‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 124 sur 136 · PREMIÈRE ANALOGIE W · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ANALOGIE W

dmts. Elles sont toujours réelles, puisqu'elles concernent

Texistence de la substance (les négations ne sont que

(ies déterminations exprimant la non-existence de quelque

cbose dans la substance). Lorsqu'on attribue une exis*

tence particulière à ces déterminations réelles de la

substance (par exemple au mouvement considéré comme

on accident de la matière), on appelle cette existence

iéérence^ pour la distinguer de l'existence de la substance

même, qu'on nomme subsistance. Mais il en résulte beau*

coop de malentendus, et l'on s'exprimerait avec plus

d'exactitude et de justesse en désignant uniquement sous

le nom d'accident la manière dont l'existence d'une subs*

tonee est déterminée positivement. Cependant en vertu

des conditions auxquelles est soumis l'usage logique de

notre entendement, on ne peut éviter de détacher en

quelque sorte ce qui peut changer dans l'existence d'une

substance, tandis que la substance reste, et de le consi*

lérer dans son rapport avec ce qui est proprement per-

nanent et radical. C'est pourquoi aussi cette catégorie

•entre sous le titre des rapports, plutôt comme condition

le ces rapports que comme contenant elle-même un rap-

)ort.

C'est sur cette permanence que se fonde aussi la lé- ^timité du concept de changement. Naître et périr ne ^ont pas des changements de ce qui naît ou périt. Le changement est un mode d'existence qui succède à un autre mode d'existence du même objet. Tout ce qui change est donc permanent^ et il n'y a que son étai qui mtk^. Et comme cette variation, cette vicissitude^ ne concerne que les déterminations, qui peuvent finir ou

' WéchBelt. — * Dtwer Wecksél.

248 ANALYTIQUE TRANSCEN DENTALE

commencer, on peut dire, au risque d'employer une ei- —

pression en apparence quelque peu paradoxale, que seul M

le permanent (la substance) change, et que le variaUe -^ n'éprouve pas de changement, mais une vidsêitude^ pois- — que certaines déterminations cessent et que d'autres «s commencent.

Le changement ne peut donc être perçu que dans h substances, et il n'y a de perception possible du ou du mourir qu'en tant que ce sont de simples déterminations du permanent, puisque c'est justement ce permanent qui rend possible la représentation du passage d'i état à un autre et du non-être à l'être, et que par coi séquent on ne saurait les connaître empiriquement qu^^

comme des déterminations variables de ce qui est perma

nent. Supposez que quelque chose commence d'êtr^^ absolument, il vous faut admettre un moment où i-^ — , n'était pas. Or à quoi voulez-vous rattacher ce moment::::^ si ce n'est à ce qui était déjà ? Car un temps vide antérieur n'est point un objet de perception. Mais si vous liez cette naissance aux choses qui étaient auparavant et qui ont duré jusqu'à elle, celle-ci n'était donc qu'uni modification de ce qui était déjà, c'est-à-dire du permanent. Il en est de même de Tanéantissement d'une chose il présuppose la représentation empirique d'un temps ou un phénomène cesse d'être.

Les substances (dans les phénomènes) sont les substratrums de toutes les déterminations de temps. Li naissance des unes et l'anéantissement des autres supprimeraient même l'unique condition de l'unité empiriqu^^ du temps, et les phénomènes se rapporteraient alors àdeu>^ sortes de temps, dont l'existence s'écoulerait simultanément, ce qui est absurde. En effet il n'y a qu'un temps,

et tous les divers temps n'y doivent pas être considérés comme simultanés, mais comme successifis.

La permanence est donc une condition nécessaire, qui seule permet de déterminer les phénomènes, comme choses ou comme objets, dans une expérience possible. Mais quel est le critérium empirique de cette permanence nécessaire et avec elle de la substantialité des phénomènes ? C'est sur quoi la suite nous fournira l'occasion de faire les remarques nécessaires.

Deuxième analogie

Principe de la succession dans le temps suivant la loi de la causalité : Tous les changements arrivent suivant la loi de la liaison des effets et des causes (a).

PREUVE

(Le principe précédent a démontré que tous les phénomènes de la subcession dans le temps ne sont que des changements^ c'est-à-dire une existence et une nonexistence successives des déterminations de la substance permanente, et que par conséquent il n'y a pas heu d'admettre une existence de la substance même qui suivrait sa non-existence, ou une non-existence qui sui-

(a) 1" édition: c PHndpe de la production, — Tout ce qui arrive (tout ce qui commence d'être) suppose quelque chose à quoi il succède suivant une règle. »

250 ANALYnQUE TRANSCENDENTALE

vrait son existence, ou, en d'autres termes, un commencement ou une fin de la substance elle-même. Ce principe aurait pu encore être formulé ainsi: toute succession des phénomènes n^est que changement; car le commaicem^t ou la fin de la substance ne sont pas des changements de cette substance, puisque le concept de changement suppose le même sujet existant avec deux déterminations opposées, par conséquent permanent. — Après cet avCTtissement, venons à la preuve.)

Je perçois que des phénomènes se succèdent, c'est-à dire qu'un certain état des choses existe à un moment, tandis que le contraire existait dans l'état précédent. Je relie donc, à proprement parler, deux perceptions dans le temps. Or cette liaison n'est pas l'œuvre du simple sens et de l'intuition, mais le produit d'une faculté synthétique de l'imagination, qui détermine le sens intérieur relativement aux rapports de temps. C'est cette faculté qui relie entre eux les deux états de telle sorte que l'un ou l'autre précède dans le temps ; car le temps ne peut pas être perçu en lui-même, et c'est uniquement par rapport à lui que l'on peut déterminer dans l'objet, empiriquement en quelque sorte, ce qui précède et ce qui suit. Tout ce dont j'ai conscience, c'est donc que mon imagination place l'un avant et l'autre après, mais non pas que dans l'objet un état précède l'autre; en d'autres termes, la simple perceptioci laisse indéterminé le rapport objectif des phénomènes qui se succèdent. Or pour que ce rapport puisse être connu d'une manière déterminée, il faut que la relation entre les deux états soit conçue de telle sorte que l'ordre dans lequel ils doivent être placés se trouve par là déterminé comme nécessaire, celui-ci avant, celui-là après, et non dans l'ordre inverse. Mais le

concept qui renferme la nécessité d^une union synthétique ne peut être qu'un concept pur de l'entendement, et il ne saurait se trouver dans la perception. C'est ici le concept du rapport de la came et de Veffet^ c'est-à-dire d'un rapport dont le premier terme détermine le second comme sa conséquence, et non pas seulement comme quelque chose qui pourrait précéder dans l'imagination (ou même n'être pas du tout perçu). Ce n'est donc que parce que nous soumettons la série des phénomènes, par conséquent tout changement, à la loi de la causaUté, que l'expérience même, c'est-à-dire la connaissance empirique de ces phénomènes est possible; par conséquent ils ne sont euxmêmes possibles comme objets d'expérience qu'au moyen de cette loi {a).

L'appréhension de ce qu'il y a de divers dans le phénomène est toujours successive. Les représentations des parties se succèdent les unes aux autres. Quant à savoir si elles se suîvent aussi dans l'objet, c'est là un second point de la réflexion, qui n'est pas. contenu dans le premier. Or on peut bien nommer objet toute chose, et même toute représentation, en tant qu'on en a conscience; mais, si l'on demande ce que signifie ce mot par rapport aux phénomènes, envisagés, non comme des objets (des représentations), mais comme désignant seulement un objet, c'est là la matière d'une recherche plus approfondie. En tant qu'ils sont simplement, comme représentations, des objets de conscience, ils ne se distinguent pas de l'appréhension, c'est-à-dire de l'acte qui consiste à les admettre dans la synthèse de l'imagination, et par con-

(a) Ces deux premiers paragraphes sont une addition de la seconde édition.

séquent on doit dire que ce qu'il y a de divers dans les phénomènes est toujours produit successivement dans l'esprit. Si les phénomènes étaient des choses en soi, personne ne pourrait expliquer par la succession des représentations de ce qu'ils ont de divers conmient cette diversité est liée dans l'objet. En effet nous n'avons aflfairc qu'à nos représentations; il est tout à fait en dehors de la sphère de notre connaissance de savoir ce que peuvent être les choses en soi (considérées indépendamment des représentations par lesquelles elles nous affectent). Mais, bien que les phénomènes ne soient pas des choses en soi et qu'ils soient néanmoins la seule chose dont nous puissions avoir connaissance, je dois montrer quelle liaison convient dans le temps à ce qu'il y. a de divers dans les phénomènes eux-mêmes, tandis que la représentation de cette diversité est toujours successive dans l'appréhension. Ainsi, par exemple, l'appréhension de ce qu'il y a de divers dans le phénomène d'une maison, placée devant mqi, est successive. Or demande- t-on si les diverses parties de cette maison sont aussi successives en soi; personne, assurément, ne s'avisera de répondre oui. Mais si, en élevant mes concepts d'un objet jusqu'au point de vue transcendental , je vois que la maison n'est pas un objet en soi, mais seulement un phénomène, c'est-à-dire une représentation, dont l'objet transcendental est inconnu, qu'est-ce donc que j'entends par cette question : comment ce qu'il y a de divers dans le phénomène lui-même (qui pourtant n'est rien eu soi) peut-il être lié? Ce qui se trouve dans l'appréhension successive est considéré ici comme repré sentation ; mais le phénomène qui m'est donné, quoique n'étant qu'un ensemble de ces représentations, est considéré comme

l'objet de ces mêmes représentations, comme un objet avec lequel doit s'aécorder le concept que je tire des représentations de l'appréhension. On voit tout de suite que, comme l'accord de la connaissance avec l'objet constitue la vérité, il ne peut être ici question que des conditions formelles de la vérité empirique, et que le phénomène, par opposition aux représentations de l'appréhension, ne peut être représenté que comme un objet différent de ces représentations, en tant que l'appréhension est soumise à une règle qui la distingue de toute autre, et qui rend nécessaire une espèce de liaison de ses éléments divers. Ce qui dans le phénomène contient la condition de cette règle nécessaire de l'appréhension, est l'objet.

Venons maintenant à notre question. Que quelque chose arrive, c'est-à-dire qu'une chose ou un état, qui n'était pas auparavant, soit actuellement, c'est ce qui ne peut être empiriquement perçu, s'il n'y a pas eu précédemment un phénomène qui ne contenait pas cet état ; car une réalité qui succède à un temps vide, par conséquent Un commencement que ne précède aucun état des choses, ne peut pas plus être appréhendé par nous que le temps vide lui-même. Toute appréhension d'un événement est donc une perception qui succède à une autre. Mais comme, dans toute synthèse de l'appréhension, les choses se passent ainsi que je l'ai montré plus haut pour l'appréhension d'une maison, elle ne se distingue pas encore par là des autres. Voici seulement ce que je remarquerai ^n outre : si dans un phénomène contenant un événement, j'appelle A l'état antérieur de la perception, et B le suivant, B ne peut que suivre A dans l'appréhension, et la perception A ne peut pas suivre B, mais seulement le précéder. Je vois, par exemple, un bateau des-

254 ANALYTIQUE TRANSCENDfiNTALE

cendre le courant d'un fleuve. Ma perception du lieu où ce bateau se trouve en aval du fleuve, succède à celle du lieu où il se trouvait en amont, et il est impossible que dans l'appréhension de ce phénomène le bateau soit perçu d'abord en aval, et ensuite en amont. L'ordre des perceptions qui se succèdent dans Tappréhension est donc ici déterminé, et elle-même en dépend. Dans le précédent exemple de l'appréhension d'une maison, mes perceptions pouvaient commencer par le faîte de la maisoa et finir par les fondements, ou bien commencer par le bas et finir par le haut, et de même elles pouvaient appréhender par la droite ou par la gauche les éléments divers de l'intuition empirique. Dans la série de ces perceptions, il n'y avait donc pas d'ordre déterminé qui me forçât à commencer par ici ou pai' là pour lier empiriquement les éléments divers de mon appréhension. Mais cette règle ne saurait manquer dans la perception de c^ qui arrive^ et elle rend nécessaire l'ordre des perceptions successives (dans l'appréhension de ce phénomène).

Je dériverai donc, dans le cas qui nous occupe, la sécession subjective de l'appréhension de la succession objective des phénomènes, puisque la première sans la seconde serait tout à fait indéterminée et ne distinguerait aucun phénomène d'un autre. Seule, celle-là ne prouve rien quant à la liaison des éléments divers dans l'objet, puisqu'elle est tout arbitraire. La seconde consistera donc dans un ordre des éléments divers du phénomène, tel que l'appréhension de l'un (qui arrive) suive, selon une règle, celle de l'autre (qui précède). C'est ainsi seulement que je puis être fondé à dire du phénomène lui-même , et non pas seulement de mon appréhension, qu'on j- doit trouver une succession; ce qui signifie que je ne saurais

établir l'appréhension que précisément dans cette succession.

D'après ce principe, c'est donc dans ce qui en général précède un événement que doit se trouver la condition qui donne lieu à une règle selon laquelle cet événement suit toujours et nécessairement; mais je ne puis renverser l'ordre en partant de l'événement et déterminer (par J'appréhension) ce qui précède. En effet , nul phénomène ne retourne du moment suivant à celui qui précède, quoique tout phénomène se rapporte à quelque moment €mtérieur; un temps étant donné, un autre temps déterminé le suit nécessairement. Puis donc qu'il y a quelque chose qui suit, il faut nécessairement que je le rapporte à quelque chose qui précède et qu'il suit selon une règle, c'est-à-dire nécessairement, de telle sorte que l'événement, comme conditionné, nous renvoie sûrement à ijuelque condition qui le détermine.

Supposez qu'il n'y eût avant un événement rien que celui-ci dût suivre selon une règle, toute succession pour la perception n'existerait que dans l'appréhension, c'est-à- <3ire que ce qui précéderait proprement et ce qui suivrait c[ans les perceptions ne serait déterminé que d'une manière toute subjective, et pas du tout objectivement. INous n'aurions de cette manière qu'un jeu de représentations qui ne se rapporterait à aucun objet, c'est-à-dire que par notre perception un phénomène ne serait nullement distinct de tout autre , sous le rapport du temps , puisque la succession dans l'acte d'appréhender ^ est toujours identique, et que par conséquent il n'y a rien dans le phénomène qui la détermine, de telle sorte qu'une cçr-

' Im Apprehendiren.

256 ANALYTIQUE TRA5SCEKDE?rrALE

taine suite soit rendae par là objectivement nécessaire. Je ne dirais donc pas alors qoe denx états se sdvent dans le phâiomène, mais seulement qu'une appréhension en suit une autre, ce qui est quelque chose de tout subjectif, et ne détermine aucun objets et par conséquent ne peut équivaloir à la connaissance de quelque objet (pas même dans le phénomène).

Quand donc nous apprenons que quelque chose arrive, nous présupposons toujours que quelque chose a précédé qu'il a suivi selon une règle. Autrement, je ne dirais pas de l'objet : il mit, puisque la seule succession dans mon appréhension, si elle n'est pas déterminée par une règle relativement à quelque chose qui a précédé, ne prouve pas une succession dans l'objet C'est donc toujours ev égard à une règle d'après laquelle les phénomènes soni déterminés dans leur succession, c'est-à-dire tels qu'il* arrivent, par l'état antérieur, que je donne à ma synthèse subjective (de l'appréhension) une valeur objective et ce n'est que sous cette supposition qu'est possible l'expérience même de quelque chose qui arrive.

Cela, il est vrai, semble contredire toutes les remarquer que l'on a toujours faites sur la marche de notre entendement. D'après ces remarques, c'est seulement par la perception et la comparaison de plusieurs événements succédant d'une manière uniforme à des phénomènes antérieurs, que nous sommes conduits à découvrir une règle d'après laquelle certains événements suivent toujours certaiD? phénomènes, et à nous faire ainsi un concept de cause. A ce compte, ce concept serait purement empirique, et la règle qu'il fournit, à savoir que tout ce qui arrive a une cause, serait tout aussi contingente que l'expérience elle-même : son universalité et sa nécessité seraient donc

purement fictives , et n'auraient pas de véritable valeur, puisqu'elles ne seraient pas fondées à priori, mais ne s'appuieraient que sur l'induction. Il en est ici comme des autres représentations pures à priori (par exemple de l'espace et du temps), que nous ne pouvons tirer de l'expérience à l'état de concepts clairs que parce que nous les avons mises dans l'expérience, et que nous n'avons constitué celle-ci que par le moyen de celleslà. Mais, si cette représentation d'une règle déterminant la série des événements ne peut acquérir la clarté logique d'un concept de cause que quand nous en avons fait usage dans l'expérience, la considération de cette règle comme condition de l'unité sj-nthétique des phénoxnènes dans le temps n'en est pas moins le fondement de l'expérience même, et par conséquent la précède à priori

Il s'agit donc de montrer par un exemple que jamais, même dans l'expérience, nous n'attribuons à l'objet la succession (que nous nous représentons dans un événement, lorsque quelque chose arrive qui n'existait pas auparavant) et ne la distinguons de la succession subjective qui se manifeste dans notre appréhension, qu'à la condition d'avoir pour principe une règle qui nous contraigne à garder cet ordre des perceptions plutôt qu'un autre, si bien que c'est proprement cette nécessité qui rend possible la représentation d'une succession dans l'objet.

Nous avons en nous des représentations dont nous pouvons aussi avoir conscience. Mais, si étendue* si exacte 6t si précise que puisse être cette conscience, ce ne sont toujours que des représentations, c'est-à-dire des déterminations intérieures de notre esprit dans tel ou tel rapport de temps. Conunent donc arrivons-nous à leur supposer un objet, ou à leur attribuer, outre la réalité

subjective qu'elles ont comme modifications, je ne sais quelle réalité objective? La valeur objective ne peut signifier un rapp(^rt à une autrô représentation (à celle de ce que l'on attribuerait à l'objet) ; autrenjent on retombe sur cette question : comment cette représentation à son tour sort-elle d'elle-même, et acquiert-elle une= valeur objective, outre la valeur subjective qu'elle possède comme détermination de l'état de l'esprit? Si nous cher — chons quelle nouvelle qualité le rapport à un objet ajout à nos représentations et quelle espèce de dignité elles retirent, nous trouvons que ce rapport ne fait rien autr^

chose que de rendre nécessaire la liaison des représenta

tions dans un certain sens et de les soumettre à une règl^ et que réciproquement elles n'acquièrent une valei^ objective que parce qu'un certain ordre est nécessaire entre elles sous le rapport du temps.

Dans la synthèse des phénomènes les éléments dive des représentations se succèdent toujours les uns a autres. Or aucun objet n'est représenté par là; car, p cette succession, qui est commune à toutes les appréhe sions, rien n'est distingué de rien. Mais, dès que je p&m* çois ou que je présuppose que cette- succession impUq^tac un rapport à un état antérieur d'où dérive la représentation suivant une règle, alors je me représente quelqiue chose comme un événement, ou comme arrivant ; c'est-àdire que je connais un objet que je dois placer daus le temps* à un certain point déterminé, lequel, d'après l'état antérieur, ne peut être autre que celui-là. Quand donc je perçois que quelque chose arrive, cette représentation implique d'abord que quelque chose a précédé, puisque c'est précisément par rapport à ce quelque chose d'antérieur que le phénomène se coordonne dans le temps,

c'jest-à-dire est représenté comme existant après un temps antérieur où il n'existait pas. Mais il n'occupe, dans ce rapport, ce point déterminé du temps, que parce que, dans l'état antérieur, quelque chose est supposé qu'il suit toujours, c est-à-dire selon une règle ; d'où il résulte, en premier lieu, que je ne puis intervertir la série, en mettant ce qui arrive avant ce qui précède, et, en second lieu, 4îue, l'état qui précède étant donné, cet événement déterminé suit inévitablement et nécessairement. C'est ainsi <iu'il s'établit entre nos représentations un certain ordre où le présent (en tant qu'il est arrivé) nous renvoie à un ^tat antérieur, comme à un corrélatif, mais indéterminé «encore, de l'événement donné, et où, à son tour, ce corrélatif se rapporte d'une manière déterminée à cet événement, comme à sa conséquence, et le lie nécessairement à lui dans la série du temps.

Si donc c'est une loi nécessaire de notre sensibilité, par conséquent une condition formelle de toutes nos perceptions, que le temps qui précède détermine nécessairement celui qui suit (puisque je ne puis- arriver à cçlui-ci qu'en passant par celui-là), c'est aussi une loi essentielle de la représentation empirique de la succession dans le temps, que les phénomènes du temps passé déterminent oeux du temps suivant, et que ces derniers n'aient lieu, comme événements, qu'autant que les premiers déterminent leur existence dans le temps, c'est-à-dire les fixent d'après une règle. Nou^s ne pouvons en effet conncâtre empiriquement cette continuité dans Tencfwânemeni des temps pe dans les phénomènes.

Toute expérience suppose l'entendement : c'est lui qui «n constitue la possibilité, et la première chose qu'il fait pour cela n'est pas de rendre claire la représen-

260 ANALYTIQUE TRANSCEN DENTALE

tation des objets, mais de rendre possible la représentation d'un objet en général. Or il ne le peut qu'en transportant l'ordre du temps aux phénomènes et à leur existence, c'est-à-dire en assignant à chacun d'eux, considéré comme conséquence, une place déterminée à priori dans le temps, par rapport aux phénomènes précédents, puisque sans cette place ils ne s'accorderaient pas avec le temps même, lequel détermine à priori la place de toutes ses parties. Mais cette détermination des places ne peut dériver du rapport des phénomènes au temps absolu (car celui-ci n'est pas un objet de perception); il faut au contraire que les phénomènes se déterminent leurs places les uns aux autres dans le temps lui-même et les rendent nécessaires dans l'ordre du temps, c'est-à-dire que ce qui suit ou arrive doit suivre, d'après une loi générale, ce qui était contenu dans l'état précédent. De là une série de phénomènes qui, au moyen de l'entendement, produit et rend nécessaire précisément le même ordre, le même enchaînement continu dans la série des perceptions possibles, que celui qui se trouve à priori dans la forme de l'intuition intérieure (dans le temps), oii toutes les perceptions devaient avoir leur place.

Quand donc je dis que quelque chose arrive, c'est une perception appartenant à une expérience possible, que je réalise en considérant le phénomène comme déterminé dans le temps, quant à sa place, et par conséquent comme un objet qui peut toujours être trouvé suivant une règle dans l'enchaînement des perceptions. Or cette règle qui sert à déterminer quelque chose dans la série du temps, est que la condition qui fait que l'événement suit toujours (c'est-à-dire d'une manière nécessaire) se trouve dans c^ qui précède. Le principe de la raison suffisante est don^

le fondement de toute expérience possible, c'est-à-dire de la connaissance objective des phénomènes au point de viie de leur rapport dans la succession du temps.

La preuve de ce principe réside uniquement dans les considérations suivantes. Toute connaissance empirique suppose la synthèse des éléments divers opérée par l'imagination, laquelle est toujours successive, ce qui veut dire que les représentations y viennent toujours les unes après les autres. Mais l'ordre de succession (ce qui doit précéder et ce qui doit suivre) n'est nullement déterminé dans l'imagination, et la série de l'une des représentations qui se suivent peut être prise en remontant aussi bien qu'en descendaut. Or, si cette synthèse est une synthèse de l'appréhension (des. éléments divers d'une intuition donnée), l'ordre est déterminé dans l'objet, ou, pour parler plus exactement, il y a, dans la synthèse successive qui détermine un objet, un ordre d'après lequel quelque chose doit nécessairement précéder, et, ce quelque chose une fois posé, quelque autre chose suivre nécessairement. Pour que ma perception puisse impliquer la connaissance d'un événement ou de quelque chose qui arrive réellement, il faut donc qu'elle soit un jugement empirique où je conçoive que la succession est déterminée, c'est-à-dire que cet événement suppose, dans le temps, un autre phénomène qu'il suit nécessairement, ou selon une règle. Autrement, si, l'antécédent étant donné, l'événement ne le suivait pas nécessairement, il me faudrait le tenir pour un jeu subjectif de mon imagination, et regarder comme un pur rêve ce que je pouiTais m'y représenter encore d'objectif Le rapport en vertu duquel, dans les phénomènes (considérés comme perceptions possibles), l'existence de ce qui suit (de ce qui ar-

Wi ANALYTIQUE TRANSCENDENTALE

rive) est, nécessairement et suivant une règle, déterminée dans le temps par quelque chose qui précède, en un mol le rapport de la cause à l'effet est la condition de la valeui objective de nos jugements empiriques, au point de vue de la série des perceptions, par conséquent de leur vérité empirique, par conséquent encore de l'expérience. Le principe du rapport de causalité dans la série des phénomènes a donc aussi une valeur antérieure à tous les objets de l'expérience (soumis aux conditions de la succession), puisqu'il est lui-même le principe qui rend possible cette expérience.

Mais il y a encore ici une difficulté qu'il faut écarter. Le principe de la liaison causale entre les phénomènes est restreint, dans notre formule, à la succession de leurs séries, tandis que, dans l'usage de ce principe, il se trouve qu'il s'applique aussi à leur simultanéité, et que la cause et l'effet peuvent être en même temps. Par exemple, il fait dans une chambre une chaleur qui n'existe pas en plein air. J'en cherche la cause, et je trouve un fourneau allumé. Or ce fourneau est, comme cause, en même temps que son effet, c'est-à-dire la chaleur de la chambre \ il n'y a donc pas ici de succession, dans le temps, entre la cause et l'effet, mais ils sont simultanés, et la loi n'eu reste pas moins applicable. La plupart des causes efficientes de la nature sont en même temps que leurs effets et la succession de ceux-ci tient uniquement à ce que h cause ne peut pas produire tout son effet en un moment Mais dans le moment où l'effet commence à se produire il est toujours contemporain de la causalité de sa cause puisque, si cette cause avait cessé d'être un instant auparavant, il n'aurait pas eu lieu lui-même. Il faut biei remarquer ici qu'il s'agit de V ordre du temps et non de soi

cours : le rapport demeure, bien qu'il n'y ait pas eu de temps écoulé. Le temps entre la causalité de la cause et son effet immédiat peut s évanouir (et par conséquent la cause et l'effet être simultanés), mais le rapport de l'un à l'autre reste toujours déterminable dans le temps. Si, par exemple, une boule est placée sur un moelleux coussin et y imprime une légère dépression, cette boule, considérée comme cause, est en même temps que son effet Mais je les distingue cependant tous deux par le rapport de temps qu'implique leur liaison dynamique. En effet, quand je place la boule sur le coussin, la dépression de ce coussin succède à la forme unie qu'il avait auparavant ; mais si le coussin a déjà reçu (n'importe comment) une dépression, il n'en est plus de même(l).

La succession est donc en tout cas Tunique critérium empirique de l'effet dans son rapport avec la causalité de la cause qui précède. Le verre est la cause de l'élévation de l'eau au-dessus de sa surface horizontale, bien que les deux phénomènes soient en même temps. En effet, dès que je puisse de l'eau avec un verre dans un plus grand vase, quelque chose suit, à savoir le changement de la figure horizontale qu'elle avait dans ce vase ^ti une figure concave qu'elle prend dana le verre.

Cette causalité conduit au concept de l'action, celle-cî ^Vi concept de la force et par là à celui de la substance. Oomme je ne veux pas mêler à mon entreprise critique,.

(1) Kant veut dire (l'expression de sa pensée est si peu claire ici .'elle a besoin d'explication) que le changement qui s'opère dans la rme du coussin peut seul nous servir à reconnaître un rapport de ^use à effet entre la boule et la dépression de ce .coussin, et qu'ainsi ce apport ne se manifeste à nous qu'au moyen d'une succession d'états vers. Telle est, en effet, la conclusion à laquelle il arrive dans l'alinéa suivant J. B.

laquelle ne concerne que les sources de la connaissance synthétique à priori^ des analyses qui ne tendent qu'à l'éclaircissement (et non à l'extension) des concepts, je réserve pour un futur système de la raison pure l'exa,men détaillé de ces concepts. Aussi bien cette analyse se trouve-t-elle déjà, en une riche mesure, dans les ouvrages connus qui traitent de ces matières. Mais je ne puis m. c dispenser de parler du critérium empirique d'une substance, en tant qu'elle semble se manifester, non par 1 ^ permanence du phénomène, mais par l'action, où elle se révèle mieux ou plus facilement.

Là où est l'action, et par conséquent l'activité et la force, là aussi est la substance, et c'est dans celle-ci seulement qu'il faut chercher le siège de celles-là, qui sont les sources fécondes des phénomènes. Voilà qui est trfesbien dit; mais, si l'on veut se rendre compte de ce qiae l'on entend par substance et ne pas tomber à ce suj et dans un cercle vicieux, la réponse n'est pas si facile. Comment conclure immédiatement de l'action à la permanerM^^ de l'agent, ce qui pourtant est un critérium essentiel «t propre de la substance (phœnomenon) ? Mais, d'après ce qui précède, la solution de la question ne présente poixrtant aucune difficulté de ce genre, bien que par la ux^nière ordinaire (de traiter analytiquement nos concepts) elle soit tout à fait insoluble. L'action signifie déjà le rstp-

port du sujet de la causalité à l'effet. Or, puisque tout effet consiste dans quelque chose qui arrive, par conséquent dans quelque chose de changeant qui dénote ie temps par la succession, le dernier sujet de cet effet ^st donc lepermanentj considéré comme substratum de tout changement, c'est-à-dire la substance. En effet, d'après le principe de la causaUté, les actions sont toujours le pte-

mier fondement de la vicissitude des phénomènes, et par conséquent elles ne peuvent résider dans un sujet qui change lui-même, puisqu'alors il faudrait admettre d'autres actions et un autre sujet qui déterminât ce changement. En vertu de ce principe, l'action est donc un critérium empirique suffisant pour prouver la substantialité, sans que j'aie besoin de chercher la permanence du su- |et par la comparaison des perceptions, ce qui ne pourrait se faire par cette voie avec le développement qu'exigeraient la grandeur et l'universalité absolue du concept. En effet, que le premier sujet de la causalité de tout ce lui naît et périt ne puisse pas lui-même naître et périr 'dans le champ des phénomènes), c'est là une conclusion certaine qui conduit à la nécessité empirique et à la permanence dans l'existence , par conséquent au concept d'une substance C(mime phénomène.

Quand quelque chose arrive, le seul fait de l'événement \ abstraction faite de la nature de cet événement, est déjà par lui-même un objet de recherche. Le passage du nonêtre d'un état à cet état même, celui-ci ne contint-il aucune quahté phénoménale, est déjà une chose qu'il est nécessaire de rechercher. Cet événement, comme nous l'avons montré dans le numéro A, ne concerne pas la substance (car celle-ci ne naît point), mais l'état de la substance. Ce n'est donc qu'un changement, et non pas l'origine d'une chose qui naîtrait de rien^ . Quand cette origine est considérée comme l'effet d'une cause étrangère, elle s'appelle alors création. Une création ne peut être admise comme événement, puisque sa seule possibiUté romprait l'unité de l'expérience; pourtant, si j'envisage

* Dos hlosse Entstehen. — * Nicht Uraprung atis Nichts.

toutes les choses non plus comme des phénomènes, mais comme des choses en soi et comme des objets de l'entendement seul, elles peuvent être considérées, bien qu'elles soient des substances, comme dépendantes, quant à leur existence, d'une cause étrangère ; mais cela suppose une tout autre acception des mots et ne s'applique plus aux phénomènes, comme à des objets possibles d'expérience.

Mais comment en général quelque chose peut-il être changé, ou comment se fait-il qu'à un état qui a lieu dans un certain moment puisse succéder, dans un autre moment, un état opposé ? C'est ce dont nous n'avons pas à priori la moindre notion. Nous avons besoin pour cela de la connaissance des forces réelles, par exemple des forces motrices, ou, ce qui revient au même, de certains phénomènes successifs (comme mouvements) qui révèlent des forces de ce genre, et cette connaissance ne peut nous être donnée qu'empiriquement. Mais la forme de tout changement, la condition sans laquelle il ne peut s'opérer, comme événenjent résultant d'un autre état (quel qu'en soit d'ailleurs le contenu, c'est-à-dire quel que soit l'état qui est changé), par conséquent la succession desétats mêmes (la chose qui arrive) peut toujours être considérée à priori suivant la loi de la causalité et lesconditions du temps*.

Quand une substance passe d'un état a à un autre h^ le moment du second est distinct de celui du premier, et le suit. De même le second état, comme réalité (dans Ift

* Qu'on remarque bien que je ne parle pas du changement de cer^ taines relations, mais d'un changement d'état. Ainsi, quand un corps se meut uniformément, son état (de mouvement) ne change pas ; il ne change que quand son mouvement croît ou diminue.

phénomène) est distinct du premier, où cette réalité n'était pas, comme b de zéro, c'est-à-dire que, si l'état b ne se distingue de l'état a que par la quantité, le changement est alors l'avènement de b — a, qui n'était pas dans l'état précédent et par rapport à quoi cet état est = 0. On demande donc comment une chose passe d'un état = a à un autre = b. Entre deux moments il y a toujours un temps, et entre deux états dans ces moments il y a toujours une différence qui a une quantité (car toutes les parties des phénomènes sont à leur tour des Quantités). Tout passage d'un état à un autre a donc toujours lieu dans un temps contenu entre deux moments, ^ont le premier détermine l'état d'où sort la chose, et le Second celui où elle arrive. Ils forment donc tous les deux î^s limites du temps d'un changement, par conséquent ^'un état intermédiaire entre deux états, et à ce titre ils font partie du changement tout entier. Or tout change- ^ment a une cause qui révèle sa causalité dans tout le temps où il s'opère. Cette cause ne produit donc pas son changement tout d'un coup (tout d'une fois et en un moment), mais dans un temps, de telle sorte que, tout comme le temps croit depuis le premier moment a jusqu'à son accomplissement en b, ainsi la quantité de la réalité (b—a) est produite par tous les degrés inférieurs contenus entre le premier et le dernier. Tout changement n'est donc possible que par une action continuelle de la causalité, qui, en tant qu'elle est uniforme, s'appelle un moment. Le changement n'est pas composé de ces moments, mais il en résulte comme leur effet.

Telle est la loi de la continuité de tout changement. Le principe de cette loi est celui-ci : Ni le temps ni même le phénomène dans le temps ne se compose de parties

qui soient les plus petites possibles, et pourtant la chose, dans son changement, n'arrive à son second état qu'en passant par toutes ces parties comme par autant d'éléments.' Il n'y a attcune différence dans le réel du phénomène, comme dans la quantité des temps, qui soit la plus petite^ et le nouvel état de la réalité passe, en partant du premier où il n'était pas, par tous les degrés infinis de cette même réalité, entre lesquels les différences sont toutes plus petites qu'entre o et a.

Il n'est pas besoin ici de rechercher quelle utilité peut avoir ce principe dans l'investigation de la nature. Mais comment une telle proposition, qui semble étendre si loin notre connaissance de la nature, est-elle possible tout à fait à priori^ voilà ce qui appelle notre examen^ bien qu'il suffise d'un coup d'œil pour voir qu'elle est réelle et légitime, et que par conséquent on puisse se croire dispensé de répondre à la question de savoir comment elle est possible. En effet, la prétention d'étendre noire connaissance par la raison pure est si souvent dénuée de fondement, qu'on doit se faire une règle générale d'être extrêmement défiant à cet égard, et de ne rien croire, de ne rien accepter en ce genre, même sur la foi de la preuve dogmatique la plus claire, sans des documents qui puissent fournir une déduction solide.

Tout accroissement de la connaissance empirique, tout progrès de la perception n'est qu'une extension de la détermination du sens intérieur,- c'ést-à-dire une progression dans le temps, quels que soient d'ailleurs les objets, phénomènes ou intuitions pures. Cette progression dans le temps détermine tout, et n'est en elle-même déterminée par rien autre chose, c'est-à-dire que les parties en sont nécessairement dans le temps, et qu'elles sont don-

nées par la synthèse du temps, mais non avant elle. C'est pourquoi tout passage de la perception à quelque chose qui suit, est une détermination du temps opérée par la I>roduction de cette perception ; et, comme cette déterxxiination est toujours et dans toutes ses parties une <iuantité, il est la production d'une perception qui passe, c^omme une quantité, par tous les degrés, dont aucun x:i'est le plus petit, depuis zéro jusqu'à son degré déter- XTiiné. Or de là ressort la possibilité de connaître à priori ï a loi des changements, quant à leur forme. Nous n'anti- «pons que notre propre appréhension, dont la condition iformelle doit pouvoir être connue à priori, puisqu'elle réside en nous antérieurement à tout phénomène donné.

Ainsi donc, de même que le temps contient la condition sensible à priori de la possibilité d'une progression continue de ce qui existe à ce qui suit, de même l'entendement, grâce à l'unité de l'aperception, est la condition à priori qui rend possible la détermination de toutes les places des phénomènes dans ce temps au moyen de la série des causes et des effets, dont les premières entraînent inévitablement l'existence des seconds, et par là rendent valable pour chaque temps (en général), par conséquent objectivement, la connaissance empirique dès rapports de temps.

Troisième analogie

Principe de la simultanéité suivant la loi de l'action réciproque ou»- ^^ la communauté : Toutes les substances, en tant qu'elles peuvent ^^^^f perçues comme simultanées dans V espace, sont dans une action ^^' ciproque générale (a).

PREUVE

Les choses sont simultanées, lorsque, dans rintuit^^^^^ empirique, la perception de Tune et celle de l'autre p^^uvent se suivre réciproquement (ce qui ne peut avoir \wL eu dans la succession des phénomènes, comme on l'a mon^^ré dans le second principe). Ainsi, je puis commencer pz^ar la perception de la lune et passer de là à celle de Ja terre, ou réciproquement commencer par la percept^-on de la terre et passer de là à celle de la lune ; ei précL -ssément parce que les perceptions de ces objets peuvent:- se suivre réciproquement, je dis qu'ils existent simulta^ ^néipent. La simultanéité est donc l'existence de choses diverses dans le même temps. Or on ne peut percevoir t le temps lui-même pour conclure, de ce que les choses ^^ont placées dans le même temps, que les perceptions de ces choses peuvent se suivre réciproquement. La synthè&^?rfe l'imagination dans l'appréhension ne fournirait donc cbacune d'elles que comme une perception qui est dsixisle

(a) l"" édition : « Principe de la communauté. — Toutes les substances, en tant qu'elles sont simultanées, sont dans une communauté générale (c'est-à-dire dans une action réciproque). »

jujet quand l'autre n'y est pas, et réciproquement; mais ille ne nous apprendrait pas que les objets sont simulanés, c'est-à-dire que, l'un existant, l'autre existe aussi lans le même temps, et que cel^. est nécessaire pour que es perceptions puissent se suivre réciproquement. Un :îoncept intellectuel de la succession réciproque des déterminations de ces choses existant simultanément les ânes en dehors des autres, est donc nécessaire pour pouvoir dire que la succession réciproque des perceptions est fondée dans l'objet et pour se représenter ainsi la simultanéité comme objective. Or le rapport des substances ians lequel l'une contient des déterminations dont la raison est contenue dans l'autre, est le rapport d'influence ; et, quand réciproquement la seconde contient la raison des déterminations de la première, c'est le rapport de la communauté ou de l'action réciproque. La simultanéité des substances dans l'espace ne peut donc être connue dans l'expérience que si l'on suppose leur action réciproque; cette supposition est donc aussi la condition de la possibilité des choses mêmes comme objets de l'expérience (a).

Les choses sont simultanées, en tant qu'elles existent dans un seul et même temps. Mais comment connaît-on qu'elles sont dans un seul et même temps? Quand l'ordre dans la synthèse de l'appréhension de ces choses diverses est indifférent, c'est-à-dire quand on peut aller de A à E par B C D, ou réciproquement de E à A. En effet, s'il y avait succession dans le temps (dans l'ordre qui commence paj A et finit par E), il serait impossible de commencer par E l'appréhension dans la perception et de

(a) Le paragraphe qui précède n'est pas dans la première édition.

rétrograder vers A, puisque A appartiendrait au t passé, et que par conséquent il ne pourrait être un d'appréhension.

Or admettez que, dans une variété de substances sidérées comme phénomènes, chacune soit parfaite isolée, c'est-à-dire qu'aucune n'agisse sur les autr n'en subisse réciproquement l'influence, je dis que multanéité de ces substances ne serait pas alors un de perception possible, et que l'existepce de l'ur pourrait conduire, par aucune voie de la synthèse < rique, à l'existence de l'autre. En effet, si l'on s'ima^ qu'elles sont séparées par un espace entièrement vi perception qui va de l'une à l'autre dans le tempj terminerait bien l'existence de la dernière, au n d'une perception ultérieure, mais elle ne pourrait d guer si le phénomène suit la première objectivemei s'il lui est simultané.

Il doit donc y avoir, outre la simple existence, qu chose par quoi A détermine à B sa place dans le h et réciproquement aussi B sa place à A, puisque ce qu'en concevant les substances sous cette condition, peut les représenter empiriquement comme exùta multanément. Or cela seul qui est la cause d'une ou de ses déterminations, en peut déterminer la dans le temps. Chaque substance (ne pouvant être séquence qu'au point de vue de ses déterminations contenir la causalité de certaines déterminations les autres substances et en même temps les effets causalité des autres substances en elle, c'est-à-dir toutes doivent être (immédiatement ou médiatemer communauté dynamique," pour que la simultanéité j être connue dans l'expérience. Or tout ce sans quoi

périence des objets d'expérience serait elle-même imposable, est nécessaire par rapport à ces objets. H est donc nécessaire à toutes les substances considérées au point de vue du phénomène, en tant qu'elles sont simultanément, d'être en communauté {Gemeinschaft) générale d'action réciproque.

Le mot Gemeinschaft est équivoque en allemand, et peut signifier la même chose qu'en latin le mot communio, ou le mot commercium (1). Nous nous en servons ici dans Je dernier sens, comme désignant une communauté dy- ^âinique sans laquelle la communauté locale (communio ^patii) ne pourrait être elle-même connue empiriquement. D est facile de remarquer dans nos expériences que les influences continuelles dans tous les lieux de l'espace Peuvent seules conduire notre sens d'un objet à un autre, Que la lumière qui joue entre notre œil et les corps produit un commerce médiat entre nous et ces corps et en prouve ainsi la simultanéité, que nous ne pouvons changer empiriquement de lieu (percevoir ce changement), ^ans que partout la matière nous rende possible la perception de nos places, et que c'est uniquement au moyen de son influence réciproque que celle-ci peut prouver sa simultanéité, et par là (il est vrai, d'une manière sîmplexnent médiate) la coexistence des objets depuis les plus ^•approchés jusqu'aux plus éloignés. Sans communauté

(1) Le mot français communauté, par lequel j'ai traduit le mot aUemand Gemeinschaft, peut prêter aussi à la même équivoque que ce deriiier; mais c'était celui qui convenait ici le mieux en général. Celui de commerce, qui rendrait mieux le sens spécial dans lequel Kant emploie ^'expression Gememschaft, ne pourrait être employé seul ou sans être déterminé par quelque autre. Aussi ai-je dû lui préférer le précédent, sauf à l'employer à son tour dans quelques cas où il se trouve précisément déterminé. J. B.

toute perception (du phénomène dans l'espace) est déta chée des autres, et la chaîne des représentations empiri ques, c'est-à-dire l'expérience, recommencerait à chaqi nouvel objet, sans que la précédente pût s'y rattacher 1^^ moins du monde ou se trouver avec elle dans un rapport" de temps. Je n'entends point du tout réfuter par là l'idé^^ d'un espace vide; car il peut toujours être là où il n'y ^^ point de perceptions, et où par conséquent il n'y a poin^ de connaissance empirique de la simultanéité ; mais il n^ saurait être alors un objet pour notre expérience po^sibh J'ajoute encore ceci pour plus d'éclaircissement. Tout les phénomènes, en tant que contenus dans une expérience possible, sont dans l'esprit en communauté {communio) d'aperception ; et, pour que les objets puissent être représentés d'une manière liée comme existant simultanément, il faut qu'ils déterminent réciproquement leurs places dans le temps et forment ainsi un tout Mais, pour que cette communauté subjective puisse reposer sur un principe objectif ou être rapportée aux phénomènes comme à des substances, il faut que la perception de. l'un, comme principe, rende possible celle de l'autre, et réciproquement, afin que la succession, qui est toujours dans les perceptions comme appréhensions, ne soit pas attribuée aux objets, mais que ceux-ci puissent être représentés comme existant simultanément. Or c'est là une influence réciproque, c'est-à-dire un commerce réel ^ des substances, sans lequel le rapport empirique de la simultanéité ne saurait se trouver dans l'expérience. Par ce commerce les phénomènes, en tant qu'ils sont les uns en dehors des autres et cependant liés, forment un com-

' Mne reàle Gemeinschaft (commercium).

posé {compositum reale), et des composés de cette sorte il peut y avoir bien des espèces. Les trois rapports dynamiques d'où résultent tous les autres, sont donc ceux d'inhérence, de conséquence et de composition.

Telles sont les trois analogies de l'expérience. Elles ne sont autre chose qut, des principes servant à déterminer l'existence des phénomènes dans le temps, d'après «es trois modes, c'est-à-dire d'après le rapport au temps lui-même comme à une quantité (quantité de l'existence, ou durée), le rapport dans le temps comme dans une série (Succession), enfin le rapport dans le temps comme dans l'ensemble de toutes les existences (simultanéité). Cette unité de la détermination du temps est entièrement dynamique : le temps n'est pas considéré comme ce en quoi l'expérience déterminerait immédiatement à chaque existence sa place, ce qui est impossible, puisque le temps absolu n'est pas un objet de perception où des phénomènes pourraient être réunis; mais la règle de l'entendement, qui seule peut donner à l'existence des phénomènes une unité synthétique fondée sur des rapports de temps, détermine à chacun d'eux sa place dans le temps, et par conséquent la détermine à pnori et d'une manière qui s'applique à tous les temps et à chacun d'eux.-

Nous entendons par nature (dans le sens empirique), l'enchaînement des phénomènes liés, quant à leur existence, par des règles nécessaires, c'est-à-dire par des lois. Ce sont donc certaines lois , et des lois à priori, qui rendent d'abord possible une nature; les lois empiriques ne peuvent avoir lieu et être trouvées qu'au moyen de

276 ANALYTIQUE TRANSGENDENTALE

l'expérience, mais conformément à ces lois primitives, sans lesquelles l'expérience serait elle-même impossible. Nos analogies présentent donc proprement l'unité de la nature dans l'enchaînement de tous les phénomènes sous certains exposants \ qui n'expriment autre chose que le rapport du temps (en tant qu'il embrasse toute existence) à l'unité de l'aperception, utûté qui ne peut avoir lieu que dans une synthèse fondée sur des règles. Elles Signifient donc toutes trois ceci : tous les phénomènes résident dans une nature, et doivent y résider, parce que. sans cette unité à priori^ toute unité d'expérience, et pai conséquent toute détermination des objets dans l'expérience, serait impossible.

Mais il y a une remarque à faire sur le genre de preuve que nous avons appliqué à ces lois transcendentales de la nature et sur le caractère particulier de cette preuve; et cette remarque doit avoir aussi une trèsgrande importance comme règle pour toute autre tentative de prouver à priori des propositions intellectuelles et en même temps synthétiques. Si nous avions voata prouver dogmatiquement, c'est-à-dire par des concepts, ces analogies, à savoir que tout ce qui existe ne se trouve que dans quelque chose de permanent, que tout événement suppose dans le temps précédent quelque chose à quoi il succède suivant une règle, enfin que, dans la diversité des choses simultanées, les états sont simultanément en relation les uns avec les autres suivant une règle (en commerce réciproque), toute notre peine alors eût été absolument perdue. En eflfet, on ne peut aller d'un objet et de son existence à l'exis-

' Exponenten,

taice d'un autre ou à sa mamère d'exister par de simples conœpts de ces choses, de quelque manière qu'on les analyse. Que nous restait-il donc? La possibilité de l'expérience, comme d'une connaissance où tous les objets doivent pouvoir enfin nous être donnés, pour que leur représentation puisse avoir pour nous une réalité objective. Or dans cet intermédiaire, dont la forme essentielle consiste dans Vunité synthétique de l'aperception de tous les phénomènes, nous avons trouvé des conditions à priori de l'universelle et nécessaire détermination chronologique de toute existence dans le phénomène, sans lesquelles la détermination empirique du temps serait elle-même impossible, et nous avons obtenu ainsi des règles de l'unité synthétique à priori au moyen desquelles nous pouvons anticiper l'expérience. Faute de recourir à œtte méthode, et par suite de cette fausse opinion que les propositions synthétiques que l'usage expérimental de l'entendement recommandait conmie ses principes, doivent être prouvées dogmatiquement, il est arrivé qu'on a souvent cherché, mais toujours en vain, une preuve du principe de la raison suffisante. Quant aux deux autres analogies , personne n'y a songé, bien qu'on s'en servît toujours tacitement* C'est qu'on n'avait

* L'unité de l'unÎTers, où tons les phénomènes doivent être liés, est évidemment une simple conséquence du principe tacitement admis du commerce de toutes les substances existant simultanément En effet, si elles étaient isolées, elles ne constitueraient pas un tout comme parties, et si leur liaison (l'action réciproque des éléments divers) n'était pas nécessaire pour la simultanéité même, on ne pourrait conclure de celleci, comme d'un rapport purement idéal, à celle-là, comme à un rapport réel. Aussi bien avons-nous montré en son lieu que la communauté est proprement le principe de la possibilité d'une connaissance empirique, de la coexistence, et que par conséquent on ne conclut proprement de celle-ci à celle-là que comme à sa condition.

pas pour se guider le fil des catégories, qui seul peut x: découvrir et rendre sensibles toutes les lacunes de l'en — tendement, dans les concepts aussi bien que dans les^ principes.

Les postulats de la pensée empirique en général

1® Ce qui s'accorde avec les conditions formelles de l'expérience ^ (quant à Pintuition et aux concepts) est possible.

20 Ce qui s'accorde avec les conditions matérielles de l'expérience (de la sensation) est réel.

3^ Ce dont l'accord avec le réel est déterminé suivant les condition» générales de Pexpérience, est nécessaire (existe nécessairement).

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