SYSTÈME DES IDÉES TRANSCENDENTALES
comment le procédé logique qu'elle emploie dans les idées hypothétiques doit nécessairement amener celle de l'inconditionnel absolu dans une série de conditions données; comment enfin la simple forme du raisonnement disjonctif appelle inévitablement l'idée d'un être de tous les êtres. Il y a là quelque chose qui, au premier abord, paraît extrêmement paradoxal.
Il n'y a pas, à proprement parler, pour ces idées transcen dentales, de déduction objective possible, comme celle que nous avons pu donner pour les catégories. C'est qu'en effet, précisément parce qu elles ne sont que des idées, elles n'ont point de rapport à quelque objet qui puisse être donné comme y correspondant. Tout ce que nous pouvions entreprendre, c'était de les dériver subjectivement de la nature de notre raison, et c'est aussi ce que nous avons fait dans le présent chapitre.
On voit aisément que la raison pure n'a d'autre but que l'absolue totalité de la synthèse du côté des conditions (soit d'inhérence, soit de dépendance, soit de concurrence), et qu'elle n'a pas à s'inquiéter de l'intégrité absolue du côté du conditionnel En effet elle n'a besoin que de la première, afin de pouvoir supposer la série entière des conditions et la donner ainsi à priori à l'entendement. Dès qu'il y a une condition donnée intégralement (et inconditionnellement), elle n'a plus besoin d'un concept rationnel pour continuer la série; car l'entendement descend alors de lui-même de la condition au eonditionnel Ainsi les idées transcendentales ne servent qu'à ^élever dans la série des conditions jusqu'à l'absolu, c'est-à-dire jusqu'aux principes. Pour ce qui est de descendre vers le conditionnel, il y a bien un usage logique très-étendu que fait notre raison des lois de l'entende-
ment, mais il n'y a point là d'usage transcendental ; et^ si nous nous faisons une idée de l'absolue totalité d'une synthèse de ce genre (du progressm)^ par exemple de la série entière de tous les changements future du monde, ce n'est là qu'un être de raison ^ {em rationis)^ arbitrairement conçu et que la raison ne suppose point nécessairement. En effet, pour concevoir la possibilité du conditionnel, il faut bien supposer la totalité de ses conditions, mais non pas de ses conséquences. Un tel concept n'est donc pas une idée transcendentale, seule chose dont nous^ ayons ici à nous occuper.
Enfin on remarquera aussi qu'entre les idées transcendentales mêmes éclate une certaine harmonie, une certaine unité, et que par le moyen de ces idées la raison pure réduit toutes ses connaissances en système. Il est si naturel d'aller de la connaissance de soi-même (de l'âme) à celle du monde, et de s'élever, au moyen de celleci, à celle de l'Être suprême, que cette marche semble analogue au procédé logique de la raison qui va des prémisses à la conclusion * Y a-t-il réellement ici au fond
* Ein GedankencUng,
* La métaphysique n'a pour objet propre de ses recherches quetrois idées, Dieu, la liberté et VimmortaUté^ et tel est le lien de ces trois concepts, que le premier, uni au second, doit conduire au troisième, comme à une conséquence nécessaire. Tout ce dont cette science s'occupe d'ailleurs n'est pour elle qu'un moyen d'arriver à ces idées et à leur réalité. Elle n'en a pas besoin pour étudier la nature, mais pour sortir de ses limites. Si nous pouvions pénétrer ces trois objets, la théologie, la morale et, par l'union des deux premières, la religion, c'est-àdire les fins les plus élevées de notre existence, ne dépendraient que de la raison spéculative et de rien autre chose. Dans une représentation systématique de ces idées l'ordre cité serait le plus convenable, comme ordre synthétique ; mais dans le travail qui doit nécessairement précéder celui-là, l'ordre analytique, qui est l'inverse du premier, est plus conforme à notre but : c'est en nous élevant de ce que l'expérience