‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 119 sur 136 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

.Du principe suprême de tous le« Jugements

syntliétiqueB

La définition de la possibilité des jugements synthéfîques est un problème où la logique générale n'a absolument rien à voir, et dont elle n'a même pas besoin de con- Daitre le nom. Mais dans une logique transcendentale, la tâche la plus importante de toutes, et l'on pourrait même dire la seule tâche, c'est de rechercher la possibilité des jugements synthétiques à priori^ ainsi que les conditions et l'étendue de leur valeur. En effet, ce n'est qu'après avoir accompli cette tâche qu'elle est vraiment en état d'atteindre son but, qui est de déterminer l'étendue et les limites de l'entendement pur.

Dans les jugements analytiques, je n'ai pas besoin de sortir du concept donné pour prononcer quelque chose sur ce concept. Le jugement est-il affirmatif, je ne fais que joindre au concept ce qui s'y trouvait déjà pensé; est-il négatif, je ne fais qu'exclure du concept son contraire. Mais dans les jugements synthétiques, il faut que je sorte du concept donné pour considérer dans son rapport avec lui quelque autre chose que ce qui y était pensé; par conséquent, ce rapport n'est jamais un rapport ni d'identité ni de contradiction, et à cet égard le jugement ne peut présenter ni vérité ni erreur.

Or, dès qu'on admet qu'il faut sortir d'un concept donné pour le rapprocher synthétiqueipent d'un autre, on doit admettre aussi un troisième terme qui seul p8ut produire la synthèse des deux concepts. Quel est donc ce troisième terme qui est comme le- médium de tous les jugements synthétiques? Ce ne peut être qu'un ensemble où sont renfermées toutes nos représentations, à savoir le sens intérieur, et la forme à priori de ce sens, le temps. La synthèse des représentations reposé sur l'imagination, mais leur unité synthétique (qu'exige le jugement) se fonde sur l'unité de l'aperception. C'est donc ici qu'il faut chercher la possibilité des jugements synthétiques, et aussi, puisque les trois termes renferment tous des sources de représentations à priori^ la possibilité de jugements synthétiques purs; ils seront même nécessaires en vertu de ces principes, s'il en doit résulter une connaissance des objets qui repose simplement sur la synthèse des représentations.

Pour qu'une connaissance puisse avoir une réalité objective, c'est-à-dire se rapporter à un objet et y trouver sa valeur et sa signification, il faut que l'objet puisse

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être donné de quelque façon. Autrement les concepts sont vides ; et, si Ton a pensé ainsi quelque chose, on n'a en réalité rien connu par cette pensée ; on n'a fait que jouer avec des représentations. Or donner un objet, s'il n'est pas à son tour médiatement pensé, mais immédiatement représenté dans l'intuitiop, ce n'est autre chose qu'en rapporter la représentation à l'expérience (qu'elle soit réelle ou simplement possible) \ L'espace et le temps sont sans doute des concepts purs de tout élément empirique, et il est bien certain qu'ils sont représentés tout à fait à priori dans l'esprit ; mais, malgré cela, ils n'auraient eux-mêmes aucune valeur objective, ni aucune signification , si l'on n'en montrait l'application nécessaire aux objets de l'expérience. Leur représentation n'est laaême qu'un schème se rapportant toujours à l'imagination reproductive, laquelle appelle les objets de l'expéxience , sans lesquels ils n'auraient pas de sens. H en est siinsi de tous les concepts sans distinction.

La possibilité de Vexpérience est donc ce qui donne la réalité objective à toutes nos connaissances à priori. Or l'expérience repose sur l'unité synthétique des phénomènes, c'est-à-dire sur une synthèse de l'objet des phénomènes en général qui s'opère suivant des concepts, et . sans laquelle elle n'aurait pas le caractère d'une connaissance, mais celui d'une rapsodie de perceptions qui ne formeraient point entre elles un contexte suivant les règles d'une conscience (possible) partout liée, et qui par conséquent ne se prêteraient pas à l'unité transcenden-

* Einen Gegenstand gehen, wevm dièses nicht wiederum nur mitteïbar gmânt seyn soU, sondern unnUttelbar in der Aftschauung darsteUen, ist nichts anders als dessen Vorstellung auf Erfahrung (es sey mrk- \khe oder doch môgliche) beziehen.

taie et nécessaire de l'aperception. L'expérience a donc pour .fondement des principes qui déterminent sa forme à prhri^ c'est-à-dire des règles générales qui constituent l'unité dans la synthèse des phénomènes; et la réalité objective de ces conditions nécessaires peut toujours être montrée dans l'expérience, ne fût-ce que dans l'expérience possible. En dehors de ce rapport, les propositions synthétiques à priori sont tout à fait impossibles, puisqu'elles n'ont pas de troisième terme, c'est-à-dire d'objet pur où l'unité synthétique de leurs concepts puisse établir sa réalité objective.

Encore donc que de l'espace en général ou des figures qu'y dessine l'imagination productive, nous connaissions à priori bien des choses au moyen de jugements synthétiques, sans avoir réellement besoin pour cela d'aucune expérience, cette connaissance ne serait qu'un vain jeu de l'esprit, si l'où ne regardait pas l'espace comme la condition des phénomènes qui constituent la matière de l'expérience extérieure. Ces jugements synthétiques purs se rapportent donc, bien que d'une manière simplement médiate, à l'expérience possible ou plutôt à sa possibilité même, et c'est uniquement là-dessus qu'ils fondent la . valeur objective de leur synthèse.

L'expérience, comme synthèse empirique, étant donc dans sa possibilité le seul mode de connaissance qui donne de la réalité à toute autre synthèse, celle-ci, comme connaissance à priori, n'a elle-même de vérité (elle ne s'accorde avec l'objet) qu'autant qu'elle ne contient rien de plus que ce qui est nécessaire à l'unité synthétique de l'expérience en général.

Le principe suprême de tous les jugements synthétiques, c'est donc que tout objet est soumis aux condi-

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tions nécessaires de l'unité synthétique des éléments divers de l'intuition au sein d'une expérience possible.

C'est de cette manière que des jugements synthétiques à priori sont possibles, lorsque nous rapportons à une connaissance expérimentale possible les conditions formelles de l'intuition à priori, la synthèse de l'imagi- Jiation et son unité nécessaire au sein d'une aperception transcendentale, et que nous disons : les conditions de la jH)ssibilité de Vexpérievwe en général sont en même temps celleâ de la possibilité des objets de F expérience, et c'est pourquoi elles ont une valeur objective dans un jugement synthétique à priori.

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