‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 129 sur 136 · DE LA RAISON EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA RAISON EN GÉNÉRAL

De la raison pure comme siège de V apparence

transcendentale

De la raison en général

Toute notre connaissance commence par les sens, passe de là à l'entendement et finît par la raison. Cette dernière faculté est Ja plus élevée qui soit en nous pour élaborer la matière de l'intuition et ramener la pensée à sa plus haute unité. Comme il me faut ici donner une définition de cette suprême faculté de connaître, je me trouve dans un certain embarras. Elle a, comme lenten-^ dément, un usage purement formel, c'est-à-dire logique^ quand on fait abstraction de tout contenu de la connaissance; mais elle a aussi un usage réel, puisqu'elle contient elle-même l'origine de certains concepts et de certains principes qu'elle ne tire ni des sens, ni de l'entendement. Sans doute, la première de ces deux fonctions a été définie depuis longtemps par les logiciens la faculté de conclure médiatement (par opposition à celle de conclure immédiatement, consequentiis immediatis) ; mais la seconde, qui produit elle-même des concepts, ne se trouve point expliquée par là. Puis donc qu'il y a lieu de distinguer dans la raison une faculté logique et une faculté transcendentale, il faut chercher un concept plus élevé

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de cette source de connaissances, un concept qui renferme les deux idées. Cependant nous pouvons espérer, d'après l'analogie de la raison avec l'entendement, que le concept logique nous donnera aussi la clef du concept transcendental , et que le tableau des fonctions logiques de la raison nous fournira en même temps celui des concepts de la raison.

Dans la première partie de notre logique transcendentalc, nous avons défini Tentendement la faculté des règles; nous distinguerons ici la raison de l'entendement en la définissant la faculté des principes.

L'expression de principe est équivoque, et d'ordinaire elle ne signifie qu'aine connaissance qui peut être employée comme principe, sans être un principe par elle-même et dans son origine. Toute proposition universelle, fût-elle tirée de l'expérience (au moyen de l'induction), peut servir de majeure dans un raisonnement, mais elle n'est pas pour cela un principe. Les axiomes mathématiques (comme celui-ci : entre deux points, il ne peut y avoir qu'une seule ligne droite) sont bien des connaissances universelles à priori^ et reçoivent à juste titre le nom de principes relativement aux cas qui peuvent y être subsumés ; mais je ne puis dire pourtant.que je connais en général et en elle-même, par principes, cette propriété des lignes droites, puisque je ne la connais que dans l'intuition pure.

Je nommerai ici connaissance par principes celle où je reconnais le particulier dans le général au moyen de concepts. Ainsi tout raisonnement est une forme qui sert à dériver une connaissance d'un principe. En effet, la majeure donne toujours un concept qui fait que tout ce qui est subsumé sous la condition de ce concept est

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