisme de Rousseau. « La félicité, dil>il, en paraphrasant les deux vers de Voltaire, est le dernier terme de tous les désirs, mais elle ne se trouve nulle part dans la nature : être heureux et satisfait de l'état présent, c'est un état que la nature ne comporte pas. » Si l'on cherche maintenant ce que Kant a pu tirer de la lecture de Rousseau, on verra que Rousseau proclame incompréhensibles et pourtant incontestables, les mystères admis par les protestants; qu'il est désabusé de l'opinion trompeuse d'après laquelle il pensait qu'on pouvait être vertueux sans religion ; qu'il se demande comment on peut être sceptique par système et de bonne foi ; que les matérialistes, semblables à celui qui nie l'existence des sons dont son oreille n'a jamais été frappée, sont sourds à la voix intérieure (voyez p. 59, 1. 10) qui leur affirme qu'il y a en eux un principe autre que le corps; que la matière est mue selon des lois déterminées par un Dieu auquel se joignent les idées d'intelligence, de puissance, de volonté, de bonté et de justice; quePhommeestleroi de la terre, lui qui peut observer, connaître les êtres et leurs rapports; sentir ce que c'est qu'ordre, beauté, vertu, aimer le bien et le faire; qu'il est libre dans ses actions et comme tel animé par une substance immatérielle. En consultant la conscience, en écoutant la voix intérieure, le vrai guide de l'homme, on s'aperçoit qu'il y a au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu sur lequel nous jugeons nos actions et celles d'autrui; que la conscience est un juge infaillible du bien et du mal (v. la citation en tête de cette

note) .

Rousseau a présenté sous une forme nouvelle la plupart des

idées que Voltaire avait déjà exposées (note 15), il leur a donné

une vie plus intense, et en faisant l'éloge de la religion qu'il met au-dessus de la philosophie, de J.-C, qu'il met infiniment audessus de Socrate, il a ramené Kant aux croyances religieuses que lui avaient inspirées ses parents et ses maîtres (note 17).

On peut consulter pour connaître l'influence de Rousseau '^ur Kant, outre les travaux allemands de B. Erdmann, de Lange^ de Baumann (note 7), de Dieterich, Kant und Rousseau, 1878, l'étude de M. Nolen, qui a résumé les résultats obtenus [Rev. ph. VII, VIII, IX, les Maîtres de Kant), le livre de M. Bridel sur la Philosophie de la religion de Kant, la Critique philosophique (Index).

Note 17 ; Christianisme et Evangile, p. 149, 1. 16; p. 154, 1. 19; p. 232, 233, 235, 236, 237, 266, 284; Sainteté et Béatitude, p. 216. 222, 225, 234, etc.

Kant soutient que le précepte moral chrétien l'emporte au point de vue de la pureté sur le concept moral des stoïciens, que le christianisme, quand même on ne le considérerait pas comme une doctrine religieuse, fournit un concept du souverain bien qui seul satisfait aux exigences les plus rigoureuses de la raison pratique. La loi morale conduit à la religion ; c'est seulement quand cette dernière s'ajoute à la loi morale qu'entre en nons l'espérance de participer un jour au bonheur dans la mesure où nous avons essayé de n'en être pas indignes. Aussi les devoirs envers Dieu sont-ils placés au-dessus de tous les autres et Kirchmann a pu dire de la Critique de la raison pratique qu'elle n'est pas seulement une morale, mais encore une philosophie de la religion, que Kant n'a eu qu'à compléter dans son ouvrage de 1793 (Avantpropos, p. XII).

Comment expliquer la part prépondérante faite ainsi au christianisme? Kant reconnaissait lui-même l'action durable et décisive que les maîtres de son enfance et de sa jeunesse avaient exercée sur lui. Son premier maître, Schulz, pour lequel ses parents avaient une vénération profonde, avait été le disciple de Spener, le fondateur du piétisme et avait fait tous ses efforts pour propager cette dernière doctrine. Il demandait la régénération spirituelle à la lutte de la conscience contre l'égoïsme et les passions, et à l'austérité du caractère. Il avait gagné à ses doctrines la famille de Kant, qui se souvenait plus tard avec bonheur du temps heureux où rien d'injuste ou d'immoral n'avait offensé ses oreilles et ses yeux. Dirigé par lui, Kant était entré au collège

dont Schulz avait fait un séminaire piétiste, avait appris le grec dans le Nouveau Testament, fait de l'Écriture le thème ordinaire de ses études historiques, commenté tous les matins un passage de la Bible, entendu répéter que ses études se faisaient sous le regard d'un Dieu présent partout, travaillé avec zèle pendant deus ans la dogmatique religieuse. Knutzen, avec lequel il étudia toutes les parties de la philosophie et des mathématiques, avait été conquis au piétisme par Schulz et unissait très étroitement le piétisme et la philosophie. De l'un et de l'autre on peut dire co que B. Erdmann a dit du premier, que la personnalité morale de Kant porte leur empreinte, qu'on retrouve en lui le piétiste qui sacrifie les dogmes aux mœurs et interprète la religion révélée d'après la pureté du cœur, qui rend un culte à la beauté morale et qui a une conscience toujours inquiète de la pureté de ses intentions, tout en combattant le mysticisme et les attraits sensibles, qui fait tous ses efforts pour unir la philosophie et la religion [Avant-propos, p. IV, X, XV). Si Ton tient compte en outre de l'influence exercée par Newton [Nolen, Uev. ph. VIII), par Voltaire (note 15), par Rousseau (note 16), on comprendra beaucoup mieux les tendances religieuses de la Critique de la raison pratique. Il y a plus : si l'on se rappelle que ses biographes nous le représentent comme revenant avec plaisir, dans les dernières années de sa vie, s\jr les idées qu'il avait acquises dans sa jeunesse, développant avec force l'argument tiré de Tordre physique et des causes finales, citant la Bible et se faisant souvent expliquer, syllabe par syllabe, le sens hébreu de son prénom : Itnma = avec; Immanu = avec nous; El = Dieu; Im,manuel= Dieu avec nous, se rappelant alors que sa mère lui parlait de l'ordre et de l'arrangement du ciel, on sera disposé à penser que déjà au temps oii il médiLiit la Critique de la raison pure, les souvenirs du temps de son enfance et de sa jeunesse avaient repris en lui toute leur vivacité et formaient en quelque sorte l'idée maîtresse vers laquelle convergeaient toutes ses méditations et ses recherches. La morale chrétienne, telle que l'entendaient les luthériens et surtout les piétistes, est alors pour lui la morale par excellence, celle à laquelle il tente de rapporter toutes ses spéculations et avec laquelle il veut mettre en accord ses doctrines philosophiques pour les faire servir au développement intellectuel et moral de l'humanité.

Voyez Bridel, op. cit.; ISolen, les Maîtres de Kant (Re\. ph. VI); B. Erdmann, Martin Knutzen \md seine Zeit; Nolen, La Critique de Kant et la religion (Rev. ph. IX); Feuerlein, Kant und Pietis- KiNT, Crit. de la rais, prat 21

mus (Ph. Monatshefte, 1882); Paul Janet, Les Mailres de la Pensée moderne.

Note 18, p. 290, 1. 4, un travail étendu. — 11 faut compléter l'étude de la morale Kantienne dans la Critique de la raison pure (n. 3), les Fondements de la Métaphysique des Mœurs (note 4) et la Critique de la Raison pratique — par la Religion dans les limites de la raison [Avant-propos, p. X), enfin par la Métaphysique des Mœurs, qui parut en 1796 et 1797 en deux volumes, que Barni a traduits sous le titre de Eléments métaphtjsiques du droit. Eléments métaphysiques de la vertu. Tous nos devoirs sont pour Kant des devoirs de droit qui peuvent être l'objet d'une législation extérieure et positive, ou des devoirs de vertu, dans lesquels tout dépend de l'intention et du but, qui ne peuvent être commandés par aucune loi extérieure. Les premiers comprennent le droit de l'humanité en notre propre personne et le droit des hommes, les seconds, la fin de l'humanité en notre personne et la fin des hommes.

La doctrine du droit"^ est divisée en deux parties : dans la première, Kant s'occupe du droit privé, du mien et du tien extérieurs en général; dans la seconde, du droit public. Après avoir, dans un premier chapitre, traité de la manière d'avoir comme sien quelque chose d'extérieur, Kant traite, dans le second, de la manière d'acquérir quelque chose d'extérieur et examine successivement le droit réel, le droit personnel d'espèce réelle, l'acquisition idéale d'un objet extérieur; dans le troisième, de l'acquisition subjectivement conditionnelle prononcée par la sentence d'une juridiction publique. La seconde partie est consacrée à l'examen du droit politique, du droit des gens, du droit cosmopcflitique, et peut être utilement complétée par le Projet philosophique d'un traité de paix perpétuelle.

La doctrine de la vertu contient, outre une introduction, deux parties. La première, ou doctrine élémentaire, traite, dans un premier livre, des devoirs envers soi-même en général : ces devoirs sont des devoirs parfaits et ont rapporta l'homme considéré comme être animal, comme être moral, comme juge naturel de lui-même ; ou bien ils sont imparfaits et ont pour objet le développement et l'accroissement de la perfection naturelle ou de la perfection morale. Dans un second livre, il est question des devoirs envers les autres hommes, considérés simplement comme hommes, devoirs d'amour, bienfaisance, reconnaissance, sympathie, et devoirs de respect, ou considérés au point de vue de leur état. La seconde partie, ou mé-

thodologie, renferme une didactique dans laquelle se trouve le fragment d'un Catéchisme moral dont nous avons parlé (note 14), qui pourrait être complétée par le Traité de Pédagogie de Kant (trad. Barni, revue par Thamin), et une ascétique.

Dans la Métaphj-sique des Mœurs, qu'on lit trop peu à notre avis, nous nous bornerons à signaler la définition du droit qui est l'exercice de la liberté individuelle limité par la liberté de tous, la doctrine de.Kantsur la propriété littéraire, sur le serment en justice, sur la souveraineté du peuple où l'on retrouve le disciple de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, sur les fondations de bienfaisance, qui favorisent la paresse et le paupérisme, sur les rapports de l'Église et de l'État, sur la peine de mort, sur le droit de la guerre, sur le gouvernement républicain, le rôle important que Kant accorde au sentiment moral (note 11), les considérations sur le suicide, sur la souillure de soi-même par la volupté, sur le mensonge, sur l'amitié, les questions casuistiques qui suivent un grand nombre de paragraphes, etc.

Tissot, s'appuyant sur la Préface des Fondements de la Métaphysique des mœurs, recommande de commencer l'étude de la morale de Kant par la Critique de la Raison pratique, de continuer par les Fondements de la métaphysique des Mœurs, pour finir par la Métaphysique des mœurs. Nous croyons qu'on eo aurait une idée beaucoup plus nette et beaucoup plus précise si l'on commençait d'abord par lire avec soin ce dernier ouvrage et les petits traités qui le complètent, pour passer ensuite aux Fondements et à la Religion dans les limites de la raison, à la Raison pure et arriver ainsi à la Raison pratique avec une connaissance exacte des solutions pratiques et des principes spéculatifs qu'elle suppose ou auxquels elle s'applique. Une seconde étude, faite en suivant une marche inverse, permettrait ensuite de saisir rapidement le lien qui rattache entre eux ces divers ouvrages (G. Introduction).

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