‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 63 sur 67 · MÉTHODOLOGIE · texte numérisé non relu

MÉTHODOLOGIE

DE

Par méthodologie de la raison pure pratiqîiej on ne peut pas entendre le mode (aussi bien dans la réflexion que dans la discussion) de procéder avec des principes purs pratiques en vue d'une connaissance scientifique de ces principes, ou ce qu'on appelle ailleurs dans la philosophie théoriquej proprement une méthode (car la connaissance populaire a besoin d'une manière, la science, d'une méthode^ c'est-à-dire d'un ensemble de procédés reposant sur des principes de la raison, par lesquels seulement les éléments divers d'une connaissance peuvent devenir un système]. On entend au contraire par cette méthodologie le mode dans lequel on peut donner aux lois de la raison pure pratique un accès dans l'esprit humain, de Vinfluence sur les maximes de cet esprit, c'est-à-dire rendre la raison subjectivement pratique.

Or, il est clair que ces principes déterminants de la volonté, qui seuls rendent les maximes proprement morales et leur donnent une valeur morale, à savoir la représentation immédiate de la loi et l'observation

objectivement nécessaire de cette loi comme devoir, doivent être représentés comnieles mobiles propres des actiong ; parce que, sans cela, on produirait bien la légalité (Legalitdt) des actions, mais non la moralité (Morulitàt) des intentions. Mais il n'est pas aussi clair, il doit même paraître à chacun tout à fait invraisemblable, à première vue, que même subjectivement, cette représentation {Darstellung) de la vertu pure puisse avoir plus de force sur l'âme humaine et lui fournir un mobile beaucoup plus puissant même pour opérer cette légalité des actions et produire de plus énergiques résolutions de préférer la loi, par respect pour elle, à toute autre considération, que toutes les séductions décevantes (Anlockungen aus Vorspiegelungen) du plaisir, et en général de tout ce qui appartient au bonheur, ou même que toutes les menaces de la douleur {Schmerz) et du mal [Uebeln). Cependant il en est réellement ainsi , et si la nature humaine n'était pas ainsi constituée, jamais aucun mode de représentation de la loi par des ambages [Umschiveife) et par des moyens de recommandation {empfehlende) ne produirait la moralité de l'intention. Tout serait pure hypocrisie, la loi serait haïe ou même tout à fait méprisée, tandis qu'elle serait suivie cependant en vue de l'avantage personnel. On trouverait la lettre de la loi (la légalité) dans nos actions, on n'en trouverait pas l'esprit dans nos intentions (la moralité) et comme avec tous nos efforts, nous ne pouvons cependant, dans notre jugement, nous dég-ager totalement de la raison, nous devrions paraître inévitablement à nos propres

yeux comme des hommes sans valeur, abjects, bien que nous essayions de nous dédommager de cette humiliation devant le tribunal intérieur, par ce fait que nous jouissons des plaisirs qu'une loi naturelle ou divine acceptée parnous, aurait attachés, selon notre opinion, à un mécanisme de sa ^^oMce {M as chinenwesen ihrerPolizei) , qui se règle simplementd'aprèscequ'onfait, sans se soucier des principesdéterminants d'après lesquelsonlefait. Sans doute, on ne peut nier que pour faire entrer un esprit (Gemûthe) ou encore inculte ou même corrompu, dans la voie du bien moral, on n'ait besoin de quelques instructions préparatoires pour l'attirer par son avantage personnel ou l'effrayer par la crainte de quelque dommage ; mais aussitôt que ce mécanisme, que cette lisière [Gàngelband] a fait quelque effet, il faut présenter à Tàme le principe moral pur de détermination, car non seulement ce principe est le seul qui puisse fonder un caractère (une manière de penser pratique, conséquente, reposant sur des maximes immuables), mais encore il nous enseigne à sentir notre dignité personnelle, donne à l'âme {Gemûthe) une force qu'elle n'espérait pas elle-même {ihm selbst unerwartelé) pour s'affranchir de toute dépendance sensible en tant qu'elle veut devenir dominante, et pour trouver dans Tindépendance de sa nature intelligible et dans la grandeur d'âme à laquelle elle se voit destinée, une riche compensation pour les sacrifices qu'elie fait. Nous allons donc prouver, par des observations que chacun peut faire, que cette propriété de notre esprit {Gemiiths), cette capacité à recevoir un intérêt pur KANT, Cr. de la rais. prat. 18

moral et par conséquent la force motrice de la pure représentation delà vertu, si elle est convenablement présentée au cœur humain, forme le mobile le plus puissant et, s'il s'agit de la durée et de la ponctualité dans l'observation des maximes morales, le seul mobile d'une bonne conduite (zum Guten). Cependant il faut rappeler ici, en même temps, que si ces observations prouvent seulement la réalité d'un tel sentiment et non une amélioration morale produite par là, cela ne porte en rien préjudice à la seule méthode qui consiste à rendre subjectivement pratiques, par la simple représentation pure du devoir^ les lois objectivement pratiques de la raison pure, cela ne prouve en aucune façon que cette méthode soit une vaine fantaisie. En effet, comme elle n'a jamais été mise en pratique, l'expérience ne peut rien dire encore de son résultat. Mais on peut réclamer des preuves en ce qui concerne le pouvoir de subir l'influence de tels mobiles. Ce sont ces preuves que maintenant je veux présenter brièvement; ensuite j'esquisserai en peu de mots la méthode à suivre pour fonder et cultiver les véritables intentions morales.

Si l'on fait attention au cours de la conversation dans des sociétés mêlées qui ne se composent pas simplement de savants et de raisonneurs subtils (Vernûnftlern)y mais aussi d'hommes d'affaires et de femmes, on remarque qu'en dehors de lanecdote et de la plaisanterie, il y a encore un autre genre d'entretien qui y trouve sa place, à savoir le raisonnement', car

* Nous traduisons comme Barnî le mot Rdsonniren ; Abbot donne

Tanecdote qui doit comporter la nouveauté et avec elle l'intérêt, est bientôt épuisée et la plaisanterie perd aisément sa saveur. Or il n'y a aucun raisonnement {Ràsonniren) qui intéresse plus les personnes, ennuyées rapidement d'ailleurs par toute discussion subtile {Vernûnfteln), et qui produise plus d'animation dans la société que celui qui porte sut \d. va leur morale de telle ou telle action et par lequel (dadurch) le caractère d'une personne quelconque doit être constitué. Ceux pour qui d'ailleurs tout ce qui est subtil et raffiné {Grublerische) dans les questions théoriques est sec et rebutant, prennent bientôt part à la conversation quand il s'agit de déterminer l'importance {Gehalt) d'une action botine ou mauvaise que l'on raconte et ils montrent, pour chercher tout ce qui pourrait diminuer la pureté de l'intention {Absicht)^ partant le degré de vertu de cette action ou même qui pourrait seulement la rendre suspecte, une exactitude, un raffinement, une subtilité qu'on n'attendait pas d'eux à propos d'un objet de spéculation. On peut même souvent, dans ces jugements, voir transpercer le caractère des personnes qui jugent elles-mêmes les autres; quelques-unes paraissent, en exerçant leur fonction de juges, et spécialement sur les morts, disposées de préférence à défendre le bien que l'on dit de telle ou telle action de ces personnes contre toutes les insinuations qui tendent à porter atteinte à la pureté de l'intention (krànkenden Eimviirfe der Unlauterkeit) et finissent par défendre

argument ; Born opinatio disserendique ratio, ce qui est beaucoup pluiB précis. (F. P.)

toute la valeur morale de la personne contre le reproche de dissimulation et de méchanceté [Bôsartigkeit) cachée. D'autres, au contraire, paraissent plus disposées à attaquer cette valeur morale, en cherchant des motifs d'accusation et des fautes. Cependant il ne faut pas toujours attribuer à ces derniers le dessein de vouloir écarter complètement par leur raisonnement subtil [ganzlieh wegvernunfteln), la vertu de toutes les actions des hommes qu'on peut citer comme exemples, pour n'en plus faire par là qu'un vain nom ; souvent, au contraire, c'est uniquement par une sévérité bien intentionnée dans l'appréciation de la véritable valeur morale des actions d'après une loi qui n'admet point de compromis {unnachaiçhtlichen), qui, prise pour terme de comparaison, à la place d'exemples, abaisse beaucoup la présomption dans les choses morales et n'enseigne pas simplement la modestie, mais la fait sentir à tout homme qui s'examine lui-même avec sévérité. On peut néanmoins observer le plus souvent que les défenseurs de la pureté de l'intention dans des exemples donnés, cherchent partout où il y a présomption en faveur de la probité [Rechtscliaffenheit) à écarter la moindre souillure du principe de détermination, parce qu'ils craignent, qu'en rejetant tous les exemi)les comme faux, en niant la pureté de toute vertu humaine, on n'en vienne enfin à regarder la vertu comme un simple fantôme, et ainsi à mépriser tout effort tenté pour la réaliser comme une vaine affectation et une présomption mensongère.

Je ne sais pourquoi les éducateurs de la jeunesse

n'ont pas depuis longtemps déjà fait usage de cette tendance qu'a la raison d'entrer avec plaisir dans l'examen le plus subtil des questions pratiques qu'on lui propose, et pourquoi, après avoir pris pour fondement un catéchisme simplement moral, ils n'ont pas fouillé les biographies des tempsancienset modernes, afin d'avoir sous la main des exemples pour les devoirs qui y sont proposés et d'exercer, par ces exemples, surtout par la comparaison d'actions semblables faites dans des circonstances diverses, le jugement de leurs élèves, qui apprendraient à en discerner le plus ou moins d'importance morale. C'est une chose dans laquelle même la première jeunesse {friihe Jugend), qui n'est pas encore mûre d'ailleurs pour toute spéculation (aller Spéculation) *, devient bientôt très perspicace et à laquelle elle ne se trouve pas peu intéressée, parce qu'elle y sentie progrès de son jugement; et ce qu'il y a de plus important, ils peuvent espérer avec confiance que l'exercice fréquemment répété ^ par lequel on connaît la benne conduite dans toute sa pureté, on y donne son approbation, ou on remarque au contraire avec regret ou avec mépris tout ce qui s*en écarte le moins du monde, quoiqu'il n'y ait là sans doute qu'un jeu du jugement dans lequel les enfants peuvent rivaliser entre eux, laissera cependant en eux une impression durable d'estime d'un côté et d'aversion de l'autre, qui par lasimplehabi-

* Il n'y a aucune raison pour traduire avec Barni pour adctwb espèce de spéculation. (F. P.)

2 Le texte porte Oflere Uebung; Born donne eoecercitatione crebriore; Abbot, the fréquent practice ; Barni dit l'habitude et ne traduit plus ensuite le Gewohnheit qui se trouve quelques lignes plus bas. (F. P.)

lu de {Geiuohnheit) de regarder de telles actions comme dignes d'approbation on de blâme, formerait une bonne fondation pour l'honnêteté dans le cours futur de la vie. Je souhaite seulement qu'on leur épargne ces exemples d'actions dites nobles (d'un mérite transcendant = ûberverdienstlicher) dont nos écrits sentimentaux {empfmdsamen) sont trop prodigues, et qu'on rapporte tout(o//es) simplement au devoir et à la valeur qu'un homme peut et doit s'attribuera ses propres yeux par la conscience de ne point l'avoir transgressé, parce que ce qui n'aboutit qu'à de vains désirs et à de vaines aspirations vers une perfection inaccessible ne produit que des héros de romans, qui trop fiers [sich viel %u Gute thun) de leur sentiment pour la grandeur transcendante, (uberschwenglich-Grosse) s'affranchissent de la pratique des devoirs communs et courants de la vie, qui ne leur paraissent alors que petits et insignifiants [nur unbedeutend klein) *.

Mais si Ton demande quelle est donc à proprement parler la pure moralité qui doit, comme une pierre de

* Il est fort utile de louer des actions où brillent une intention grande, désintéressée, sympathique et un sentiment d'humanité. Mais il faut moins attirer l'attention sur l'élévation de l'âme fSedenerhebung), qui est très fugitive et passagère que sur la soumission du cœur au devoir, dont on peut attendre une impression plus durable parcequ'elle comporte des principes (tandis que l'élévation de l'âme ne comporte que des agitations, Aufwallungen) . Il n'est besoin que de réfléchir un peu pour trouver toujours quelque faute (Schuld) dont on s'est rendu coupable par quelque moyen à l'égard du genre humain (ne serait-ce que celle de jouir, par suite de l'inégalité des hommes dans l'organisation civile, de certains avantages en raison desquels d'autres hommes doivent supporter d'autant plus de privations), pour ne pas laisser la représentation fEinbildungJ présomptueuse du mérite expulser la pensée (Gedanken) du de>'oir.

touche, servir à reconnaître l'importance morale de chaque action, je dois avouer qu'il n'y a que des philosophes qui puissent rendre douteuse la solution de cette question ; car, dans la raison commune des hommes elle est, non sans doute par des formules générales et abstraites, mais cependant par l'usage habituel, résolue depuis longtemps comme la distinction de la main droite et de la main gauche. Nous allons d'abord montrer le caractère distinctif {Prûfungsmerkmal) de la pure vertu dans un exemple, et en nous représentant que cet exemple est proposé au jugement d'un enfant de dix ans, nous allons voir si, de luimême et sans les indications de son maître, cet enfant devrait nécessairement juger ainsi. On raconte l'histoire d'un honnête homme qu'on veut déterminer à se joindre aux calomniateurs d'une personne innocente mais n'ayant d'ailleurs aucun pouvoir (comme par exemple d'Anne de Boleyn, accusée par Henri VIII, roi d'Angleterre). On lui offre des avantages, c'est-àdire de riches cadeaux ou un rang élevé, il les refuse. Sa conduite produira simplement de l'assentiment et de l'approbation dans l'âme de l'auditeur, parce que ce n'est que du gain qu'il refuse'. Maintenant on commence aie menacer d'une peine^. Parmi ces calomniateurs se trouvent ses meilleurs amis qui lui refusent

' Le texte donne weïl es Gewinn ist-, Born dit : propterea quod Ucrum. videtur; Âbbot ne traduit pas; Barni semble faire un contre-sens en disant : car elle peut éire avantageuse. (F. P.)

2 11 y a dans le texte mit Androhungdes Verlusts, que rien absolumenl, n'autorise à traduire comme l3 fait Barni, supposez maintenant qu'on en vienne aux dernières menaces. (F. P.)

maintenant leur amitié, de proches parents qui le menacent (lui qui est sans fortune) de le déshériter, des personnages puissants qui peuvent, en tout lieu et en toute circonstance, le poursuivre et le persécuter, un prince qui le menace de lui faire perdre la liberté et mêmelavie. Enfin, pour mettre lecombleàson malheur {Leidens)y pour lui faire sentir aussi la douleur que peut seul éprouver intérieurement un cœur moralement bon, qu'on représente sa famille, menacée de la dernière misère, le suppliant de céder, qu'on le représente luimême, comme n'étant pas, quoique honnête, insensible au sentiment de la pitié ou à celui de son propre malheur, et danslemomenloùildésire n'avoir jamaisvu lejour qui le soumet à une aussi inexprimable douleur, restant cependant toujours fidèle à son dessein detrehonnête sans hésiter, sans même avoir un doute ! mon jeune auditeur s'élèvera par degré de la simple approbation à l'admiration, de l'admiration à l'étonnement et enfin à la plus grande vénération et à un vif désir de pouvoir être lui-même un tel homme (sans désirer toutefois être dans sa situation). Et pourtant la vertu n'a ici autant de valeur (ist so viel werlh) que parce qu'elle coûte beaucoup et non parce qu'elle rapporte ' quelque chose. Toute l'admiration que nous inspirées caractère et même l'effort que nous pouvons faire pour lui ressembler, repose complètement ici sur la pureté du principe moral, qui ne peut être représentée de manière à sauter aux yeux que si l'on écarte des mobiles de l'action tout ce que les hommes peuvent regarder comme appartenant au bonheur. Donc la moralité doit avoir

d'autant plus de puissance sur le cœur humain qu'elle est représentée plus pure. D'où il suit que si la loi morale, l'image de la sainteté et de la vertu doivent exercer en général quelque influence sur notre âme, elles ne le peuvent qu'en tant qu'on la recommande comme un mobile pur, dégagé de toute considération de notre bien-être {Wohlbefinden)^eTSomie\, parce que c'est dans la souffrance [Leiden] qu'elle se montre dans toute son excellence. Or ce dont l'éloignement augmente l'effet d'une force motrice doit avoir été un obstacle. Par conséquent, tout mélange des mobiles, qui sont tirés du bonheur personnel, est un obstacle à l'influence de la loi morale sur le cœur humain. — J'affirme en outre que, même dans cette action que l'on admire, si le principe de détermination par lequel elle a eu lieu était la haute estime {Hochschàtzung) pour son devoir *, c'est alors précisément ce respect pour la loi et non une sorte de prétention à la croyance [Meitiung) intérieure d'une grandeur d'âme, ou d'une manière de penser noble et méritoire (edler veràienstlicher) qui a le plus de puissance sur l'âme (Gemiith) du spectateur, que par conséquent c'est le devoir et non le mérite {Verdienst) qui, si on le représente dans la véritable lumière de son inviolabilité, doit avoir sur l'âme, non seulement l'influence la plus déterminée, mais même la plus pénétrante.

A notre époque où Ton croit, avec des sesutiments qui amollissent et gonflent le cœur ou avec des pré-

* Born traduit par hanc eamdem legis observantian ,- Barni par la cot^- Udération du devoir ; Abbot par a high regard for duly. (F. P.)

tentions ambitieuses et orgueilleuses qui flétrissent le cœur plutôt qu'elles ne le fortifient, agir sur l'esprit (Gemiith) plus fortement que par la représentation sévère et pure du devoir qui est plus appropriée à Timperfection humaine et au progrès dans le bien, il est plus nécessaire que jamais d'appeler l'attention sur cette méthode. Proposer pour modèles aux enfants des actions nobles, magnanimes, méritoires, avec l'idée de les intéresser (einzunehmen) à ces actions en leur inspirant de l'enthousiasme, c'est manquer complètementsonbut(îsi voUends 'zweckwidrig). En effet, comme ils sontencore si éloignés de pratiquer le devoir le plus ordinaire et même de le juger exactement, on en fait par ce moyen de véritables songe-creux (Phantasteii). Mais même chez la partie instruite et expérimentée de l'humanité, ce prétendu mobile, s'il n'est pas nuisible, n'a pas du moins sur le cœur Teffet véritablement moral qu'on voudrait cependant produire par ce moyen.

Touslessenfimewts, spécialementceuxquidoivent(so^ /ew)p^oduire un eiïori (Anstrengung) aussi inaccoutumé, doivent (mûssen) faire leur effet dans le moment même 011 ils sont dans leur véhémence (Heftigkeil) et avant qu'ils ne se refroidissent, sans quoi ils ne produisent rien ; car le cœur revient naturellement à son mouvement [Lebensbewegung) naturel et modéré, et il retombe ainsi dans la tiédeur qui lui était propre auparavant, parce qu'on lui a apporté une chose propre à l'exciter (was es reizte), mais rien qui le fortifiât. Des principes {Grandsàtze) doivent être fondés sur des concepts, sur toute autre base on ne peut réaliser que des émotions pas-

sagères * , qui ne peuvent procurer à la personne aucune valeurmoraleni mênae la confiance en soi, sans laquelle ne peut avoir lieu la conscience de la moralité de l'intention et du caractère, c'est-à-dire le souverain bien dans l'homme. Or, ces concepts, s'ils doivent [solleji) devenir subjectivement pratiques, ne sauraient [mûssen nicht), pour les lois objectives de la moralité, s'arrêter à nous les faire admirer et estimer hautement par rapport à l'humanité; mais il faut en considérer la représentation relativement à Thomme et à son individualité ; puisque cette loi apparaît sous une forme il est vrai très respectable, mais non aussi agréable (gefàllicjen) que si elle appartenait à l'élément auquel il est naturellement accoutumé, qu'au contraire, elle le force souvent à abandonner, non sans abnégation de sa part (ohne Selhstverleugnung) cet élément, et à s'élever à un élément placé plus haut, dans lequel il ne peut se maintenir qu'avec peine et avec la crainte continuelle d'une rechute {Rûckfalls). En un mot, la loi morale exige qu'on lui obéisse par devoir et non par une prédilection {Vorliebe) qu'on ne peut et qu'on ne doit pas du tout supposer.

Nous allons voir maintenant, par un exemple, si dans la représentation d'une action comme noble et jnagnanime, il y a plus de force subjectivement motrice pour un mobile que si elle est réprésentée simplement comme un devoir relativement à la loi sévère (ernste) de la moralité. L'action par laquelle un hommecherche,

' Le texte porte Anwanddungen, Born traduit par cderes motus ; Bami par des mouvements passagers; Abbot par paroofysms. (F. P.)

284 CRITIQUE DE LA BAISON PRATIQtlB

au grand péril de sa vie, à sauver des gens du naufrage et dans laquelle il finit par laisser sa vie , est rapportée sans doute d'un côté au devoir et, d'un autre côté, considérée essentiellement {grôsstentheils) comme méritoire, mais notre estime pour cette action est considérablement diminuée par le concept du devoir envers soi-même, qui semble ici être quelque peu compromis. Plus décisif est le sacrifice magnanime de sa vie au salut de la pairie, et cependant il reste quelque scrupule à celui qui se demande si c'est un devoir parfait de se sacrifier de soi-même, et sans y être commandé, en vue d'une telle fin, et l'action n'a pas par ellemême la force nécessaire pour nous servir de modèle et nous exciter à l'imiter. Mais s'il s'agit d'un devoir rigoureux (unerlâssliche) dont la violation blesse la loi morale en soi, sans considération du bonheur de Thomme (Menschenwohl) et en foule pour ainsi dire aux pieds la sainteté (on appelle ordinairement les devoirs de cette espèce des devoirs envers Dieu, parce que nous nous représentons en lui l'idéal de la sainteté en substance), nous donnons alors tout notre respect {die allervoUkommenste Hochachtung) à celui qui cherche à l'accomplir en sacrifiant tout ce qui peut avoir quelque valeur pour nos penchants les plus intimes; nous trouvons notre âme fortifiée et élevée par un tel exemple, puisque nous pouvons être convaincus par là que la naturr humaine est capable de s'élever, à une si grande hauteur, au-dessus de tous les mobiles que peut lui opposer la nature. Juvénal présente un tel exemple avec une gradation qui fait

vivement sentir au lecteur la puissance du mobile qui est au fond de la loi pure du devoir en tant que devoir :

Esto bonus miles, tutor bonus, arbiter idem Integer ; ambiguse si quando citabere testis Incertseque rei, Phalaris licet imperet, ut sis Faisus, et admoto dictet perjuria tauro, Summum çrede nefas animam prgeferre pudori, Et propter vitam vivendi perdere causas.

Si nous pouvons introduire dans notre action un peu de ce que le mérite a de flatteur, le mobile se trouve déjà mélangé, en quelque mesure, avec l'amour de soi, il a,- par conséquent, quelque assistance du côté de la sensibilité. Mais tout subordonner uniquement à la sainteté du devoir, et avoir conscience qu'on peut le faire, parce que notre propre raison nous en fait un commandement et nous dit qu'on doit le faire, cela s'appelle s'élever pour ainsi dire complètement au-dessus du monde sensible lui-même, cela est étroitement uni aussi, dans cette même conscience de la loi comme mobile d'un pouvoir dominant la sensibilité, quoiqu'il n'ait pas toujours son effet, mais qui cependant aussi, par un exercice fréquent et par les essais, faibles d'abord , tentés pour en faire usage, donne espoir que cet effet sera réalisé * de manière à produire peu à peu en nous

* Le texte porte und ist in demselben Bewusstsein des Gesetzes auch als Triebfeder eines die Sinnltchkeit beherrschenden Vermôgens unzerlrennlich, tvenn gleichnicht immermit Effecl verbunden, der aberdoch auth, dieôftere Beschaftigung mit dersélben, und die anfangs kleinern Versuche ihres Gebrauchs, Hofnung zu seincr Bewirkung giebt; Born traduit par »h eadem conscientialegis eliam ut dater facultatis vint sensitivam dominantis arctissime etsi haud semper cum efflcacitate conjunctum est, qua tarnen ex frequenliori excercilatione usuque illius initio quidem teniiiter tentaJo vperari licet major effectio, etc. (F. P.)

le plus grand intérêt^ mais un intérêt moral pur La méthode suit par conséquent la marche suivante. D'abordy il s'agit seulement de faire du jugement d'après des lois morales une espèce d'occupation naturelle accompagnant toutes nos propres actions libres aussi bien que l'observation de celles d'autrui, d'en faire pour ainsi dire une habitude et de le fortifier en demandant avant tout si l'action est objectivement conforme à la loi morale et à quelle loi. On dislingue ainsi l'attention à la loi {Aufmerksamkeit auf Gesetz), qui met simplement en main un principe d'obligation, de la loi qui en fait est obligatoire (leges obligandi ale^ihus obligantibus)^ (comme, par exemple la loi de ce que le besoin = Bediirfniss des hommes exige de moi en opposition avec ce que leur droit réclame, la seconde prescrivant des devoirs essentiels et la première ne prescrivant que des devoirs accidentels) ; ainsi on apprend à distinguer les diverses espèces de devoirs, qui se rencontrent dans la même action. Le second point sur lequel l'attention doit être dirigée est la question de savoir si, en outre (subjectivement), l'action a été faite en vue de la loi morale et si par conséquent, elle n'a pas seulement une rectitude morale, comme fait, mais aussi une valeur morale, comme intention d'après sa maxime. Or il n'est pas douteux que cet exercice et la conscience d'une culture qui en résulte pour notre raison, jugeant simplement des choses pratiques, ne doivent produire peu à peu un certain intérêt même pour la loi de la raison, par conséquent pour les actions moralement bonnes. Car nous finissons par aimer la

chose qui, lorsque nous la considérons {dessen Betrachtung), nous fait sentir que l'usage de nos facultés de connaître reçoit de l'extension, et ce résultat se produit spécialement quand nous rencontrons la rectitude morale, parce que c'est seulement dans un tel ordre de choses que la raison peut se trouver bien [gut Hnden) avec la faculté qu'elle a de déterminer à priori, d'après des principes, ce qui doit {soll) être. Un observateur de la nature finit bien par aimer des objets qui d'abord offensaient ses sens, quand il découvre la merveilleuse finalité de leur organisation et que sa raison se nourrit ainsi en les considérant. Ainsi Leibnitz reportait avec soin et sans lui faire de mal sur la feuille qu'il occupait, un insecte qu'il avait soigneusement considéré au miscroscope, parce qu'il s'était trouvé instruit en le voyant et qu'il en avait reçu pour ainsi dire un bienfait.

Mais cette occupation du jugement qui nous fait sentir nos propres facultés de connaître, n'est pas encore l'intérêt qui s'attache aux actions et à leur moralité même. Elle fait seulement qu'on trouve du plaisir à un tel jugement et qu'on donne à la vertu ou à la manière de penser d'après des lois morales *, une forme de beauté que l'on admire, mais que l'on ne recherche pas encore pour cela {laudatur et alget); de même que tout ce dont la considération produit subjectivement une conscience de l'harmonie de nos pouvoirs

' Le texte porte oder der Denkungsart nach moralischen Geselzen ; Born met sive animi ingenio morali; Barni ou à l'intention morale, Abbot, or the disposition that conforms to moral laws. Nous traduisons littéralement. (F. P.)

de représentation (Vorstellungskràfte) et nous fait sentir le développement de tout notre pouvoir de connaître (l'entendement et Timagination), procure une satisfaction qui peut aussi être communiquée à d'autres, quoique pourtant l'existence de l'objet nous laisse indifférents, parce que cet objet n'est considéré que comme l'occasion de découvrir en nous l'ébaucbe des talents {Anlage der Talente), qui nous élèvent au-dessus de la nature animale. Mais maintenant entre en jeu le second exercice, qui consiste à faire remarquer, dans la peinture vivante de l'intention morale par des exemples, la pureté de la volonté, en la considérant d'abord seulement comme la perfection négative de la volonté, en tant que dans une action faite par devoir, aucun mobile pris parmi les penchants n'influe sur elle comme principe déterminant. Par ce moyen, l'attention de l'élève est fixée sur la conscience de sa liberté et quoique ce renoncement [Entsayung) excite d'abord un sentiment (Empfindung) * de douleur, cependant en arrachant cet élève à la coercition ^ même des vrais besoins, il lui fait voii^ en même temps une délivrance à l'égard de toutes les diverses formes de mécontentement qui résultent pour lui de tous ces besoins, et son âme (Gemùth) devient capable de recevoir par d'autres sources un sentiment de satisfaction. Le cœur est soulagé et délivré d'un poids qui l'oppresse toujours en secret, quand, par des résolutions pures morales dont on lui

* Sur ia traduction de ce mot, voyez n. 2, p. 135. (F. P.)

' Nous traduisons ainsi, comme nous l'avons fait ailleurs, le mot

Zwange. Born emploie ooaoïio; Barni, tyrannie; Abbol, conslraint.

présente des exemples, on fait découvrir à l'homme une puissance intérieure qu'il ne connaissait pas bien jusque-là, la liberté intérieure y c'est-à-dire le pouvoir de se débarrasser de l'importunité violente des penchants de telle façon qu'aucun d'eux, pas même celui qui nous est le plus cher, n*ait d'influence sur une détermination pour laquelle nous devons maintenant employer notre raison. Dans un cas où je sais seul que le tort est de mon côté, et bien que le libre aveu de ce tort et l'offre d'une réparation rencontrent une grande opposition dans la vanité, l'intérêt particulier et même dans un mécontentement qui d'ailleurs n'est pas illégitime contre celui dont j'ai lésé le droit, je puis cependant me placer au-dessus de toutes ces hésitations [Bedenklichkeiten) et avoir ainsi la conscience d'une indépendance à l'égard des penchants et des circonstances, avoir conscience de la possibiiiië de me suffire à moimême, possibilité qui m'est avantageuse partout (iiberall) même à un autre point de vue. Or la loi du devoir, par la valeur positive que l'obéissance à cette loi nous fait sentir, trouve un accès plus facile, grâce à ce respect pour nous-mêmes dans la conscience de notre liberté. Sur ce respect, s'il est bien établi, si l'homme ne craint rien plus que de se trouver, en s'examinant intérieurement lui-même, vil et méprisable à ses propres yeux, peut être greffée toute bonne intention morale, parce que c'est là le meilleur, bien plus, le seul gardien qui puisse empêcher les impulsions honteuses et corruptrices de pénétrer dans l'âme.

Je n'ai voulu ici qu'indiquer les maximes les plus KAKT, Crit. de la rais. prat. 19

générales de la Méthodologie d'une culture et d'une pratique morales. Gomme là variété des devoirs exigerait, pour chacune de leurs espèces, encore des définitions particulières et donnerait lieu ainsi à un travail étendu, on m'excusera de m'être tenu à ces grandes lignes dans un écrit comme celui-ci, qui n'est qu'un ouvrage préliminaire (Voriibung)»

systèmes, et en outre à la durée sans limites de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée '. La seconde commence au moi invisible, à ma personnalité et me représente dans un monde qui a une véritable infinité, mais dans lequel seul l'entendement peut pénétrer et avec lequel (et par cela même aussi avec tous ces mondes visibles) Je me reconnais lié par une connexion, non plus comme dans la première, simplement contingente, mais universelle et nécessaire. Le premier spectacle, d'une multitude innombrable de mondes, anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale qui doit rendre la matière dont elle est formée à la planète (à un simple point dans l'univers), après avoir été pendant un court espace de temps (on ne sait comment) douée de la force vitale fLebenskraft) . Le second, au contraire, élève infiniment ma valeur, comme celle d'une intelligencCf par ma personnalité dans laquelle la loi morale me manifeste une vie indépendante de l'animalité et même de tout le monde sensible, autant du moins qu'on peut l'inférer d'après la détermination conforme à une fin (zweckmdssigen) que cette loi donne à mon existence, détermination qui n'est pas limitée aux conditions et aux limites de cette vie, mais qui s'étend à l'infini.

Mais l'admiration et le respect peuvent bien nous exciter à la recherche [Nachforschung], ils ne peuvent en tenir lieu. Qu'y a-t-il donc à faire pour entreprendre

' Bami ne traduit pas cette dernière partie de la phrase fdcren Anfang und Forldauer).

cette recherche d'une manière utile et appropriée à la grandeur de l'objet? Des exemples peuvent ici servir d'avertissement, mais aussi de modèle. La considération du monde a commencé par le spectacle le plus splendide que les sens de Thomme peuvent nous présenter et que puisse embrasser notre entendement dans sa plus grande extension, et elle a fini — par l'astrologie. La morale a commencé par la plus noble propriété de la nature humaine dont le développement et la culture ont en vue une utilité infinie, et elle a abouti — au fanatisme ou à la superstition. Il en est ainsi de tous les essais encore rudimentaires {rohen), dans lesquels la partie principale du travail {Geschàftes) dépend de l'usage de la raison, qui ne s'acquiert pas de lui-même, comme celui des pieds, par un exercice fréquent, surtout quand il s'agit de propriétés qui ne peuvent être représentées immédiatement ainsi dans l'expérience commune. Mais lorsque, bien que tardivement (s;)af) , la maxime fut venue en honneur (in Schwang) de bien examiner préalablement tous les pas que la raison doit faire et de ne pas la laisser s'avancer autrement que par le sentier d'une méthode auparavant bien déterminée, la manière de juger du système du monde (die Beurtheilung des Welt^ gebàudes)^Tiiune tout autre direction et, avec celle-ci, aboutit en même temps à un résultat sans comparaison plus heureux. La chute d'une pierre, le mouvement d'une fronde, décomposés en leurs éléments et dans les forces qui se manifestent en eux, traités {hearbeitei) mathématiquement, ont amené enfin cette con-

naissance ' claire et immuable pour tous les temps futurs du système du monde, qu'on peut espérer par une observation progressive d'étendre toujours, qu'on ne peut jamais craindre de voir ramenée en arrière.

Cet exemple peut nous engager à suivre la même voie en traitant des dispositions morales de notre nature et il pent nous donner l'espérance d'arriver au même résultat heureux. Nous avons, pour ainsi dire sous la main, les exemples du jugement moral de la raison {der inoralisch-^rtheiJenden Vernunft). En les décomposant par l'analyse en leurs concepts élémentaires, et en employant, à défaut de la méthode mathématique {in Ermangelung der Mathematik), un procédé analogue à celui de la chimie, pour obtenir la séparation des éléments empiriques et des éléments rationnels qui peuventse trouver en eux, par des essais répétés sur l'entendement ordinaire des hommes, on peut nous faire connaître, avec certitude, purs l'un et l'autre de ces éléments et ce que chacun d'eux peut faire séparément : ainsi on empêchera d'une part l'erreur d'un jugement encore fruste (rohen) et inexercé et, d'autre part (ce qui est beaucoup plus nécessaire), ces extravagances géniales {Genieschwiingen) ^ qui , semblables à ce qui se produit pour les adeptes de la pierre philosophale, ont promis (en excluant toute recherche méthodique et toute connaissance de la nature), des trésors imaginaires et en ont gaspillé de véritables. En un mot, la

• Nous traduisons ici, comme Barni, le mot Einsicht, que Born rend par perspicientia; Abbot par insi0it. Voyez n. 1, p. 219.

2 Born traduit par exlravagationibus ingenii; Barni par ces extravagart'Ces ; Abbot par the extravagances ofgenius. (F. P.)

science (recherchée d'une façon critique et conduite méthodiquement) est la porte étroite qui conduit à la doctrine de la sagesse, si l'on entend par là, non seulement ce que l'on doit faire, mais ce qui doit servir de règle aux maîtres pour bien préparer et faire connaître le chemin de la sagesse, que chacun doit suivre, et pour préserver les autres de l'erreur (/rny^^en). La philosophie doit toujours demeurer gardienne de cette science, et si le public ne doit pas prendre part aux recherches subtiles qui la concernent, il s'intéresse du moins aux doctrines qui, après une telle préparation {Bearbeitung)^ peuvent enfin lui apparaître dans toute leur clarté.

Nous recommandons d'une façon générale, pour l'interprétation du présent ouvrage, la lecture des deux éditions de la Critique de la raison pure, de la Critique du Jugement, des Fondements de la Métaphysique des mœurs, de la Doctrine du droit, de la Doctrine de la vertu, de la Religion dans les limites de la raison; celle des ErlUiiterungen de Kirchmann, de VExamen des Fondements de la Métaphysique des mœiu's et de la Critique de la Raison pratique de Rarni, du Wôrterhuch zum leichteren Gebrauch der kantischen Schriften, de Schmid *. On pourra également consulter Kuno Fischer, Gesch. d. neu. Philosophie, vol. 3: Zeller, Gesch. d. deutsch. Ph. seit Leibnitz ; Ueberweg, vol. 3; Lange, Gesch. des Materialismus (trad.) ; Hartns, die Philosophie seit Kant ; Romundt, die Vollendung des Sokrates, I. Kants Grundelegung zur Reform der Sittenlehre: B. Erdmann, K's Kritik der Urtheilskraft etProlegomena, K's Kriticismus in der ersten und in der 2ten Auflage der K. der reinen Vernunft; H. Cohen, K's RegrùndungderElhik et Von Kants Einfluss auf die deutsche Kultur ; Noire, die Lehre Kants und der Ursprung der Vernunft; Riehl, Der ph. Kriticismus; Paulsen. Versuch einer Entwickelungsgeschichte d. k. Erkenntnisstheorie ; Riiter, Gesch. d. neu. Ph. (trad.); Schopenhauer. Le monde comme représentation et comme volonté, le Fondement de la morale (trad. Burdeau); Essai sur le libre arbitre (trad. Reinach); Max Mùller, K's Critique of pure reason; W. Walr lace, Kant; Caird, the Philosophy of Kant; Noah Porter, K's Ethics; Adamson, on the Philosophy of Kant; Cantoni, E. Kant vol. 2, Filo-

' Ce dictionnaire, dont sétait déjà servi Degérando (p. XXIX), a été gracieusement mis à notre disposit'on par M. Marion. On peut encore, en s'en servant avec précaution, en tirer profit pour l'étude du kantisme.

sofia practica; Cesca, Storia e dottrina del criticismo; Willm, Histoire de la philosophie allemande depuis Kant; Cousin, la Philosophie de Kant; Nolen, la Métaphysique de Leibnitz et la Critique de Kant; Desdouits, la Philosophie de Kant d'après les trois Critiques (expos, de la C, de la R. pratique) ; Renouvier, Es;sais ; Renouvier et Pillon, Critique philosophique (index); Ribot, Revue philosophique; Boutroux, art. Kant dans la Grande Encyclopédie; Ruyssen, Kant (collection des grands philosophes) Kantstudien, Philosophische Zeitschrift, hgg. von H. Vaihinger; Brochard, La morale ancienne et la morale moderne, Rev. philos., janvier 1901 ; Delbos, La philosophie pratique de Kant, Paris, Alcan. Nous nous bornerons, dans les notes qui suivent, à indiquer les passages qu'il faut rapprocher sur les diverses questions, pour saisir dans son ensemble la pensée de Kant, à rappeler ceux de ses autres ouvrages qui peuvent en faciliter Tintelligence, à faire connaître les discussions auxquelles a donné lieu telle ou telle affirmation et à réunir ce qui peut, dans l'œuvre de Kant, expliquer ces discussions et en donner la solution la plus probable. Nous voulons rendre la Critique de la Raison pratique aussi intelligible qu'elle peut l'être et montrer quelle place elle occupe dans la philosophie de Kant; nous n'avons entrepris ni de la justifier ni de la criti-quer, car nous aurions été conduit à joindre à notre travail un commentaire plus considérable que le texte.

Note 1, p. 1, 1. 4, le parallélisme de la raison pratique avec la raison spéculative. — Kant entend par la raison, la faculté qui nous fournit les principes de la connaissance à priori; par la raison pure, la faculté qui contient les principes au moyen desquels nous connaissons quelque chose absolument à priori (Cr. de la R. pure, Barni, I, 63 sqq.). La raison pure, dans l'usage spéculatif, nous conduit à travers le champ des expériences ; comme il n'y a pas pour elle de satisfaction complète à trouver dans ce champ, elle nous mène de là vers des idées spéculatives qui, à leur tour, nous ramènent à l'expérience. La raison pure contient dans un certain usage pratique, c'est-à-dire dans l'usage moral, des principes de la possibilité de l'expérience ; elle lie à notre intérêt suprême la connaissance d'un être premier et unique comme souverain bien^ que, du point de vue spéculatif, elle ne pouvait qu'imaginer et non faire valoir (II, 341, sqq.). — Par rapport aux objets auxquels elle s'applique, elle est théorique [tfieoretisch) relativement aux objets de la faculté de connaître {Erkenntnissvermôgens) et est alors natu-

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relie ou spéculative : naturelle, en tant que ces objets sont donnés par les sens et que la forme de la connaissance est seule déterminée par la raison ; spéculative, en tant qu'elle a à faire aux choses supra-sensibles et à leurs attributs, dont elle se forme d'abord les concepts, et son usage est, en ce cas, scientifique (philosophique ou mathématique) ou vulgaire. Elle est pratique, en tant qu'elle détermine le pouvoir de désirer, et elle devient la volonté, c'est-àdire un pouvoir de désirer qui est déterminé par la représentation de règles, de lois, de buts. La raison pratique est empiriquement, hypothétiquement, pathologiquement conditionnée, techniquement pra" tique, en tant qu'elle produit des principes matériels, fondés sur l'expérience sensible, qui ne sont par conséquent ni absolument universels, ni apodictiquement pratiques; elle est pure apodictique, moralement pratique, en tant qu'elle produit à priori des principes purs pour le pouvoir de désirer, qu'elle ordonne en un système les désirs qui naissent des penchants sensibles, en tant qu'elle n'est fondée sur aucun sentiment sensible comme sa condition (Schmid, Wôtterbuch z. leichtern Gebrauch der kantischen Schriften, 4te Ausgabe) . — Sur l'affirmation exprimée dans la même pEige, que si la raison est réellement pratique en tant que raison pure, elle prouve sa réalité et celle de ses concepts par le fait même, voyez Fouillée, Critique des Systèmes de morale contemporaiine, Renou^ vier et Pillon, Cr. ph. 188-2-83, II; 1883-84, IL

Note 2, p. 2, 1. 18 ; p. 24, 1. 3 ; p. 46, 1. 24 ; p. 47, 1. 19 ; p. 50, L 4; p. 51, 1. 26; p. 77, 1. 17; p. 79, 1. 17; p. 80, 1. 10 sqq.; p. 117 sqq. ; p. 170, 1. 9 sqq.; p. 190 sqq.; p. 207, 208, 209 sqq. ; p. 240 sqq. Le concept de la liberté, etc. — Il ne faut pas mettre sur la même ligne, comme on peut le voir en rassemblant les divers passages que nous indiquons, les concepts de la liberté, de l'existence de Dieu et de l'immortalité. — Le passage le plus caractéristique pour établir que le concept de la liberté est la clei de voûte de tout l'édifice d'une raison pure et même spéculative, que les postulats de l'immortalité de l'âme et de l'existence de Dieu sont subordonnés à celui de la liberté, est le premier que nous indiquons. — Sur cette question du rapport des postulats, voyez Renouvier et Pillon, Crit. ph. 1880, I; 1872, I; 1879, II; Nolen, Rev. ph. II, 200 sqq.; Beurier, id. III, p. 195 sqq. ; Bridel, La philosophie de la religion de Kant ; voyez également la note 3. Sur la liberté dans Kant, voyez Renouvier, la Science de la morale, Renouvier et Pillon, Critique philosophique (index) ; Paul Janet, la Morale; Emile Beaussire, les Principes de la morale; Fouillée,

Critique des systèmes de morale contemporaine ; Secrétan, Philosophie de la liberté ; Guyau, Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction ; Gerhard, Kant's Lehrevon Freiheit; voyez également dans les Ph. Monatshefte (1880), un Essai de Kant sur la liberté, publié en 1788 dans le n« 100 de VAllgemeine Litteraturzeitung, au moment même où paraissait la Critique de la raison pratique.

Note 3. p. 5, 1. 20; p. 24, 1. 1 sqq.; p. 70, 1. 26 ; p. 75, l.Tsqq. ; p. 83, 1. 6 sqq. ; p. 86; p. 90 sqq.; p. 161 ; p. 176, 1. 12 sqq. ; p. 186, 1. U; p. 188 sqq. ; p. 194; p. 196, 1. 22; p. 218 sqq.; p 243 sqq. Ici s^explique tout d'abord aussi l'énigme de la critique, etc. — En réunissant et en comparant ces différents passages, on pourra se faire une idée suffisamment exacte du rapport qui existe, d'après la Critique de la raison pratique, entre cet ouvrage et la Critique de laredson pure. — On sait que les opinions les plus diverses ont été soutenues à ce sujet : en laissant de côté la critique de Heine, qui n'est qu'une plaisanterie, nous pouvons rappeler l'opinion de Cousin et de l'école éclectique, qui ont toujours vu une contradiction manifeste entre les deux Critiques, de Benno Erdmann qui soutient que la déformation de la pensée kantienne, commencée avec les Prolégomènes, s'achève avec la Critique de la raison pratique, où Kant ne craint pas de présenter la morale et ses principes comme la clef de voûte de tout son édifice philosophique, où cet homme, qui avait usé de la plus merveilleuse puissance d'analyse pour démontrer le néant de tout dogmatisme métaphysique, la vanité de toute monadologie, ramène la vieille ontologie vaincue et mourante par une porte dérobée, celle de l'impératif catégorique. Au contraire, Jean Paul voit dans l'auteur de la Raison pratique, non seulement une lumière éclatante, mais tout un système de soleils éclatants, Harms soutient que la Critique de la raison pratique est le but véritable de toute la philosophie de Kant. Il n'est pas vrai, dit de son côté M. Renouvier, que Kant ait restauré, dans sa Critique de la raison pratique, les mêmes notions ou existences qu'il avait déclarées inabordables à la raison spéculative; il les rétablit sous les mêmes noms, non sous les mêmes rapports; il n'y a aucun fondement à l'accusation banale de contradiction entre les deux Critiques. Le D"" Arnoldt non seulement ne croit pas à une telle contradiction, mais encore il pense que la doctrine de Kant constitue le plus solide rempart de la foi religieuse contre les attaques sans cesse renouvelées de l'incrédulité scientifique ou philoso-

phique (voyez, dans notre Avant-propos, les jugements aussi divers qui furent portés d'abord sur le kantisme).

Nous essayerons de mettre sous les yeux du lecteur quelques textes qui lui permettront de décider, croyons-nous, qu'il n'y a pas eu un changement essentiel dans la pensée de Kant et que, dès 1780 tout au moins, il poursuivait le but qu'il a atteint en 1788. Nous n'aborderons pas par conséquent la question de savoir s'il y a contradiction entre les doctrines tîes deux Critiques, prises comme traitant exclusivement l'une de la raison pure, l'autre de la raison pratique.

Rappelons d'abord, par les titres et les divisions, le contenu de» deux ouvrages :

CRITIQUE DE LA RilSON PURE

Théorie élémentaire transcendantale.

Première PiRiiE. — Esthétique

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